Elle s'appelait Sarah  
 



elle-sappelait-sarah_360L'histoire d'Elle s’appelait Sarah croise deux vies, celle de la journaliste américaine Julia Armond (Kristin Scott Thomas) qui vit de nos jours à Paris, et celle d'une fillette, Sarah victime, avec ses parents, de l'arrestation massive de juifs par la police française aux ordres de Vichy durant l'été 1942 : la rafle du Vel' d'hiv.


Julia est installée à Paris depuis une vingtaine d'année avec son mari, architecte français de renom, et ses deux enfants. Elle travaille pour un magazine américain. Deux événements quasi simultanés vont révolutionner sa vie. L'un est d'ordre professionnel :  elle connaît l'histoire de notre pays et se porte volontaire pour rédiger un article sur la rafle du Vel' d'hiv. L'autre est d'ordre personnel : elle accepte la proposition de son mari, d'emménager dans un bel appartement parisien qu'il va rénover, au coeur de la capitale, dans le quartier du Marais.


Julia va alors croiser deux dates : l'arrestation en masse des juifs se produisit les 16 et 17 juillet 1942, l'appartement dans lequel elle s'apprête à emménager fut habité par la famille de son mari, précisément à partir d'août de cette année-là. S'agit-il d'une simple coïncidence ?


Une enquête minutieuse, un puzzle à reconstituer, une journaliste à la fois pugnace, solide, combative mais en proie à ses propres doutes existentiels... L’intelligence du film de Gilles Paquet-Brenner qui adapte à l’écran le roman éponyme de Tatiana de Rosnay, réside dans la méthode choisie, celle d’un thriller qui navigue entre deux époques, deux réalités : la nôtre, celle du début du XXIème siècle et une autre, si lointaine déjà, mais qui fut celle de nos grands-parents et dont l'abomination résonne encore aujourd'hui.


Ce sont ces terribles années qu'explore Elle s’appelait Sarah. Le film retrace le déroulement de la traque de dizaines de milliers de juifs hommes, femmes, enfants, vieillards, puis les conditions de leur détention dans le Vélodrome d'Hiver suivie de leur déportation. 
L'idée magistrale, et éminemment pédagogique, est de positionner la journaliste dans notre époque et ainsi, par ce double récit, de permettre au public de souffler, de suivre l'autre histoire avant de retourner dans le passé et poursuivre celle de Sarah en fonction de l'avancée de l'enquête que mène une Kristin Scott Thomas éblouissante.


Le résultat est un film magnifique, à montrer dans les écoles, sur une partie de notre histoire longtemps restée enfouie* car marquée du sceau de l'infamie que l'on préférait ensevelir sous des épisodes beaucoup plus glorieux : ceux de la résistance, des luttes et des sacrifices.


 


* Ce n'est qu'en juillet 1995 que, par la voix de son président, Jacques Chirac, la France demanda pardon pour le rôle joué par l'Etat français dans la rafle et dans la Shoah.




© Alexandre Garcia – Centre International d’Antibes