30 années en France: 1985 – 2015, souvenirs, souvenirs ! (2e Partie)  
 

 


 


j_53_01... Comme jeunesse. Être jeune en 2015 est plus difficile qu’il y a 30 ans. La situation de la jeunesse française s’est dégradée au fil des années. Déjà, en 1985, une dizaine d’années après les premiers effets de la crise dite du pétrole et la fin des Trente Glorieuses, une nouvelle réalité semblait s’imposer : l’ascenseur social était désormais bloqué. C’est par ces termes que l’on définit depuis, le fait que les enfants commencent leur propre existence d’adultes à un niveau plus bas que celui avec lequel leurs parents ont eux-mêmes débuté dans la vie active.


De nombreux facteurs expliquent cette situation parmi lesquels on souligne le rôle de l’école. La société a changé, le monde du travail s’est transformé, le monde s’est globalisé et l’éducation nationale a eu du mal à s’adapter aux nouveaux défis. L’école de la République a continué à fonctionner sur des mécanismes souvent obsolètes. On s’apercevra ainsi que, loin de corriger les inégalités, le système tend à les renforcer. En 2003, le Haut Conseil à l’évaluation de l’école (dont le président est désigné par le Président de la République) annonçait [Le système scolaire français amplifie les inégalités sociales] un diagnostic sans appel fait dans son rapport annuel. En 2005, Patrick Fauconnier, dans son ouvrage La Fabrique des meilleurs – Enquête sur une culture de l’exclusion, nous rappelle qu’au lycée [90% des enfants de cadres accèdent à une classe de seconde générale ou technologique, mais seulement 42% des enfants d’ouvriers] P64. Il précise aussi : [L’école de la République est une raffinerie où l’on sépare et sélectionne par l’échec, au travers de « disciplines » par des « épreuves ». Vocabulaire significatif. Il faut qu’elle devienne une pépinière où l’on donne confiance aux jeunes, où l’on fait émerger des talents, où l’on valorise les métiers, tout autant que la culture] P40. En 2007, une autre enquête fit grand bruit. Le Rapport de l’Académie des sciences morales et politiques préfacé par les deux anciens premiers ministres Raymond Barre et Pierre Mesmer s’intitulait La France prépare mal l’avenir de sa jeunesse et, entre autres, signalait que [Le poids de l’origine sociale atteint son apogée dans l’accès aux grandes écoles. La place des élèves d’origine modeste dans les Grandes Ecoles est redevenue aujourd’hui aussi faible qu’elle l’était au début du XXème  siècle. Les fils d’ouvriers et d’employés, qui constituent près des deux tiers de la population en âge d’intégrer les GE, ne représentent plus que 1% alors que ce pourcentage était de l’ordre de 25% il y a cinquante ans.] P61.cov5_4954
Et L’Institut National des Statistiques et Etudes Economiques (INSEE) d’en rajouter dans son rapport sur la population française de 2012 :  [Pour les jeunes issus de milieux d’enseignants ou de cadres, le diplôme obtenu est plus souvent de niveau bac+5 (une fois sur deux contre une fois sur quatre pour les enfants d’ouvriers) (…) Les enfants de cadres restent très nombreux dans les filières qui préparent aux études les plus longues, qui sont également celles où la reproduction sociale est forte : en Classes Préparatoires aux Grandes Ecoles (CPGE) ou dans les filières de santé. En CPGE, la moitié des élèves sont des enfants de cadres1.


Ainsi, les parcours scolaires apparaissent aux jeunes comme déterminés à l’avance en fonction de leur origine sociale. Dans cette « école-raffinerie », plus on s’éloignera du profil des élus (les enfants d’enseignants et de cadres),  plus les jeunes se considèreront pénalisés aux différents carrefours scolaires avec, en particulier,  la détermination de leur orientation et, par voie de conséquence, de leur futur. Trois types de jeunesses cohabitent plombés par ce déterminisme social : celle des beaux quartiers du film LOL de Liza Azuelos (2009), celle des quartiers sensibles du film Entre les murs (La classe) de Laurent Cantet (2008), et celle des classes moyennes de La Famille Bélier d'Eric Lartigau (2015).


k_53 ... Cette lettre nous fait penser au succès du film d’animation  Kirikou et la sorcière (1998) de Michel Ocelot qui sera complété par Kirikou et les bêtes sauvages (2005) et Kirikou et les Hommes et les Femmes (2012). Le premier de la série consacra la qualité et la créativité de l’animation française. D’autres films eurent une portée internationale comme Les Triplettes de Belleville de Sylvain Chomet (2003) ou plus récemment Minuscule de Thomas Szabo et Hélène Giraud (2014). Aujourd’hui, l’animation hexagonale est la troisième au monde après l’américaine et la japonaise.


l_53 ... Comme laïcité une des valeurs fondamentales de la France revenue au premier plan après les attentats de janvier 2015.


m_55 ... Comme les différents modes ou façon d’être qui se sont succédé au cours de ces 30 années. Le BC BG (bon chic bon genre) régna dans les années 1980 et 1990 suivie par la mode Bobo à partir de la fin des années 1990 à laquelle vint se superposer un temps la mode Bling bling.


n_55... nous fait penser au prix Nobel et aux quatre écrivains français Claude Simon, Gao Xingjian, Jean-Marie Gustave Le Clezio et Patrick Modiano qui l’obtiendront au cours de ces 30 dernières années.

o_55 ... Comme objets du quotidien et en particulier l'ordinateur. En trente ans, on a assisté à une valse des objets quotidiens. Certains, naguère familiers, ont disparu : on pense aux cassettes vidéo associées au magnétoscope aujourd’hui absent du salon tout comme le lecteur de cassettes audio qui a cessé d’être un élément de la chaîne HiFi. Envolé le minitel, autre objet qui eut son heure de gloire en France. En revanche, de nombreux autres sont devenus indispensables et participent à faire de nous des individus connectés. MP3, GPS, clés USB, consoles de jeux, Box ADSL et autres tablettes se sont imposés. Outre l’ordinateur, l’autre objet emblématique est incontestablement le téléphone portable. Alors qu’en 1997 seulement 10% de la population l’avait adopté, l’engouement touchait plus de 60% des Français en 2001.


p_55 ... Citons tout d’abord la transformation du permis de conduire. A compter de 1992, il est assorti d’un capital de 12 points et des points sont retirés en fonction d’un barème prenant en compte la gravité des infractions au code de la route. Mais pour cette lettre, évoquons aussi la pédagogie. Beaucoup de choses ont changé en la matière, et en particulier dans l’enseignement du Fle qui nous concerne directement. Un souffle nouveau a été apporté tout d’abord par les nouvelles technologies. Des objets là encore disparaissent des salles de classe : les rétroprojecteurs, les lecteurs de diapositives et autres lecteurs de cassettes. D’autres arrivent : les vidéoprojecteurs, les tableaux interactifs, et plus globalement les TICE qui font la part belle aux nouveaux supports numériques. 1985 est l’année de naissance du DELF qui subira un lifting au début du XXè siècle, après l’arrivée en 2001, du Cadre européen commun de référence pour les langues du Conseil de l’Europe (CECRL). Hors de nos frontières, l’enseignement du français langue étrangère aura été également dynamisé par des actions à portée internationale comme  La Journée internationale de la francophonie, créée en 1988 et qui deviendra, en 1995, La semaine internationale de la francophonie. Depuis 2003, l’opération nationale Dis-moi dix mots dépasse le cadre hexagonal et devient une manifestation ludique et sympathique, portée à l’étranger par le réseau culturel et linguistique (Instituts français et Alliances françaises) du ministère des affaires étrangère dans le cadre de sa promotion de la langue française.


q_55 ... Comme quotidiens. En l’espace de trente ans, le paysage médiatique a subi  une véritable révolution. C’est notamment le cas pour les médias chargés d’informer. La presse papier qui, jusque dans le milieu des années 1990, était la seule, avec quelques radios et chaînes de télévision généralistes à remplir le rôle de messager, a dû faire face à trois redoutables concurrents apparus quasi simultanément et qui ont bouleversé le traitement de l’information. Tout d’abord Internet, mine d’informations gratuites libres d’accès; puis les quotidiens papier gratuits comme Métro (2002) ; 20 minutes (2002) ou Direct Matin (2007) ;  ensuite la multiplication des chaînes gratuites de télévision spécialisées dans l’information : BFM Tv (2005), I Télé (2005) auxquelles il convient d’ajouter France 24 (2006) à vocation internationale, et La Chaîne d’info LCI qui devient chaîne gratuite à compter de janvier 2016 en attendant la nouvelle chaîne d’info du service public prévue en septembre 2016. La conséquence ne sest pas fait attendre : la presse nationale et la presse régionale ont été prises dans un cercle vicieux avec moins de lecteurs, donc moins de recettes ; ce qui se traduit en outre, par moins de publicité et engendre un renchérissement du tarif du journal entraînant à son tour une réduction du nombre de lecteurs. Rares sont les journaux et hebdomadaires qui ne sont pas aujourd’hui au bord de l’asphyxie, les difficultés financières touchent des noms emblématiques comme Le Monde, Le Figaro2 ou Libération. Quant à Charlie Hebdo, signalons qu’il était en très grande difficulté quelques semaines avant que ne se produise le massacre du 7 janvier 2015.


r_55… Comme l’effet Ryanair. Le modèle économique du low cost - en français, bas prix - s’est imposé en France. L’aéroport de Marseille, par exemple, ouvre en novembre 2006 une nouvelle aérogare Marseille MP2, spécialement dédiée aux compagnies à bas prix (ou à bas coûts) dont Ryanair, qui en fait sa base stratégique en France. « Le trafic des compagnies low cost assure la croissance des aéroports français » titrait Le Figaro le 18 février 2014 en précisant que plus d’un tiers des passagers des aéroports de province voyagent sur de telles compagnies. D’autres secteurs ont adopté ce modèle économique à bas coûts. La grande distribution française dont le succès, dès les années 1960, était basé sur les prix bas, se laisse convaincre par le hard-discount (Leader Price en 1988) ; la téléphonie ou même l’automobile avec Renault et sa marque Dacia (1999) se lancent à leur tour. Chose surprenante, le modèle économique à bas coût réussira à séduire bien au-delà des classes moyennes victimes, elles, de la stagnation de leur pouvoir d’achat.


s_55 ... Comme les années SIDA, et pour évoquer cette pandémie qui réussit à rendre l’amour dangereux, nous renvoyons à l’excellent film de Cyril Collard Les nuits fauves (1992) qu’il réussit à achever juste avant d’être à son tour emporté par la maladie.


t_55 ... Comme terrorisme islamiste qui frappa Paris déjà en 1985 et 1986. Cependant,  il y a trente ans, personne ne connaissait les mots jihad ou radicalisation qui aujourd'hui font partie de notre vocabulaire courant. Ils sont les marqueurs d’une réalité morbide qui a fait irruption dans notre vie, alimentée par la lecture obscurantiste de l’islam qui semble s’imposer au détriment de sa lecture humaniste.


u_55... Incontestablement, la faillite de l’URSS entraînant la chute du mur de Berlin aura été l’événement majeur survenu au cours de ces trente dernières années en Europe et dans le monde.


v_55 ... Comme vélo. En 30 ans, la bicyclette urbaine a changé de statut. Les Français retrouvent les joies de sa conduite en ville où des pistes et autres bandes cyclables sont devenues une réalité depuis la loi de décembre 1996 sur L’air et l’utilisation rationnelle de l’énergie, plus communément appelée la loi Laure.  Elle oblige les villes et agglomérations de plus de 100 000 habitants à se doter d’un plan de déplacements urbains avec création de voies pour les cyclistes. C’est ce qui a poussé 31 villes françaises à opter pour un système de mise à disposition de vélos en libre-service, le plus connu étant le Vélib’ parisien inauguré en 2007. Cette même année, Marseille, Toulouse, Montpellier, Aix en Provence, mais aussi Besançon, Orléans ou Rouen entre autres, se dotèrent de leur propre service. A Nice, les Vélos bleus apparaîtront en juillet 2009.


w_76... Wikipédia symbolise la transformation de l’accès à l’information (qui a mis à mal les quotidiens comme nous l'avons vu plus haut). Chacun se voit affranchi de l’obligation de se déplacer pour chercher l’information. Ainsi, plus besoin de se rendre dans un kiosque pour accéder à un journal français ou étranger. Plus besoin de se rendre dans une bibliothèque municipale ou universitaire pour accomplir le moindre travail de recherche. Plus besoin de tapisser des bibliothèques d’encyclopédies déclinées en de multiples volumes. Désormais, un simple clic suffit. Et le succès est au rendez-vous: [en février 2014, il y avait mondialement presque 500 millions de visiteurs chaque mois] selon Wikipédia dont la version française est parue en mars 2001. Au-delà de Wikipédia, nous assistions alors, sans en prendre véritablement conscience, à la naissance d’un nouveau modèle de site collaboratif cherchant à établir un réseau communautaire ; ce modèle donnera bientôt lieu à d’autres sites, d’autres plates-formes communautaires. La numérisation de l'économie est en marche. Elle  bouleversera les schémas traditionnels comme celui des transports (Huber, BlaBlaCar…) ou de l’hôtellerie (Airbnb).


x_56 … La génération X concerne les personnes nées entre 1966 et 1976. C’est-à-dire à un moment où la transformation de la société française battait son plein avec notamment l’émancipation de la femme (jusqu’en 1965, une femme devait avoir l’accord de son mari pour ouvrir un compte en banque ou occuper un emploi). Le changement social était porté par la conjonction de plusieurs facteurs favorables : croissance économique, progrès social, progrès technologique, consommation et la fin des guerres de décolonisation.
Cette génération constitue aujourd’hui les nouveaux quadras [Elevés dans le « tout est possible » de Mai-68, les quadragénaires ont connu la crise dès 1992, mais gardent le moral. Politique, travail, amour… nous avons radiographié la dernière génération d’enfants gâtés]  comme l'annonçaient les journalistes Antoine Besse et Julien Solonel, du journal Le Parisien, le 4 avril 2014. Quant aux quinquas, ils ont eu la chance –bien que le chômage les affecte également –d’avoir commencé leur activité professionnelle alors que la crise ne s’était pas encore aggravée.


y_56... La génération Y, quant à elle, concerne les personnes nées au tout début des années 1980 et le milieu des années 1990 et qui ont connu de près, le boom des objets dont nous avons déjà parlé, liés à la haute technologie directement appliquée à la vie quotidienne.
Ce sont aujourd’hui ces jeunes, connectés et grands utilisateurs des réseaux sociaux. Des trentenaires qui, parfois, ont du mal à quitter l’adolescence et à se sentir définitivement adultes -souvent du fait qu'ils habitent toujours chez leurs parents- et qui ont été définis à travers un nouveau concept sociologique où adolescent et adulte se combinent pour donner le mot valise « adulescent ». L’ascenseur social ne fonctionnant plus, comme nous l’avons signalé au début de notre article, l’entrée dans la vie active est souvent bien plus difficile pour eux au regard des générations antérieures, et commence très souvent, par une longue période de travail précaire soumis à des contrats à durée déterminée (CDD) avant de pouvoir prétendre à un emploi en CDI (durée indéterminée). D’ailleurs, comme le chante Dany Brillant dans sa chanson Laissez-nous passer (2009),   ils ressentent ce mécanisme social qui les maintient à l’extérieur, les repousse, les empêchant de pouvoir faire partie des gens définitivement installés dans la vie.


z_56... Comme Zinédine Zidane, notre joueur mythique aux différentes facettes, les unes éblouissantes, admirables tant du point de vue du talent du joueur que de ses qualités humaines. Zizou le minot de Marseille, fit les beaux jours des clubs de football de Cannes, de Bordeaux, de la Juventus de Turin et finalement du Real Madrid tout en signant la belle épopée des Bleus conclue par une coupe du Monde en 1998 et une coupe d’Europe deux ans plus tard. Mais Zizou n’est pas un extraterrestre, il n’est pas un robot, et porte en lui son côté obscur, son côté fragile qui le fait craquer lors de son tout dernier match en tant que joueur qui n'est autre… qu'une finale de coupe du monde. La dramaturgie est là, à son comble, lorsque toute la France, non, toute la planète le voit porter le coup de tête fatal au joueur italien Marco Materazzi obligeant l'idole à quitter immédiatement le terrain, abandonnant ces coéquipiers, réduits à dix, à un sort couru dès lors d'avance...


 


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© Alexandre Garcia - Centre International d'Antibes


1. Insee France, portrait social - édition 2012 Vue d’ensemble. « Les inégalités dans l’accès aux hauts diplômes se jouent surtout avant le bac » Olivier Lefebvre.


2. Bernard Poulet dans La fin des journaux et l’avenir de l’information, Paris, Gallimard (Le débat) 2009 nous révèle les difficultés financières du Figaro : Entre 2003 et 2007, son chiffre d’affaires publicitaire est tombé de 120 millions d’euros à 80 millions, et les revenus engendrés par les petites annonces sont passés de 97 millions d’euros à 25 millions.



R… comme l’effet Ryanair. Le modèle économique du low cost en français bas prix s’est imposé en France. L’aéroport de Marseille par exemple ouvre en novembre 2006 une nouvelle aérogare Marseille MP2 aux compagnies à bas prix (ou à bas coûts) dont Ryanair qui en fait sa base stratégique en France. « Le trafic des compagnies low-cost assure la croissance des aéroports français » titrait Le Figaro le 18 février 2014 en précisant que plus d’un tiers des passagers des aéroports de province voyagent sur de telles compagnies. D’autres secteurs ont adopté ce modèle économique à bas coûts. La grande distribution française dont le succès dès les années 1960 était basé sur les prix bas se laisse convaincre par le hard-discount (Leader Price en 1988) ; la téléphonie ou même l’automobile avec Renault et sa marque Dacia (1999) s’y lancent à leur tour. Chose surprenante, le modèle économique à bas coût réussira à séduire bien au-delà des classe moyennes victimes de la stagnation de leur pouvoir d’achat.