| C’est la rentrée ! | |
Place, en effet, à la rentrée… ou plutôt aux diverses rentrées: La rentrée scolaire Début septembre, les dix millions d’élèves du public et les deux millions d’élèves du privé retournent sur les bancs des quelque soixante six mille écoles, collèges et lycées de France. Là, les attendent plus d'un million de personnes dont huit cent cinquante mille professeurs. Quelques semaines plus tard, ce sera au tour des deux millions trois cent mille étudiants du système universitaire de reprendre leur cursus. Cette période de l’année tire son appellation de la reprise scolaire massive d’après-vacances. De fait, le calendrier de l'Education nationale rythme de nombreux aspects de la vie en France, et en particulier, notre vie politique, culturelle et sociale. La rentrée politique Chaque année, le temps d’un été, la France, si encline à descendre dans la rue et à se mobiliser, profite de cette période légère. Soudain, les questions graves s’effacent, un besoin de détente envahit l’Hexagone: c’est la trêve estivale. L'été 2010 ne devait pas déroger à la règle. On devait, comme à chaque fois, pouvoir faire une pause et "se vider la tête". D’autant que - crise économique oblige - les derniers mois n’avaient pas été roses pour les Français.
Anéanti le rêve, il ne restait plus qu’une grève bien française, bleue donc. Celle-ci mit définitivement fin à la trêve. La politique s’empressa de revenir au galop pour occuper la scène. Car, au feuilleton du ballon rond, succéda immédiatement celui, tout aussi peu glorieux pour la France, de Bettencourt, du nom de l’héritière de L’Oréal. Il allait égrainer ses turpitudes financières et politiques tout au long de l’été. L’Oréal et Football. Deux univers naguère prestigieux. Aujourd’hui voués à une même ivresse. Le sens des réalités s’y perd, étouffé par un « Parce que je le vaux bien ! », devise arrogante et égocentrique qui semble vouloir justifier des comportements dégoulinants de morgue. Les « Parce que je le vaux bien ! » ont raisonné partout cet été. Tout autour de Frank Ribéry comme de certains ministres. Parce qu’ils le valent bien, peuvent-ils tout se permettre ? La réponse des Français est rassurante. Elle rappelle à nos élites, du monde du football, des affaires ou de la politique, qu’elles ne peuvent impunément s’affranchir des exigences de la morale. Alors que la situation du pays s'est dégradée, que le quotidien de beaucoup de nos concitoyens est devenu intenable, les Français attendent d’elles qu'elles soient porteuses de valeurs qui semblent aujourd’hui leur faire défaut ou, pour le moins, qu’elles fassent preuve de mesure et de discrétion : le temps du bling-bling est révolu. L'été est un moment privilégié pour les manifestations culturelles en plein air et la rencontre du public avec acteurs et musiciens. Le souci du temps libre utile y détermine des comportements signalés dans l’édito précédent. Cependant, la période estivale incite à l’insouciance et favorise le divertissement. Elle freine, suspend, la production culturelle "sérieuse" et notamment les parutions littéraires, discographiques et cinématographiques. L’été est donc plutôt voué aux sorties de nouveautés sans prétention: romans de plage, tubes musicaux et films à grand spectacle, souvent américains . La rentrée culturelle de septembre vient prendre le relais des expositions et festivals de l’été. La rentrée foisonne de nouveautés et d’événements culturels. C’est le moment où la programmation annuelle, qu’elle soit théâtrale, musicale, radiophonique ou télévisuelle se met en place. Si la rentrée culturelle est parfois... politique, c'est surtout le moment où l'oeuvre culturelle reprend le pas sur le produit de divertissement qui aura régné le temps d'un été. La rentrée littéraire, par exemple, est significative de cette transformation de la consommation culturelle. En septembre 2009, 659 nouveautés parurent dont 430 créées par des auteurs francophones. 701 nouveaux ouvrages dont 497 français sont attendus en 2010. Chaque rentrée voit ainsi une déferlante d’œuvres arriver soudain, en quelques semaines, sur le marché. Leur parution donnera ensuite lieu à une multitude de grands prix littéraires prestigieux (Femina, Renaudot, Médicis, Goncourt…) qui seront annoncés au cours de l’automne. La rentrée sociale Après la trêve estivale et sa parenthèse d’insouciance, septembre sonne le retour à la réalité. Celle de la rentrée 2010 s’annonce rude. Il y a, en premier lieu, les difficultés économiques causées par les soubresauts d’une crise qui n’en finit pas de faire des victimes depuis plus de 30 ans. Dernier effet en date : la nouvelle rigueur économique prônée par le gouvernement et son cortège de mesures (réforme des retraites, coup de rabot sur les niches fiscales...) censées assainir l'économie et limiter les déficits publics mais jugées souvent injustes au regard d’autres dépenses mises en lumière cet été par les différentes affaires "de gros sous". Tandis qu'on nous promet un automne chaud, avec de nombreux conflits sociaux en perspective, on se surprend déjà à rêver à la prochaine trêve, celle qui interviendra avec les fêtes de fin d’année et que l'on appelle à juste titre la trêve des confiseurs.
Quant à nous, au Français et vous, nous vous souhaitons une belle rentrée, douce, paisible et enrichissante.
© Alexandre Garcia - Centre International d’Antibes |
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