Belles Familles  
 

image1_1600.Irrésistible comédie que celle-ci qui jongle avec les rebondissements classiques des comédies de l’âge d’or américain dont raffole ce cinéaste : rencontres improbables, retrouvailles impossibles, réconciliations déroutantes. Pourtant, derrière cette comédie familiale, c’est le chemin intérieur de Jérôme Varenne qui va enfin trouver la paix avec son père (un médecin connu dans la ville d'Ambray), décédé quelques années plus tôt et qu’il n’a pas revu depuis son départ en Chine. Mathieu Amalric parlant de son personnage évoque bien cette reconstruction qui s’opère tout au long du film : Oui, mon personnage s'est construit une vie et durant les trois jours que dure le film il va se déconstruire pour se reconstruire autrement.


Jérôme, de passage pour affaires à Londres avec sa fiancée chinoise Chen Lin, décide de faire un tour par Paris pour retrouver sa mère Suzanne, une bourgeoise délaissée et loufoque, jouée par Nicole Garcia, et son frère Jean-Michel (Guillaume de Tonquenec), un cadre névrosé aux petits soins avec sa maman. Il découvre alors que leur maison familiale d’Ambray ne peut se vendre à cause441982.jpg-r_640_600-b_1_d6d6d6-f_jpg-q_x-xxyxx_640 d’un conflit entre le promoteur (son copain d’enfance), interprété par Gilles Lellouche et le maire, André Dussolier, remarquable en vieux séducteur. Les retrouvailles tournent rapidement au vinaigre et les rancoeurs entre les deux frères explosent.


En allant visiter la maison, il rencontre Louise (Marine Vacth, actrice montante du cinéma actuel), à la beauté fatale, et découvre qu’elle est la belle-fille de son père qui l'a élevée avec Florence (Karine Viard), sa deuxième compagne. Bouleversé par cette femme avide de vérité qui ne recule devant rien pour reprendre ses droits face à une famille empêtrée dans ses mensonges et ses trahisons, il va mener son enquête. Grégoire lui révèle que Jean-Michel les a chassées de cette maison après le décès du père. Il apprend aux travers de différents témoignages, de photographies retrouvées dans la maison et de carnets intimes, à connaître l’homme qu’était son père, tendre, aimant et attentionné. L’opposé de ce qu’il a connu car pour lui, ses souvenirs se bornent à une vie stricte sans tendresse et sans dialogue. La scène du dîner familial, assez caricaturale, où la mère sert la soupe aux deux fils le nez dans leur assiette face au père austère qui lit son courrier, résume parfaitement l’aridité dans laquelle il a pu grandir. Comme il le dit à Louise qui a une autre image de ce père :  Mon père ne m’a vraiment adressé la parole que quand j’ai été opéré de l’appendicite.


maxresdefault_1280Pressé par son rendez-vous d’affaires à Londres qu’il n’arrive jamais à honorer, il accélère volontairement le rythme de ses premières visites, nous jetant dans son propre désordre. Nous sautons d’une révélation à une autre, happés par ses souvenirs, son amour pour Louise et sa quête de vérité. Le caractère impétueux et passionné de Grégoire, compagnon de Louise, ne font qu’empirer la situation. Gilles Lellouche est d’une sincérité renversante en jaloux forcené donnant une densité explosive au récit. Toutes ces émotions, ces mystères levés ne sont que prétextes à plus de folie et de divertissement : les malentendus, les désaccords familiaux et les aveux sonnent.


On y retrouve les croisements classiques du comique dramatique : adultère, mariage, désunion, enjeux du légitime et des liens du sang.  Le thème du double traverse aussi ce récit (deux frères, deux amis aimant la même femme, père et fils qui aiment mère et fille) dont le jeu de miroirs déroute autant qu’il amuse. La maison demeure cet épicentre où circulent à toute vitesse ces chassés-croisés : malentendus, désaccords familiaux, aveux, souvenirs et rencontres. Finalement, Jérôme comprend qu’il manque une pièce maîtresse au dossier de la vente de la maison que 1915740-jeanpaul-rappeneau-photocall-du-film-950x0-1_1359le notaire véreux a sans doute dissimulée mais pour le compte de qui ? C’est cette lettre cachée qui dénouera la situation et replacera chaque personnage à sa juste place.


Un jeu d’acteur délicieux dans lequel nous suivons une course éperdue vers la vérité bousculant la vie de chacun. Pas de répit, dans ce film orchestré avec brio dont chaque souffle, chaque virgule semblent posés avec une précision d’horloger. Son efficacité visuelle et musicale est la force géniale de ce réalisateur qui construit avec prouesse sa comédie en la bouclant  donc avec une fin heureuse comme il se doit! Pour nous, c’est enfin un talent retrouvé qui avait tant manqué au cinéma et un pur délice grâce à ce retour enchanteur. Mathieu Almaric, son acteur phare dans ce film, le confirme : Rappeneau, c'est un tempo, c'est un rythme, avec lui ça explose, ça joue, c'est un spectacle, une crème fouettée.


 


La Bande annonce du film


http://www.premiere.fr/Cinema/News-Cinema/Video/Belles-Familles-la-bande-annonce-du-nouveau-Jean-Paul-Rappeneau-4212339


 


©Muriel NAVARRO - Centre International d’Antibes