Astérix et Le Domaine des Dieux  
 

55_1467Par Toutatis, que le ciel ne nous tombe pas sur la tête ! Dans cette nouvelle aventure, Astérix, Obélix et Panaromix ont bien cru que c’était la fin. En effet, l’impitoyable Jules César a eu pour idée de pratiquer l’assimilation culturelle afin d’appliquer sa triptyque, Veni Vidi Vinci, sur toute la88_1111 Gaule. Ainsi, sur le conseil de son ingénieur Anglaigus (Lorant Deutsch), il décide de créer le Domaine des Dieux dans la forêt bordant le village armoricain. Nos trois amis auront beau tout essayer pour retarder le chantier, la pugnacité des Romains et surtout leurs immenses moyens, vont mettre à mal l’existence de ce village d’irréductibles Gaulois. Comble du hasard ou de l’ironie, c’est grâce à l’aide d’une famille romaine et du petit Applejuice que nos Gaulois vaincront encore et toujours le malheureux envahisseur romain.


Le mélange satire et humour est savamment restitué dans ce film d’animation. Les deux réalisateurs ont su garder l’ambiance des œuvres de Goscinny et Uderzo en conservant et en agrémentant le film de noms plus farfelus les uns que les autres tels que Petitminus, Travaillerplus, Oursenplus et Duplicatha. Ils ont également tenu à respecter les fondamentaux des auteurs avec les bagarres incessantes du village dues au « poisson pas frais » d’Ordralfabétix, avec la soumission du chef Abraracourcix à son épouse Bonemine (Florence Foresti) et, bien sûr, avec le banquet final et la voix insoutenable d’Assurancetourix. Parallèlement, en multipliant les références à des œuvres du 7ème art qui leurs tiennent à cœur, comme Panoramix en Gandalf du Seigneur des Anneaux, Obélix en King Kong et en Superman, Astier et Clichy conservent cet esprit propre à la bande dessinée où la caricature et l’insertion de personnages connus étaient récurrentes1. Cet 87_1111assemblage nous donne rapidement le sourire aux lèvres et nous transporte dans l’univers si particulier de l’oeuvre. Certes les plus connaisseurs noteront des écarts scénaristiques face à l’histoire de base, avec notamment la disparition de la célèbre réplique : Il ne faut jamais parler sèchement à un Numide, ou de la non moins fameuse : C’est une guerre servile, mais à part ça, rien de bien méchant.


Le talent des réalisateurs se ressent dans la transposition de ce film face à nos problèmes de société. Goscinny et Uderzo avaient écrit leur album en se moquant de Parly 2 2 et de l’engouement autour des HLM3, Astier et Clichy ont, quant à eux, bâti leur travail en se moquant de l’uniformisation culturelle, des chefs mal entourés et mal conseillés mais aussi de nos sociétés hyper-urbaines : On est toujours mieux ici qu’à Rome. Comble de l’ironie et du sarcasme, les deux cinéastes prennent un malin plaisir à transporter les conflits sociaux au sein de la puissante armée romaine : Ҫa fait 22 ans que je me suis engagé et que j’ai pas vu ma femme / Moi, je suis parti ma femme était enceinte. Dans 3 mois, je serai grand-père et toujours à l’armée / Nous voulons 3 repas par jour, un appartement de fonction au Domaine des Dieux et l’augmentation de notre solde. Les plus anarchistes d’entre nous noterons également un certain désaveu de74_1111 la classe politique et syndicale incarné par le sénateur Prospectus (Alain Chabat) et par le chef de cohorte Cubitus (Elie Semoun).


Niveau graphisme, Astérix et le Domaine des Dieux est un virage à 360 degrés par rapport aux derniers épisodes de la saga et on sent clairement l’influence des studios Pixar à travers Louis Clichy. On peut regretter le charme du film d’animation à la française, mais le travail fait sur cet épisode est tout simplement beau et grandiose. Le casting des voix est bien choisi et les références musicales savamment orchestrées ; mention particulière au Jingle RTL4 dans les arènes de Rome.


Même si l’auditoire des salles obscures réclame en majorité des rehausseurs, ce film d’animation saura charmer les petits comme les grands et ravira les passionnés du petit guerrier gaulois. On tient là un vrai bijou du genre et il serait dommage de passer à côté. Alors n’attendez pas et foncez au cinéma par Bélénos!!


 


© Loïc Gastou - Centre International d’Antibes


 


Crédits photos :  Allo Ciné via ©M6 Studio, Belvision, M6 Films et SND



1. Dans  la Bd originale on retrouve la caricature de Guy Lux en « Guilus »
2. Grand Centre Commercial proche de Versailles
3. Habitation à loyer modérée  détournée dans Astérix en Habitations Latines Mélangées
4. https://www.youtube.com/watch?v=I27ur0PySes