Tout ce qui brille  
 

Lila (Leïla Bekhti) et Ely (Géraldine Nakache) sont amies d’enfance, elles ont une vingtaine d’années, appartiennent à la petite classe moyenne et habitent à Puteaux en banlieue parisienne, à 10 minutes à peine de la capitale, mais la banlieue reste la banlieue, et 10 minutes sont 10 minutes de trop. Jeunes, jolies, débrouillardes, délurées, elles rêvent de s’amuser dans la capitale et en ont marre, dixit Lila, « de moisir dans cet endroit pourri ». Les deux copines rivalisent donc en combines et stratagèmes pour réussir à s’incruster, jusqu’au petit matin, dans des soirées branchées parisiennes. Le père d’Ely qui est chauffeur de taxi, se fait alors un plaisir de les ramener dans leur quartier après son service de nuit.


Chaque incursion dans ce monde qui brille émerveille nos petites banlieusardes. Les endroits totalement improbables où elles accèdent (la soirée événementielle loufoque « Hard Discount » dans un  supermarché de quartier), les gens qu’elles y découvrent,  leur accoutrement hors de prix, jusqu’à leurs habitudes alimentaires (les fameuses pâtes au citron), les font « halluciner face à tous ces trucs de oufs*», comme elles disent.
Au cours de l’une de ces sorties dans Paris, les deux amies vont venir en aide à Agathe (Virginie Ledoyen), jeune bourgeoise à qui Lila fera croire qu’elles habitent à Neuilly. La spirale du mensonge est lancée et elles seront intégrées à son cercle d’amis de la haute bourgeoisie.

Géraldine Nakache et Hervé Mimran jouent de ces deux univers parallèles vivant à 10 minutes l’un de l’autre mais possédant chacun ses propres codes sociaux qui vont du niveau de la voix à adopter lors d’une conversation entre amis, à la façon de servir le vin, en passant par les tenues à porter et les thèmes à aborder. Le parcours de nos deux jeunes filles est ainsi truffé de pièges interculturels souvent amusants (découverte du dressing de oufs d’Agathe) mais parfois pathétiques (la réaction d’Agathe et de son amie à l’encontre du chauffeur de taxi qui n’est autre que le père d’Ely).


Tout comme Sarah, le personnage du roman d’Olivier Adam, Ely et Lila, mues par une volonté farouche de s’élever socialement, éprouvent un sentiment, chronique, de déplacement par rapport à un monde dont elles se savent étrangères et dont elles maîtrisent mal les codes. A noter la symbolique des  scènes de l’immeuble de Neuilly qu'elles sont censées habiter et dont Lila possédait le code d’entrée, jusqu'au jour où il se révèlera  infranchissable, le code ayant été changé.


Tout ce qui brille est une belle histoire d’amitié et d’amour filial. Sous ses airs de comédie légère, le film de Géraldine Nakache et Hervé Mimran porte un regard tendre, drôle, touchant et grave sur deux jeunes filles qui se démènent pour s’arracher à leur condition et être acceptées par la jeunesse dorée parisienne.
Cette belle histoire, portée par deux excellentes jeunes comédiennes, est un conte moderne délivrant une double morale. La première est déjà avancée dans le titre-même qui reprend le début de l’expression « Tout ce qui brille …n’est pas or ». La seconde pourrait être : « à trop être fascinées par un monde de paillettes, à trop vouloir s’approcher de ce monde de lumière, on risque de s’y brûler les ailes ». Lila et Ely sauront s’en éloigner à temps.


Un film très réussi, intelligent, qui complète notre dossier de ce mois-ci sur la banlieue.


* fou(s) en verlan


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© Alexandre Garcia – Centre International d’Antibes