Manitas de Plata, ci-gît le Gitan  
 

Sète et son célèbre Cimetière marin immortalisé par le grand poète sétois Paul Valéry3, Sète aussi qui a vu naître un autre grand poète de la chanson française, Georges Brassens4 qui partagera avec le jeune Ricardo -ils habitaient presque la même rue- la même passion pour la sarah-2_599_01guitare : plus traditionnelle pour Brassens et plutôt manouche pour le deuxième. De là une grande amitié jusqu’à la disparition de Georges Brassens en 1981 dont Manitas sera profondément affecté.


Très vite reconnu par les siens comme « manitas de plata », il se distingue chaque année en jouant de la guitare lors du pèlerinage des Saintes-Maries-de-la-Mer5…Jusqu’au jour où grâce à son ami, le célèbre photographe, Lucien Clergue6, il réalise son premier album dans la Chapelle d’Arles. La renommée du guitariste gitan s’enrichit de l’appréciation admirative de célébrités telles que Pablo Picasso qui s’écrit, un soir de corrida à Arles, en mars 1964, et après l’avoir entendu jouer : Il vaut plus cher que moi ! (Le Figaro, novembre 2014) ou Salvador Dali, son ami, qui dira de lui : à chaque fois que Manitas joue, les pompiers prennent feu ! (Midi-Libre juin 2012).


mix-pic6_897_01


Et puis, le 24 novembre 1965, un musicien français remplit le prestigieux Carnegie Hall de New-York, temple du classique et du jazz ! Le Gitan7 illettré qui ne sait pas lire une note de musique conquiert le monde !


Avec 93 millions d’albums vendus et plus de 83 disques différents, il est l’artiste du monde vign_manitas_2_ws51534039_346flamenco, toutes tendances confondues, qui aura le plus vendu d’albums dans le monde. On peine aujourd’hui à imaginer le succès planétaire de Manitas de Plata (sans internet !) qui s’est éteint paisiblement dans une maison de retraite de Montpellier, à l’âge respectable de 93 ans. L’histoire de la musique populaire lui doit beaucoup et depuis longtemps : le Guitariste séduisait, non seulement avec cette force vitale, presque sauvage qui l’animait (comme le pays qui l’a vu naître) mais aussi grâce à sa tignasse bouclée et ses traits virils adoucis par un sourire permanent. Dans les années 80, son histoire se répète : les Gipsy Kings, groupe composé de ses enfants, petits-enfants, neveux et petits-cousins, conquiert le monde avec une musique proche de la sienne.


Le sort a fait disparaître Manitas de Plata la même année que Paco de Lucia, le seul guitariste flamenco à avoir dépassé sa notoriété, celui qui l’a fait oublier en quelque sorte. Mais si Ricardo Baliardo n’a pas été un innovateur de la guitare flamenca, le musicien autodidacte, en marge de toute considération académique, nous laisse une musique dont la force vitale n’a d’égal que la signature de ses doigts d’or !


o4oj_wfcg2zwhbx4-ajv2cef4tq_667


 


© Sylviane Colomer – Centre international d’Antibes


 


1-Manitas de plata : mot à mot, «  petites mains d’argent » que l’on traduit par l’expression, « doigts de fée ».


2-La Camargue : région du sud de la France que constitue le delta du Rhône.


3-Paul Valéry (1871-1945) célèbre écrivain français qui eut des funérailles nationales. Université Paul Valéry à Montpellier, de Lettres et sciences Humaines.


4-Georges Brassens (1921-1981) auteur, compositeur et interprète français de chansons à la verve anticonformiste.


5-Les Saintes-Maries-de-la-Mer : station balnéaire de Camargue. Lieu de pèlerinages annuels pour les Gitans (aux mois de mai et octobre). Une légende fait de la patronne des Gitans, sainte Sara la noire, la servante de Marie Salomé et Marie Jacobé (saintes chrétiennes) venues en barque d’Egypte, mais aussi la déesse hindoue, Kali, protectrice du peuple des Roms. En 1935, le Marquis de Baroncelli et quelques Gardians de Camargue obtinrent d’organiser avec les Gitans de la région cette marche vers la mer de sainte Sara en souvenir de « leur sainte ».


6- Lucien Clergue : photographe français né en 1934. Il a fondé le festival de photographie des Rencontres d’Arles. Disparu le 15 novembre, dix jours après la mort de Manitas de Platas.


7- Notons qu’il existe à l’O.N.U une permanence internationale du monde gitan depuis que, lors d’un séjour aux U.S.A, Manitas de Plata rencontre U Thant, secrétaire général des Nations Unies.