Jean FERRAT, l’ami poète  
 

La France a ses troubadours qu’aucune mode ne déboulonne. FERRAT, à l’instar de BREL, BRASSENS, FERRE et BARBARA, nous laisse un héritage qui témoigne de la vérité d’un homme, d’un de ceux dont on peut dire, avec CHATEAUBRIAND, que, « si l’écho de leur voix faiblit, nous périrons ».


Sa plume frémissante d’humanité, dont nous garderons l’empreinte, aura traversé plus d’un demi-siècle. Sa poésie est populaire, elle parle de la vie de tous les jours, de la souffrance-Nuit et brouillard, de la beauté du monde-La montagne-, du plaisir de vivre-Que c’est beau la vie-, du plaisir d’aimer-Ma môme-, de toutes ces choses qui semblent le tissu même de la vie.


Sa gourmandise pour les mots, les images et les idées développés dans ses chansons l’apparente à Louis ARAGON avec lequel il aura formé un duo indissociable. Leur affinité poétique allait de soi, FERRAT savait mettre en musique les poèmes du maître : « C’est de moi ça ? » dira ARAGON en écoutant FERRAT chanter un de ses poèmes. Plus qu’une question, un hommage !


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FERRAT ne s’en tient pas à ce qui est. Il anticipe ce qui sera : il veut défendre aussi les jeunes talents. C’est ainsi qu’il initie, dans les années 80, des festivals dans le Val-de-Marne et dans le Gard à Barjac, et s’insurge contre la faible diffusion de musique hexagonale sur les radios. En 2002, il n’aura rien perdu de sa verve lorsqu’il publiera une tribune dans le monde: « Qui veut tuer la chanson française ?».


Censurées à la radio, interdites à la télévision, ses chansons sont jugées trop politiques ; il gêne mais refuse de se plier au politiquement correct : Nuit et brouillard (1963), écrite en mémoire des victimes de la déportation dont son père, Manash TENENBAUM, juif d’origine russe, ne reviendra pas, ne passera pas à l’antenne en dépit de l’énorme succès qu’elle remporte. Il en sera de même pour Potemkine (1965)- la chanson fait référence aux marins du cuirassé en 1905-. Ma France (1969) où il s’attaque aux gouvernants sera interdite jusqu’en 1971 malgré le soutien de quelques « éclairés » ! FERRAT se retirera de la scène en 1973, en pleine gloire, pour s’établir dans une ferme de l’Ardèche.


Et pourtant, au fil des années, son succès auprès des Français ne se dément pas : son album La femme est l’avenir de l’homme (1975) bat des record de ventes, FERRAT 80 devient disque de diamant. Sa dernière apparition télévisée, en 2003, dans l’émission de Michel DRUCKER, « Vivement dimanche », faisait encore l’événement. Aujourd’hui, après sa disparition, son « Best of », premier au classement des ventes de Compilations, témoigne de la fidélité pérenne que lui voue la France.


L’hommage qui lui a été rendu, lors de ses funérailles, atteste de l’empreinte indélébile que nous laisse ce poète, compositeur et interprète.


Merci, Jean, pour hier, aujourd’hui et demain !


 


© Sylviane GIRAUD COLOMER – Centre International d’Antibes