Les Français champions du monde du pessimisme ! Un verre à moitié vide ou à moitié plein ?  
 


Un verre trop souvent à moitié vide



Un ciel français qui s’assombrit régulièrement


On dit que les Gaulois n’avaient qu’une peur : que le ciel ne leur tombe sur la tête. Le ciel français a ceci de particulier : il menace et s’assombrit très régulièrement.
Dans l’histoire récente du pays, il le fit lors de la terrible et humiliante défaite de 1940. La noirceur fut balayée par l’euphorie de la victoire avant que ne se réinstalle le pessimisme au début des années 50, sous la IVème République. La France, en plein désarroi , empêtrée dans le processus de décolonisation de l’Indochine puis de l’Algérie s’en remit au Général de Gaulle et à sa nouvelle constitution.  La Vème République fit souffler un vent d’espoir et de renouveau qui se fit sentir dans de nombreux domaines, y compris le cinéma et  sa nouvelle vague.
Le ciel s’assombrit de nouveau momentanément avec Mai 68. Une jeunesse à la recherche d’une société humaniste et moderne privilégiant d’autres  rapports sociaux et économiques provoqua une tempête qui déconcerta une majorité de Français.
Au milieu des années 70, quand sonna la fin des Trente Glorieuses, revint le temps des inquiétudes. Ces années d’après-guerre avaient propulsé la France dans l’ère de la prospérité économique et du progrès social avec la consolidation d'un ensemble de droits sociaux formant l’Etat Providence.
Avec l’élection de François Mitterrand en 1981, le ciel se dégagea. La gauche au pouvoir était sans doute la solution par temps de crise. Assez vite, la grisaille revint de plus belle, en même temps que l’Etat procédait à la liquidation de pans entiers de l’industrie (sidérurgie, chantiers navals, textile…). On appelait ce grand massacre de l'emploi « la restructuration industrielle ».
La gauche s’avérait donc incapable de résoudre une crise qui dépassait  les enjeux nationaux et plaçait la France dans le nouveau tumulte de l’économie globalisée. Les Restaurants du cœur de Coluche, la réapparition de l’Abbé Pierre démontraient, au milieu des années 80, l’impuissance des gouvernants, l’essoufflement d’un Etat Providence dépassé par le nombre toujours grandissant des laissés-pour-compte.
Ainsi, pour la première fois depuis longtemps, on n’allait plus vers un avenir meilleur. On assistait à la lente érosion des droits sociaux, acquis sous les Trente Glorieuses. 
Alors, sous le ciel de plus en plus menaçant, – on parlait déjà de morosité et de sinistrose ou encore du mal français - la France se mit à chercher l’embellie en recourant à de nouvelles formules politiques: les cohabitations voyaient un premier ministre de droite (Jacques Chirac puis Edouard Balladur) mener le pays avec un Président de gauche (Mitterrand) tandis qu’une frange de l’opinion publique accueillait des thèses outrancières, celles de l’extrême droite de Jean-Marie Le Pen.


La France traversait ainsi les années 90 quand soudain, à la fin de la décennie et à la surprise générale, une vraie embellie allait s’installer. Une autre cohabitation (la troisième, celle de la dernière chance avant l'arrivée du Front National ?) mettait aux prises cette fois-ci, un président de droite (Chirac) et un premier ministre (Jospin) à la tête d’une nouvelle gauche (la gauche plurielle) qui osait explorer des remèdes inédits (les 35 heures, les Emplois jeunes). Ce nouvel élan politique coïncidait avec une conjoncture économique mondiale plus clémente qui autorisait, chez nous, une croissance forte. Il ne manquait plus qu’une étincelle pour que le nouvel état d’esprit qui commençait à s’installer en cette année 1998 ne se transforme en fête.
Le 12 juillet 98, la France vit la vie en bleu. Dans tout l'hexagone, des feux d’artifices éclairèrent un ciel dépourvu de nuages. La victoire de la France à la coupe du monde de football allait s’avérer décisive pour installer un optimisme général qui allait durer un peu plus de 3 ans.

Il y eut par la suite, en 2002, un grand sursaut national, trop vite essoufflé, pour écraser le Pen, candidat face à Chirac au second tour de l’élection présidentielle, et il fallut attendre 2007 pour voir la France se remettre à espérer en des lendemains meilleurs  sous l’impulsion d’un nouveau Président plein d’enthousiasme et d’allant.
Le soufflé, une nouvelle fois, tomba bien vite et, nous voici 4 ans plus tard, avec cette fois, le titre peu convoité de champions du monde du pessimisme.


Pourquoi le pessimisme est-il revenu ?


Outre cette propension au pessimisme cyclique, sans doute soutenue par le caractère français que l’on dit râleur, éternellement mécontent et souffrant d'un fort penchant pour l’autocritique, beaucoup d’autres raisons peuvent être invoquées pour expliquer la morosité actuelle des Français. Nous en retiendrons trois.


La première est, que, de par leur histoire, les Français sont, plus qu’ailleurs, demandeurs d’un Etat fort, garant du respect de l’intérêt général,  de la collectivité. Cet Etat, centralisateur, se doit d’arbitrer. Son rôle est, selon eux, de réguler. Les Français sont attachés à une économie ouverte, une économie de marché qui, cependant, ne soit pas livrée au marché, elle doit être régulée pour asseoir le compromis entre les exigences économiques du capitalisme et celles d'une société solidaire en marche vers le progrès social.
Or, les Français constatent que leur société est de plus en plus inégalitaire, que leur Etat n’a plus de prise sur une économie libérale où la dérégulation règne, qu'il est de plus en plus impuissant à imposer son arbitrage aux forces économiques, comme en attestait le fameux "L'Etat ne peut pas tout" du Premier ministre socialiste Lionel Jospin en septembre 1999, face à la politique de licenciements pour des "raisons boursières" de Michelin alors que l'entreprise ne traversait pas de turbulences particulières.  
Aujourd'hui, les délocalisations stimulées par les actionnaires, la crise financière causée par des banques libres de toutes entraves ou le nouveau libéralisme forcené chinois viennent confirmer la démonstration de la marche actuelle du monde, entreprise également par leur pays.

La deuxième est que, pour les Français, le bien-être de la collectivité passe aussi par le maintien de services publics performants (santé, transports, éducation…) qui garantissent un service de qualité à tous les citoyens. Or, aujourd’hui,  les déficits publics font prendre à l’Etat des mesures d’économie qui menacent la qualité de ces prestations (suppression de postes à l’Education nationale, fermeture d’hôpitaux et de tribunaux, efficacité de la justice, problèmes récents de la SNCF...).
Les Français ont le sentiment, qu’inexorablement, la mondialisation est en train d’étouffer et d'engloutir cette 3ème voie politico-économique, celle empruntée par les pays d’Europe de l’Ouest au lendemain de la guerre et qui, dans cette partie du monde bien plus qu’ailleurs, entraîna une démocratisation du progrès social (santé, système de retraites, éducation, limitation du temps de travail, droits aux loisirs, allocations et aides aux plus fragiles…)

Concomitante de ce sentiment de dépossession, s’est  ancrée depuis de longues années une  défiance des Français envers leur classe politique et sa capacité à résoudre les défis. Il est d'ailleurs à souligner la façon dont on nomme les hommes et femmes politiques  comme s'ils constituaient une authentique "classe" sociale : la classe politique soucieuse d'elle-même. 
La valse des résultats électoraux depuis une trentaine d'années et les diverses cohabitations prouvent l'absence de fidélité politique. Chaque élection contredisant la précédente. De plus, pour les Français, leurs dirigeants de droite ou de gauche leur semblent éloignés de leurs préoccupations quotidiennes. Une nouvelle preuve vient de nous en être donnée par le baromètre du CEVIPOF publié le 31 janvier 2011. On y apprend que pour 83% des Français les responsables politiques ne se soucient pas de leurs inquiétudes quotidiennes et que 56% n'ont confiance ni en la droite, ni en la gauche.

L’actuel président n’a pas dérogé à la règle qui s’est, très rapidement, retrouvé bien bas dans les sondages. La déception semble être, aujourd'hui, à la mesure des espoirs qu’il représentait.


La rentrée politique de septembre 2010 a été assez difficile pour un gouvernement  qui cherchait à réformer alors que bon nombre de Français jugeaient profondément inégalitaire la répartition des sacrifices demandés.



Les raisons ne manquent donc pas pour ne voir que le verre à moitié vide et continuer à se morfondre sur la situation actuelle.




Un verre qui est pourtant à moitié plein




 


 


 


 


 


 


De nombreuses raisons pour relever la tête


Car peut-être vaudrait-il mieux voir le verre à moitié plein. La situation de la France est loin d’être catastrophique. Avec le bref inventaire qui suit, nous essaierons de mettre en lumière certains de ses principaux atouts que les Français eux-mêmes méconnaissent (ou oublient) et qui devraient nous inciter à relever la tête.


La plupart des points forts de la France que nous reprenons ci-dessous, a été citée par l’Agence française pour les investissements internationaux chargée de promouvoir l'image du pays auprès des entreprises étrangères.

On sait par exemple, qu'avec ses 65 millions d’habitants, la France est le second marché de consommation le plus important d’Europe après l’Allemagne.

Première destination mondiale du tourisme, la France est également ouverte aux capitaux étrangers. Elle occupait pour l'année 2009, selon la CNUCED, la 3e place pour les investissements directs étrangers (IDE) dans le monde, ayant reçu 65 milliards de dollars de flux d’investissements étrangers, loin derrière les Etats-Unis (136 milliards de dollars). 
Cette même année, la France a enregistré 639 décisions d’investissement étranger créateur d’emplois, presqu’autant qu’en 2008 (641). Ces investissements permettront de maintenir ou de créer presque 30 000 emplois.
23 463 entreprises étrangères sont implantées en France. Elles emploient aujourd’hui 2,3 millions de personnes et contribuent directement à la vitalité de notre économie. Les entreprises étrangères sont ainsi à l’origine de plus de 40 % des exportations françaises et réalisent plus de 20% de la Recherche et Développement dans notre pays.

La France est un acteur de premier plan de l’économie mondiale. Elle est, selon le Fonds Monétaire International, (World Economic Outlook Database, avril 2010), la 5ème puissance économique du monde et la 2ème économie européenne. Cette place dans le peloton de tête des économies, elle le doit à cette forte ouverture sur l’international qui se traduit également par la présence française à l'étranger.
30 000 entreprises françaises sont implantées hors du territoire national. Avec 147 Mds € investis à l’étranger en 2009, la France occupe la 2ème place derrière les Etats-Unis.

Nos grands groupes industriels, leaders dans leur secteur, font la force de notre pays à l’étranger : parmi les 500 plus grandes entreprises du monde, 40 entreprises sont françaises, contre 37 allemandes et 29 britanniques.
Par zones urbaines, Paris, avec 38 de ces 40 entreprises, occupe la 2ème place mondiale derrière Tokyo.

Selon l’enquête du Bureau International du Travail (BIT) la France se classe 3ème derrière la Norvège et les Etats-Unis  pour la productivité horaire.


Le rayonnement de la France est également visible à travers les manifestations internationales et l’accueil des étudiants étrangers. Paris est, avec Vienne, la ville qui accueille le plus grand nombre de congrès internationaux.
Avec 10,5 millions de visiteurs, et 400 salons par an, Paris est la première destination du tourisme d’affaires.
Avec 266 500 étudiants étrangers accueillis dans nos universités chaque année, la France se situe au 4ème rang après les Etats-Unis, l’Australie et le Royaume-Uni.


Ce rayonnement passe aussi par sa grande vitalité culturelle. La France compte la deuxième industrie de biens culturels (cinéma, disques, livres) parmi les pays occidentaux.  L’ensemble des dispositifs imaginés au cours de la deuxième moitié du XXème siècle pour créer un environnement propice à la création sans avoir recours à des subventions étatiques massives est aujourd’hui jugé exemplaire par de nombreux pays.


Enfin dernier indicateur dans le vert : la vitalité d’un pays se mesure également par le taux de natalité. Selon les chiffres de l'Institut national des statistiques et des études économiques (INSEE), publiés le 18 janvier 2011, les Françaises sont championnes d'Europe de la fécondité avec 2,01 enfants par femme et il faut remonter à 35 ans pour voir une telle natalité en France. Une des explications avancées par les spécialistes fait état de notre système de soutien à la natalité (allocations familiales, existence des crèches, des écoles maternelles pour accueillir la petite enfance, et nos écoles primaires fonctionnant l'après-midi...).



Un verre bien plein



C'est ce qu'il ressort de la situation de la France vue de l'étranger. Elle y est plébiscitée pour sa qualité de vie comme le prouve, année après année depuis 2005, le classement du magazine International Living portant sur 192 pays en fonction de 9 critères : Côut de la vie - culture - économie - environnement - liberté - santé - infrastructures - sécurité et risques - climat.

Où fait-il bon vivre sur la planête ? International Living qui établit ce classement depuis 30 ans, annonçait en 2006, 2007 et 2008 que la France était l'une des trois destinations à privilégier par les expatriés. En 2009, la France était même considérée comme le pays offrant la meilleure qualité de vie au monde, devant l'Australie, la Suisse, l'Allemagne et la Nouvelle-Zélande.
En 2010, bien que le nouveau classement la situe en 5ème position, cette place est toujours enviable. la France y est devancée par Les Etats-Unis, l'Île de Malte, la Nouvelle-Zélande et Monaco.  

Par chance, les Français n'ont pas été les seuls à donner leur opinion sur la France.


 


© Alexandre Garcia – Centre International d’Antibes