Juliette Gréco  
 

Juliette Gréco a vu le jour à Montpellier en 1927. Née d'un père corse et d'une mère bordelaise, elle a été élevée avec sa sœur aînée Charlotte par ses grands-parents maternels à Bordeaux. A la veille de la deuxième guerre mondiale, en 1939, Juliette est petit rat à l'Opéra Garnier à Paris où elle vit avec sa mère et sa sœur depuis 1933. Sa mère, engagée dans la Résistance, et sa sœur seront déportées en 1943 à Ravensbrück tandis que Juliette échappera à la déportation à cause de son jeune âge ; toutefois, elle sera internée à la prison de Fresnes. Elle sera libérée à 15 ans et trouvera refuge chez une amie de sa mère, Hélène Duc, son professeur de français, au 20 rue Servandoni (là où vécut jadis Olympe de Gouges!1), à deux pas de Saint-Germain-des-Prés...


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Au sortir de la guerre, en 1945, poètes, musiciens, écrivains, peintres, tous les artistes se donnent rendez-vous autour de l'église de Saint-Germain-des-Prés, dans les cafés, les clubs de jazz ou les cabarets. C'est toute une jeunesse qui s'exprime et s'épanouit. Juliette Gréco s'installe dans ce quartier dont elle avait déjà découvert la vie intellectuelle, artistique et politique dans un Paris encore en guerre. Très vite, elle est accueillie dans le cercle de prestigieux artistes et intellectuels, du philosophe Jean-Paul Sartre à l'écrivain Albert Camus, en passant par les jazzmen et auteurs américains. Cultivant un esprit rebelle et épris de liberté, elle devient désormais la Muse de Saint-Germain-des-Prés. De cette période, Juliette Gréco, alors figure de prou du cabaret Le Tabou, dira de Boris Vian qu'il lui a rendu la parole, l'usage des mots. Elle le considérait comme le plus extraordinaire psychologue. Elle interprètera Le déserteur, chanson antimilitariste en pleine guerre coloniale (1954), jugée subversive !


Des 19 chansons de cette compilation, nous ne pouvons ici faire le tour. Mais toutes sont dignes d'intérêt et merveilleusement interprétées.


C'est avec un texte de Jacques Prévert qui date de 1946 que Juliette Gréco ouvre son album. Véritable profession de foi, Je suis comme je suis, situe une belle personne sur laquelle ni le temps ni l'âge n'ont de prise : Pourquoi me questionner/Je suis là pour vous plaire/Et n'y puis rien changer. Des années 50 aussi, La chanson de l'Auvergnat de Georges Brassens campe une Gréco généreuse et en dehors des clous : Elle est à toi, cette chanson/Toi l'hôtesse qui, sans façon,/M'as donné 4 bouts de pain/Quand dans ma vie il faisait faim. C'est aussi Je hais les dimanche de Charles Aznavour qui recevra le prix de la SACEM en 1951 ou encore Les feuilles mortes de Prévert empreintes de mélancolie. Avec Si tu t'imagines de Raymond Queneau, Gréco affirmait haut et fort en 1949 son désir d'être femme et de cueillir les roses de la vie, sa voix n'a point faibli aujourd'hui !


Des années 60, Déshabillez-moi, cette ode à la sensualité et à l'amour physique de Robert Nyel et Gaby Verlor, est certainement le titre le plus connu. Il date de 1968. Avant cela, Il n'y a plus d'après de Guy Béart (1960), Jolie môme de Léo Ferré (1961) et La Javanaise de Serge Gainsbourg (1963) avaient été écrites spécialement pour elle. Gainsbourg d'ailleurs qui dira de Gréco : … je pense qu'il n'y a pas un auteur digne de ce nom ou au moins ayant un tant soit peu de tenue littéraire qui n'ait souhaité écrire pour elle.


Nous retiendrons des années 70, la reprise des Vieux amants de Jacques Brel2 qu'elle chante en 1971 à Berlin devant 60000 spectateurs. Amsterdam et Ne me quitte pas ne sont pas absents eux non plus de ce dernier album : La Gréco insuffle sa féminité et sa personnalité  à ces monuments de la chanson française.


Outre son apport considérable à la chanson française, on retient de Juliette Gréco une capacité à symboliser non seulement une époque mais un état d'esprit afférent à cette période du début des Trente Glorieuses françaises. Elle incarne donc la liberté, l'impertinence, la sensualité révolutionnaire, la libération de la femme et de l'esprit, l'ouverture au monde et la fin des tabous et des idées reçues. Oui, Juliette, encore un grand merci pour ces 70 ans de carrière qui n'ont pas pris une ride et qui vous valent de nombreuses distinctions3!


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© Sylviane Colomer – Centre International d'Antibes


 


1- Olympe de Gouges : Féministe française guillotinée en 1793, auteur d'une Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne.



2- Notons que Juliette Gréco a consacré un album tout entier aux chansons de Brel : Gréco chante Brel / octobre 2013



3- Une reconnaissance nationale : Les distinctions sont nombreuses depuis 1984 où elle a été promue Chevalier de la Légion d'honneur à 2015 où elle  a reçu le titre de Grand officier de l'ordre national du mérite.  En avril 2012, le maire de Paris lui remettait la Grande Médaille de Vermeil de la ville de Paris. En décembre de la même année, elle était élevée au rang de Commandeur de la Légion d'Honneur par le Ministre de la Culture.