Adolescence plurielle au cœur du cinéma actuel  
 

Notre objectif n’est pas de réagir en sociologue avertie encore moins en historienne du cinéma mais de souligner les traits marquants de son identité, et les liens qui, parfois, ont coexisté de façon troublante entre la réalité et le cinéma. Regardons d’abord à quelle période a commencé véritablement l’intérêt pour le thème de l’adolescence et donc parallèlement pour le film ado.


Du côté des plateaux de l’histoire…


C’est aux États-Unis, dans les années 50, qu’une nouvelle cible commerciale apparaît : l’adolescent devenant un sujet intéressant pour les producteurs et les cinéastes. En effet, jusque-là, on tournait des films qui visaient un public adulte où on mêlait à l’intrigue un enfant (The Kid de Charlie Chaplin, 1921) ou un groupe d’enfants (Zéro de conduite de Jean Vigo, 1933). Cette tendance naît au moment où la société de consommation est en plein essor et que cette classe d’âge devient une période à vivre pour certains et à exploiter pour d’autres. L’adolescence s’avère un thème à multiples facettes, riche en troubles, soulevant l’ambigüité des sentiments, la crise d’identité, que les réalisateurs vont s’empresser d’explorer. Alors naissait le teen movie. Dans nos mémoires, La fureur de vivre (Rebel Without, A Cause de Nicholas Ray, 1955) avec l’inoubliable James Dean, l’acteur phare d’une jeunesse en pleine mutation, est sans doute un des films les plus marquants de cette période, où enfin les jeunes peuvent s’identifier à des personnages en quête d’expériences, bravant l’autorité pour réaliser leurs rêves et leurs désirs. Avec la mort brutale de l’acteur en 1955, la figure du mauvais garçon (le bad boy) est née. Déjà annoncée par Marlon Brando et son personnage de voyou au blouson noir dans 19026014_800L’équipée sauvage (The Wild One de László Benedek, 1953), elle ne cessera de  hanter nos écrans et de générer l’engouement parmi le jeune public. Le teen movie reste un genre essentiellement nord-américain, destiné surtout à un jeune public. Twilight illustre parfaitement, aujourd’hui, cet énorme succès auprès de la jeunesse (2 730 000 spectateurs en 2009 lors de sa sortie en France), tout comme High school musical, American pie.


Toutefois, on compte hors-continent américain et particulièrement en France, quelques films qui sont associés à cette catégorie comme les deux volets de La Boum (1980 et 1982), A nous les petites Anglaises (1976), P.R.O.F.S. (1985), À nous les garçons (1985) ou les deux épisodes des Sous-doués (1980 et 1982), plus récemment en 2009 LOL, Les Beaux gosses, Tout ce qui brille ou encore La Vraie vie des profs en 2013. Ces films se distinguent essentiellement par leur genre d'humour ainsi que leur manière d'aborder le thème de la sexualité. Si la production récente ne fait pas disparaître la comédie, de nombreux films sur les adolescents semblent dépasser ce seul public pour interroger l'ensemble des spectateurs sur la place que nos sociétés accordent aux jeunes. Des films tels que  ElephantJunoVirgin Suicides, La Haine, Entre les murs, L’esquive, La vie d’Adèle ou encore Mommy primé à Cannes cette année, sont révélateurs de cette évolution, puisqu'ils s’attachent désormais à des thèmes soulevant des réflexions plus polémiques.


Du côté des plateaux des garçons …


Au plus près de cette décennie, en France, l’image du mauvais garçon reste celle du film La Haine de Matthieu Kassovitz, en 1995, qui va installer durablement dans les esprits le style et les attitudes du « jeune de banlieue », associé à une image de jeune hâbleur, vêtu en sportwear, immergé dans la musique rap ou hip-hop et fasciné par les héros américains à la dérive. La scène emblématique où 19158471_800Vincent Cassel se prend pour Robert De Niro dans Taxi Driver illustre parfaitement ce portrait explosif du jeune déjanté. Les films alors ne cessent de montrer ces jeunes hommes pris dans le rouage terrifiant d’une crise sociale dans laquelle ils ne trouvent aucune issue, si ce n’est celle de la violence et de la délinquance.


Les difficultés économiques récentes n’ont rien enraillé, la ghettoïsation des périphéries s’est aggravée, l’utopie du melting-pot laïc à la française est progressivement anéantie par toutes les crispations identitaires et les revendications religieuses. Le film Banlieue 13 de Pierre Morel en 2004, produit par Luc Besson, pur film d’action, nous plonge au cœur des cités devenues des ghettos entourés par un mur d’isolement. Ni droit, ni règles, ni lois, seuls les gangs y règnent en maîtres absolus. Les personnages de bad boys ne manquent pas. A la fin du film, un ministre de l'Intérieur déclare : « Y en a marre de cette racaille qui coûte une fortune à l'État. », ce qui n’est pas sans rappeler l’intervention de Nicolas Sarkozy à l'occasion des émeutes de 2005 dans les banlieues françaises. Réalité ou fiction, on a de quoi douter. L’image des jeunes de banlieue devient celle de ces délinquants, soulevant les peurs et ravivant les extrémismes. De l’étranger, ces jeunes sont aussi perçus avec défiance. Alors ils apparaissent massivement sur nos grands et petits écrans, dans la presse, avec leurs gestes brusques, leur langue, leur style vestimentaire. Une nouvelle identité est en marche. Leurs expressions sont désormais intégrées dans le discours des jeunes mais également dans notre registre familier avec « zyva » signifiant « fais-le toi-même, ou laisse-moi tranquille » ou encore « bouffon ». Ces jeunes sont-ils donc voués à n’être représentés que par des figures de délinquants incontrôlables, s’exprimant avec leur langage propre et voués à l’exclusion ?


Pour s’écarter de ce portrait sombre qui attise plus la discrimination qu’il ne suscite la tolérance, certains films proposent alors des héros de la glisse, aux adresses incroyables, roulant en skate, en rollers ou naviguant en traceur (ou freerunner). Cet autre visage apparaît parallèlement dans les zones urbaines, au centre-ville comme en périphérie gagnant progressivement l’ensemble de nos régions. Subway (1985) de Luc Besson annonçait déjà ce sport citadin comme un style de vie pour certains ados. Les prouesses enyamakasi_600 roller de l’acteur Jean Hugues Anglade restent dans les annales du cinéma jeunesse. Taxi en 1998, de Gérard Pirès avait préparé à l’ambiance des cascades en voiture dans la banlieue marseillaise puis Yamakasi (Les samouraïs des temps modernes) réalisé par Ariel Zeitoun en 2001, montre bien ces bandes qui bravent les dangers avec leurs sauts vertigineux et leurs escalades. Chacun des membres a sa spécialité : Baseball est un lanceur d'élite, l'Araignée se déplace tel le super-héros homonyme, la Belette est une véritable anguille, Zicmu (« musique » en verlan) puise son énergie dans la musique, Rocket est aussi rapide qu'une fusée, Tango est un danseur et Sitting Bull est le leader. La perception du monde urbain change aussi car les éléments qui le composent se transforment en obstacles à franchir. Du côté de la réalité, les Yamakasi, avant d'être les héros d'un film, sont un groupe d'amis, sept jeunes de banlieue, qui ont créé leur propre discipline : le parkour (abrégé PK) ou art du déplacement(ADD). Les cofondateurs de l'« art du déplacement » nommé parkour par David Belle ou freerun par Sébastien Foucan ont permis de développer ce sport. Dès 2004, le parkour devient un phénomène Internet mondial sur youtube grâce au fort impact visuel de la discipline qui sera institutionnalisée et deviendra même une discipline enseignée dans des écoles comme au Danemark. Le parkour est repris dans des films à gros succès comme Banlieue 13, Banlieue 13 ultimatumLes Rivières pourpres 2. Ces jeunes sont présents dans notre quotidien arpentant les trottoirs, les voies avec leurs skates, leurs rollers ou plus récemment leurs trottinettes.


Mais que peut-il bien se passer du côté des filles …


Papa Was Not a Rolling Stone réalisé par Sylvie Ohayon, sorti en octobre 2014, nous ramène dans les années 80, à la Courneuve, où Stéphanie grandit auprès d'une mère absente et d'un beau-père brutal. Très vite, elle décide de se sortir de son quotidien morose. Grâce à l'amour de sa grand-mère, à ses lectures, sa passion pour la danse et pour Jean-Jacques Goldman. Elle se débat dans cette cité colorée où l'amitié est primordiale, décidée à quitter cet univers oppressant. Le film raconte l'histoire de cet envol.


Samia de Philippe Faucon (2001) est l’histoire d’une adolescente de 16 ans qui vit dans les quartiers nord de Marseille. Elle est la sixième d'une famille d'origine algérienne qu'elle respecte, mais avec qui elle entretient des rapports de plus en plus conflictuels car elle ne partage plus ses traditions et ses interdits religieux. Le film est une adaptation du roman de Soraya Nini, Ils disent que je suis une beurette, paru aux Editions Fixot. Nous retrouvons les mêmes peurs chez ces jeunes filles désireuses de se libérer d’un joug social et familial. Elles ont à lutter pour certaines contre la violence de leurs propres familles dans lesquelles elles ne retrouvent ni bande_de_filles_affiche_600liberté ni laïcité. Bandes de filles de Céline Sciamma, sorti également en octobre 2014, dresse un portrait remarquable de ces adolescentes d’origine africaine, longtemps oubliées de nos écrans, pour nous faire partager un bout de chemin avec Marieme, 16 ans désireuse de s’affranchir et d'exprimer son identité profonde. (voir notre coup de cœur cinéma). Tout ce qui brille (2010), une comédie écrite et réalisée par Géraldine Nakache et Hervé Mimran, raconte avec légèreté et réalisme le parcours d’Ely et Lila, amies de longue date, qui vivent dans une banlieue populaire à Puteaux. Lassées de vivre loin de la capitale, elles essayent de se fondre dans le chic des soirées parisiennes et pénétrer un monde qui n'est pas le leur. Ces fictions ont en commun de retracer les enjeux difficiles qui séparent souvent les jeunes de la banlieue du reste des centres-villes, que ce soit du côté des garçons ou des filles.


Parfois, d’autres difficultés les attendent comme l’expression de leur différence sexuelle, qui a soulevé de nombreuses polémiques ces derniers temps. Si La Vie d’Adèle d’Abdellatif Kechiche enla_vie_d_adele_affiche_319_01 2013, qui retrace avec intensité une passion amoureuse entre deux jeunes filles, est récompensé à Cannes, en pleine manifestation contre le mariage pour tous, c’est pour ne pas oublier le rôle politique, éducatif et social que joue également le cinéma, ne pouvant se limiter à un espace de distraction pure. Avec 323 457 entrées pour sa première semaine d'exploitation en France, ce film occupe le 3ème rang au box-office des dix dernières Palmes d’or, devançant Elephant. La diversité de ces filles, selon le propos du scénario, est au cœur de cette génération parce qu’elles se ressemblent dans leurs souffrances, exprimant leurs désirs de liberté. Elles se retrouvent aussi dans leurs rires, leurs escapades, leurs émois. Leur solidarité les aide à assumer leurs choix, à transcender des lois, des règles, puis leur appartenance à un groupe indique une manière de se comporter très similaire du cadre de vie des garçons.


Garçon, filles, leurs différences n’est plus synonymes d’inégalité car les enfants d’aujourd’hui partagent une éducation qui assume que la « La théorie du genre n’existe pas », comme le précise notre actuelle ministre de l’Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem. Ils seront les ados de demain.


Ce dont l’ado souffre atrocement c’est de solitude, d’exclusion, de non-reconnaissance. Où trouver sa place, où saisir une chance de se sentir protégé? D'où qu'ils soient, ce qui les réunit et leur accorde une issue, un avenir, reste bien l’école, source d’inspiration pour de nombreux réalisateurs.


Du côté du collège et du lycée…


L’Esquive (2004), d’Abdellatif Kechiche, dont le titre provient d'une réplique d'Arlequin dans Le Jeu de l'amour et du hasard 18370240_800de Marivaux, marque ce passage vers un autre regard sur cette jeunesse et son environnement. En effet, après l’extérieur des rues, des cités, des campagnes, il est temps d’entrer dans l’intimité de leur cadre quotidien obligatoire : le « bahut ». Là, un groupe d'adolescents d'une cité HLM répète, pour leur cours de français, une scène de la pièce de Marivaux et Abdelkrim, dit Krimo, qui initialement ne joue pas dans la pièce, tombe amoureux de Lydia. Pour tenter de la séduire, il obtient le rôle d'Arlequin et entame les répétitions. Ce film réunit à la fois la force de l’amour qui souvent est un levier pour explorer de nouvelles expériences et la valorisation que l’éducation favorise pour inciter à élargir une pensée et une culture.


La Cour de Babel de Julie Bertuccelli (mars 2014) est un film documentaire qui observe des collégiens âgés de 11 à 15 ans, tous étrangers (Irlandais, Serbes, Brésiliens, Chinois, Sénégalais ou Tunisiens), vivant en France et regroupés dans une classe d’accueil. Pendant un an,  cette réalisatrice a filmé leurs échanges, leurs conflits et leurs joies durant leur apprentissage du français. Dans ce petit théâtre du monde, s’expriment l’innocence, l’énergie et les contradictions de ces adolescents, animés par le même désir de changer de vie, renversant des idées reçues sur la jeunesse et l’intégration et nous amenant à espérer en l’avenir. C’est dans cette mixité laïque qu’ils s’entraident, découvrent l’amitié, l’amour, et la possibilité de s’ouvrir à d’autres univers, protégés dans ce système éducatif, même s’ils le critiquent. Une image plus porteuse de cette jeunesse se dessine, désireuse de souligner son enthousiasme, son désir d’apprendre et sa volonté d’évoluer pour y trouver de meilleures perspectives. Ces films ont aussi donné une image plus positive du travail social réalisé quotidiennement par des enseignants, des éducateurs à un moment où leur image est particulièrement critiquée et dévalorisée.


Entre les murs, réalisé par Laurent Cantet, adapté du roman éponyme de François Bégaudeau, lequel a joué le rôle principal, a reçu la Palme d'or (à l'unanimité du jury présidé par Sean Penn) lors du Festival de Cannes 2008. Une première car jamais, jusque-là, un tel sujet n’avait su conquérir le jury cannois, si ce n’est Elephant de Gus van Sant, Palme d'or et Prix de la mise en scène à Cannes en 2003, retraçant la tuerie du lycée de Columbine aux Etats-Unis et salué pour sa narration audacieuse (l'histoire qui se répète selon le protagoniste) et sa photographie remarquable. Il est clair qu’une pensée politique s’exprime, attachée aux valeurs les-heritiers-sort-aujourd-hui-au-cinema_956d’une république pour tous, bien malmenée par des débordements extrémistes soit politiques soit religieux, offrant une parole libre à ces jeunes, trop souvent récupérée par les médias ou détournée au profit d’intérêts personnels.


Les Héritiers, très remarqué dans l’actualité française, juste sorti en décembre dernier, co-écrit, co-produit et réalisé par Marie-Castille Mention-Schaar, est inspiré d'un fait réel : la classe de seconde d'Ahmed Dramé a effectivement remporté, en 2007, le Concours national de la résistance et de la déportation. Durant son année de terminale, Ahmed Dramé contacte Marie-Castille Mention-Schaar, dont il a vu le film, Ma première fois, pour lui demander de lire son scénario, dont le titre provisoire était Le Vrai Combat. La réalisatrice accepte et le résultat est une réussite. Pour cet adolescent, le but premier était « avant tout de faire passer un message positif auprès des jeunes ». Ariane Ascaride, actrice fétiche du réalisateur Guedigian, incarne magistralement la professeure d'histoire.


Par ailleurs, les enseignants n’échappent pas aux inspirations plus cocasses et restent l’éternelle cible des railleries, moqueries et blagues en tout genre comme dans le film La Vraie Vie des profs (2013), comédie  réalisée par Emmanuel Klotz et Albert Pereira Lazaro. Dans cette histoire drôle, on découvre les personnages Albert et JM, deux lascars contraints de rejoindre l'équipe du journal du collège Émile Zola. Après avoir sympathisé avec les trois autres élèves (Juju, Mousse et Sissi), ils décident de créer un site : « La vraie vie des profs » (ou « VVDP »). Ils vont ainsi pénétrer dans la vie intime de leurs professeurs.


L’école oui …et l’amitié, l’amour dans tout ça…


La Cité rose est une comédie dramatique française réalisée par Julien Abraham, sortie en 2013. Le héros de ce film est un garçon de douze ans appelé Mitraillette. Il vit dans une cité appelée la Cité rose à laquelle il attache beaucoup d'importance. Il est fidèle à sa famille et rêve de sortir avec Océane, la plus belle fille de son collège. Son destin se retrouve lié à celui d'Isma, son cousin de seize ans, qui admire un truand du quartier. Ce film propose un autre regard et une autre facette de l’ado, plus centré sur ses désirs, ses premiers émois.


Neuilly sa mère !, réalisé par Gabriel Julien-Laferrière, sorti en 2009, raconte l’histoire du jeune Sami Benboudaoud, 14 ans, qui a toujours vécu dans la cité Maurice Ravel à Chalon-sur-Saône. Mais un jour, sa mère veuve trouve un emploi d'hôtesse sur un paquebot et il est forcé de quitter ses amis de la banlieue pour être confié à sa sœur, qui s'est mariée à un divorcé de Neuilly-sur-Seine. C'est alors qu'une nouvelle vie commence pour lui dans la ville chic. Le film montre parfaitement l’agressivité des jeunes des 19104712_800_01beaux quartiers qui excluent Sami et l’amitié d’autres qui l’aideront à être accepté du groupe. Ados de Neuilly ou de Saint Denis, des préoccupations communes les relient : l’amour, la sexualité, l’amitié, l’appartenance à un groupe, les relations aux parents.


Les Beaux Gosses, écrit et réalisé par Riad Sattouf, sorti en juin 2009 et sélectionné dans la Quinzaine des réalisateurs au Festival de Cannes la même année, s’inscrit dans cette veine car il développe l’éternelle difficulté des garçons : comment aborder les filles ? Surtout pour Hervé, un ado de troisième, à la peau grasse et plutôt acnéique, aux coiffures désordonnées, et aux vêtements informes. Ces beaux gosses sont de simples collégiens ordinaires, à l'âge où les corps se transforment et les désirs se cherchent. A 15 ans, il y a les garçons qui rêvent des filles, doutant souvent de bien savoir quoi faire avec elles ; et les filles, compliquées évidemment, qui sont mal comprises dans leurs choix. Dans cette histoire, c’est notamment Aurore, la plus jolie, séduite par un des plus laids, Hervé, qui attire l’attention. Les relations mère-fils sont extrêmement drôles grâce à Noémie Lvovsky, interprétant magistralement la mère s’intéressant de trop près à la sexualité de son garçon. La force du film réside dans son réalisme décalé et hilarant. Il ne s'agit pas de décrire la société d'aujourd'hui, mais de dire des angoisses de toujours. Ainsi, il souligne un des traits frappant de cet âge tendre et cruel à la fois, qui appartient au fond à toutes les générations, sans distinction d’origine sociale ou ethnique.


Lol de Lisa Azuelos (voir notre rubrique cinéma) suit dans un décor des quartiers bobo de Paris, le parcours de lycéens pour qui l’amour et l’amitié sont les clés d’un équilibre parmi le groupe, surtout dans une période de la vie où se découvrir est si bouleversant. La présence des réseaux sociaux dans cette histoire est un fait bien spécifique à cette génération, qui en a besoin autant qu’elle peut en souffrir. Le titre à lui seul est en cela très parlant. On connaît tous les dangers qu’ont déclenchés des pressions sur certains jeunes par les réseaux jusqu’à les conduire au suicide. Ici, ce lien par internet, sms, devient leur moyen de communication, sans lequel ils souffrent de solitude. N’en était-il pas de même sans les réseaux sociaux ? D’autres formes de chantage se sont toujours exercées, tout aussi malsaines, et dont les ravages étaient terribles. Ce qui demeure au gré des décennies, c’est le rejet de la différence et l’incommunicabilité entre les générations. Alors, s’affranchir, se révéler impliquent donc que nous devions presque tous passer par ce chemin délicat qu’est le difficile dialogue avec les adultes (et les parents en particulier), voire le non-dialogue, ce qui est souvent pire. En même temps, ce film, comme d’autres cités, note aussi les dérives de l’absence parentale ou l’incompréhension des parents.


Etre aimé des siens pour ce que l’on est, tout commence par cette simple devise. D’un quartier à un autre, devenir adulte reste une étape délicate, parfois douloureuse par les changements qui s’opèrent et par l’instabilité émotionnelle qu’elle soulève. Ce qui est décrit tout au long de cette décennie cinématographique, bien au-delà des drames ou des comédies, c’est une errance significative, une détresse certaine, et à la fois un goût marqué pour vaincre son mal-être, une volonté et un courage exemplaires pour ouvrir son horizon et échapper aux clivages d’un déterminisme social ou religieux. Un visage pluriel aux accents différents, aux langages variés, aux styles de musiques multiples, pouvant aussi s’afficher avec des convictions politiques, religieuses, artistiques ou sexuelles. Les goûts de ces ados, leurs désirs, leurs peurs se ressemblent parfois autant dans leurs fonds qu’elles diffèrent par leurs formes.


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Les héros fantastiques semblent rester les éternels gagnants de chaque époque, dominant largement les box-offices du Hobbit à Captain America ou les consoles de jeux de Zelda à Assassin’s Creed. La musique, quant à elle, continue de rassembler et de véhiculer le droit à la différence, d’où Conchita Wurst, primé(e) à l’Eurovision et modèle pour la pub des casques Parrot. Un bouleversement des mentalités est en place, compris ou rejeté, il existe. Une jeunesse multiculturelle dont les schémas de famille classique ne sont plus d’actualité. Des enfants qui grandissent majoritairement avec une famille recomposée ou monoparentale, à qui il est demandé très tôt de s’adapter aux mouvements de vie conjugale, économique, géographique, linguistique, etc. Une étude menée par l’Unicef fin 2014 révèle un malaise actuel des ados français très préoccupant. Parmi les causes avancées de ce mal-être, la relation défectueuse avec les parents même si celle-ci a toujours été délicate.


Alors, n’oublions pas, du côté des adultes, de préserver ce partage et d’être plus positifs sur demain et aujourd’hui au lieu de souvent nous complaindre, ronronnant notre nostalgie.



©Muriel NAVARRO - Centre International d’Antibes