3ème temps  
 

grand-corps-malade-3eme-temps_300Avec 3ème temps, sorti deux ans après son précédent disque, l’on distingue une nette évolution dans son expression :  "Midi 20" nous invitait à écouter un slam très pur, musicalement minimaliste. La banlieue y tenait le premier rôle. On y découvrait avec enthousiasme, une nouvelle ferveur pour la langue française qui s’y trouvait malaxée de manière jubilatoire.
"Enfant de la ville"  se parait, lui, d'un soutien musical bien plus étoffé tout en gardant cette même fraîcheur, cette même démarche ludique. Pour nous parler de lui et nous raconter notre société actuelle en particulier celle de la banlieue (Je viens de là), GCM y jonglait avec les mots et les sons du français avec délectation.


"3ème temps" se caractérise par une orchestration encore plus présente. Le slam y flirte désormais avec d’autres genres musicaux et le slameur semble moins rechercher la performance dans le jeu qu’il entreprend avec la langue et les sonorités. Le regard sur la société est toujours aussi aiguisé  même si la banlieue est moins présente.


Les paroles des chansons de GCM sont souvent écrites à la première personne, parmi elles quatre sont particulièrement réussies : 1er janvier 2010, ouvre l’album, GCM y tire le bilan extraordinaire de son propre parcours qui, de 2006 à 2010, a été émaillé de 250 concerts. Définitivement est une très belle chanson dédié au fils que ce futur papa attend et avec qui il établit déjà une complicité [ Je peux pas encore tout te raconter, là quand je te parle ta mère écoute, mais t’inquiète pas dès que tu seras né , on aura nos secrets, tu n’en doutes ] A l’école de la vie raconte tout simplement comment on se construit de l’enfance à l’âge adulte [J’y suis rentré tout petit comme tout le monde, derrière ses murs j’ai grandi et j’ai observé chaque seconde. La vie démarre souvent avec le prof d’insouciance, il est utile, il t’inspire et te met en confiance. Mais juste après vient le cours des responsabilités. Tu découvres les maux de tête et les premiers contrôles ratés…]. Quant à J’attends, elle exprime à la fois les attentes de tout un chacun qu'elles soient existentielles ou qu'elles relèvent d’aspirations sociales [ Et quand j’attends je regarde et parfois je désespère. De voir le monde autour de moi qui tourne la tête à l’envers. J’attends qu’y ait plus en France de CV anonyme pour embaucher des Français qui ont une autre origine…]


Retenons également deux chansons que l'on pourrait présenter comme engagées : Roméo kiffe Juliette est sans doute la chanson de l'album la plus percutante. C'est celle que l'on entend beaucoup actuellement sur les ondes:  Deux jeunes adolescents s’aiment - quoi de plus naturel - sauf qu’ici, c’est [un amour dans l’orage celui des dieux , un amour, du courage et des enfants hors des normes…] car Roméo est arabe et Juliette, juive.
Education Nationale nous invite à suivre le jeune Moussa, 10 ans, dans son parcours de jeune élève d’école primaire dans une ZEP et à travers lui, GCM nous égraine les difficultés de l’école à accomplir sa mission républicaine.
Deux très beaux et attachants portraits, l’un dédié à un simple chauffeur de taxi parisien, Rachid Taxi, et l’autre à une ville, A Montréal, complètent ce bel album.

Pour finir, signalons les deux duos insolites auquels nous convie GCM. Le premier, avec un chanteur très apprécié par la jeunesse et toujours jeune malgré son grand âge : l’icône Charles Aznavour chante avec GCM dans Tu es donc j’apprends, musique de monsieur Aznavour sur des paroles de GCM. L'autre duo,  avec la chanteuse lyrique Elise Oudin-Gilles, est un rendez-vous réussi du slam avec le Jazz et la musique classique puisque c'est sur l'air de Summertime de George Gershwin que Fabien Marsaud nous sert son Heure d’été.


Le tout représente une oeuvre intelligente qui plaira à tous les amoureux de la langue française et que nous vous invitons à découvrir ici, sur Deezer.


 


© Alexandre Garcia – Centre International d’Antibes