Human  
 

Yann Arthus-Bertrand (69 ans) a commencé à se faire connaître grâce à ces photos aériennes qui nous ouvraient des paysages d’une rare beauté sur notre terre et sa nature. Un de ses livres, La terre vue du ciel, remporte un franc succès et diverses movie-poster-human-web_m_642expositions sont proposées dans le monde. Puis en 2009, Home, un documentaire en faveur de la cause écologique, provoque un choc salutaire dans nos consciences. Ce nouveau film est un projet de Goodplanet, l’ONG de son réalisateur, parfois critiqué pour son manque d’éthique et la fiabilité de sa gouvernance. Le financement de 13 millions d’euros est intégralement celui de la fondation culturelle Bettencourt Schueller et, bien entendu, les contestations à ce sujet vont bon train.


Pourtant, au delà des conflits soulevés par ce long métrage, il a su donner la parole à des milliers de personnes, souvent spoliées dans leur désir de parole, meurtries dans leurs droits les plus élémentaires, condamnées au silence et à l’abandon. Ainsi, il a recueilli durant deux ans, environ 2000 interviews, en 62 langues, qu’il juxtapose sans commentaire. C’est un choix. Des thèmes les rassemblent pour ménager une cohérence : la guerre, l’amour, la discrimination, la famille, la pauvreté, le sens de la vie, le sens du bonheur.


Parfois, on souhaiterait une information sur un lieu. En particulier, quand il filme des paysages exceptionnels et que l’on ne peut que deviner le lieu du tournage. En même temps, cette beauté naturelle qui enveloppe ces visages inoubliables nous accorde, entre ces récits bouleversants, un souffle nécessaire pour reprendre le cours de ce voyage intime. Alors, la force de ces témoignages l’emporte sur la beauté naturelle.


Ces personnes qui se livrent sont si justes, s’adressant avec une telle vérité, voulant partager leurs expériences, leurs choix, qu’en connaître davantage devient presque superflu, sans réelle portée. On sent soudain que cela n’y changerait rien, que ce serait se risquer à de l’impudeur.


C’est avant tout le désir de nous faire rencontrer ces êtres qui prime et de nous mettre en situation inhabituelle, celle de l’écoute de l’autre.


Nous acceptons au gré des histoires d’être au coeur d’un monde aux multiples visages, aux vécus et aux cultures totalement opposés, aux positions pondérées ou radicales. Cependant, nous sommes tous liés à ce fragile chemin : naître et mourir. Que pouvons-nous donc faire de ce voyage ?


Au fond chaque vague de témoignages est un tremblement pour notre conscience qui, quoi qu’elle dise, se refuse souvent à comprendre l’Autre, et à décider d’agir pour notre sauvegarde commune. Nous ne nous connaissons pas. Il est plus confortable parfois de se positionner du côté de l’ignorance, du sarcasme, de la désinvolture, du pessimisme, du cynisme.


En fait, son absence de commentaire nous laisse justement libres de choisir, sans chercher à culpabiliser.


Un point crucial demeure : comment vivre ensemble ? C’est au siège des Nations Unies, à New York, transformé en salle de cinéma, yann_arthus-bertrand_portrait_1600que le film a été projeté, en présence du Secrétaire Général de l’ONU Ban Ki Moon. Puis, au festival de la Mostra de Venise, et également à la fête de l’Huma, à Paris, autant de lieux et d’atmosphères aussi différents les uns des autres mais attachés à l’Humanité et à son devenir. Impossible donc de ne pas entendre parler de Human! Les peuples meurtris au profit d’autres ne peuvent plus être l’objet des discours politiques sans qu’il y ait un engagement concret. Tout comme notre planète qui court à sa perte et donc à la nôtre si nous refusons d’agir. Ce sont les messages que Yann Arthus-Bertrand diffuse depuis des années et avec ce documentaire il poursuit son engagement et son envie de réveiller ou d’éclairer nos consciences.


Ce film, dans sa version intégrale de 3 heures 10, peut fatiguer, ou peut captiver parce que chaque vécu est à écouter avec ce qu’il a d’unique et d’ordinaire. Comment en choisir un parmi tous ces destins à vous conter ? L’homme africain qui raconte qu’il aime faire la cuisine pendant que sa femme se repose choquant son ami qui lui assure que sa femme ne viendra jamais chez lui de crainte qu’elle y goûte trop de liberté. Ou encore celui qui raconte que le plus beau jour de sa vie était quand il a pu s’acheter une moto et qu’il a même dormi avec. Ou bien la vieille femme mongole qui attend la mort avec joie parce qu’elle est au bout de son chemin, qu’elle n’a même plus de dents, et que ses nuits sont agitées car elle ne sait pas de quel côté dormir. Ou plutôt ce Palestinien qui se refuse à la vengeance après la mort de sa fille, victime d’un attentat, pour ne plus perpétrer de massacres et de haine. Ou cette femme malade qui a peur de mourir sans laisser de trace, sans savoir quel était le sens de sa vie. Ou encore …


Quand j’ai essayé de saisir certains d’entre eux pour vous les livrer, un me revenait, puis un autre et encore un autre et c’était sans fin. Je les retrouvais tous. Alors, j’ai cessé de vouloir choisir, simplement parce tous méritent d’être écoutés, des plus drôles au plus tristes, des plus lumineux au plus sombres.


Saisissants et fragiles, c’est ce qui me vient pour vous parler d’eux.


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La bande annonce


Yann Arthus-Bertrand explique les raisons de son film sur des extraits choisis.


Extrait de Human : des paysages de tempêtes dans la région du Finistère, en France.


La bande annonce de Home, sorti en 2009, pour ceux qui ne l’auraient pas encore vu.


 


© Muriel NAVARRO - Centre International d’Antibes