Les feux d’artifice  
 

En 2004, dans son album 3, Calogero nous proposait des titres qui allaient devenir rapidement des tubes. Chacun de nous a déjà fredonné des mélodies telles que Yalla, Si seulement je pouvais lui manquer ou encore Face à la mer.calo2_823


L’année 2009 ne fit que confirmer le talent de Calogero avec la sortie de son cinquième album, l’Embellie. De nombreuses pointures de la chanson française telles que Marc Lavoine, Jean-Jacques Goldman, Grand Corps Malade ou encore Dominique A. y apportèrent leur contribution.


Une volonté de dénoncer la violence gratuite


cover-calogero_lesfeuxdartifice_640Calogero a décidé, avec son nouvel opus, de changer de registre pour interpréter des titres résolument plus proches des préoccupations sociétales. L’artiste fait preuve d’une  lucidité voire d’une certaine inquiétude en raison de la persistance de certains problèmes propres à notre société moderne : Mon album est engagé socialement. C’est normal, la paternité fait de moi un anxieux. Je ne suis pas du genre à dire que c’était mieux avant, mais il m’arrive de le penser face à la banalisation de la violence au cinéma ou dans les jeux vidéo.


La violence est partout, et malheureusement, elle n’a pas disparu des banlieues. Elle peut désormais se manifester pour des motifs futiles. Le drame d’Echirolles, survenu le 28 septembre 2012, en est un exemple particulièrement parlant. Calogero (qui, rappelons-le, est natif de cette ville de la banlieue de Grenoble) évoque la mort de deux adolescents, Kevin Noubissi et Sofiane Tadbirt, dans le titre Un jour au mauvais endroit. Les deux jeunes furent lynchés par un groupe d’une dizaine d’individus à la suite d’un banal différend : Je m’appelle Sofiane, j’ai vingt ans / Kevin c’est mon4094529_11-1-368502933_720 pote, on est inséparables(…) Toi mon frère dis-moi pourquoi / La vie continue sans moi / Dis-moi pourquoi j’étais là / Un jour au mauvais endroit


Face à cette violence gratuite, l’artiste s’interroge sur les causes d’un tel phénomène : Qui a mis ça, la guerre dans nos quartiers / L’abandon, l’ennui, la télé / Des couteaux de combat dans les mains des gamins / Pour un regard en croix, c’est la fin


Un rappel de l’importance du rôle de la famille


Le monde auquel nous appartenons n’est pas uniquement caractérisé par la violence, bien entendu. Il ne faut pas rejeter le Monde moderne sous prétexte qu’il peut être cruel. Il est important de vivre avec son temps et les mutations de la famille telles que le mariage pour tous ne nuisent pas au bien-être de l’enfant, par exemple : Les histoires de soir ont changé /Plus de princesses à libérer / J'ai deux papas, j'ai deux mamans / Mais je suis toujours un enfant


La banalisation du divorce et les familles recomposées font aussi partie de notre société moderne : Sur les plages bondées en été / Les familles sont recomposées / Il y a la femme qu'on a aimée / Et celui qui nous l'a volée


La famille, ou plutôt l’absence d’une vraie famille, c’est aussi le thème central du Portrait. Nous faisons la connaissance d’un enfant dont la mère a disparu. En mal de tendresse, il ne peut s’empêcher de dessiner inlassablement le visage de cette maman qui lui manque tant : Il rêve couché sur un parquet / Dans les bras de sa mère / Dessinée à la craie / Tous les soirs en secret



Une invitation à la tolérance


celebs-at-roland-garros-paris_2512451_600_01Dans le titre J’ai le droit aussi, écrit en collaboration avec Marie Bastide, sa compagne, Calogero évoque l’homosexualité avec la pudeur et l’esprit de tolérance qu’on lui connaît. Il faut s’accepter tel qu’on est et avoir le courage d’affirmer ses différences. Chacun de nous a le droit d’être heureux, peu importe ce que notre entourage pourra penser quand nous oserons lui dire la vérité : Tant pis si ça choque / Je ne veux plus avoir peur / Un homme est un homme / Peu importe où va son cœur


Un album laissant place à l’humour



D’autres chansons de l’album revêtent un aspect beaucoup plus insouciant. Le titre Conduire en  Angleterre en fait partie. Le texte est truffé  de nombreux jeux de mots et de sonorités  qui évoquent, non sans un certain humour, la vie d’un homme qui ne supporte plus sa condition de… gaucher ! Le pauvre homme rêve alors de partir chez nos amis britanniques qu’il juge plus tolérants sur ce point (on connaît tous la fameuse conduite à gauche !) : Sous un autre hémisphère / Je vis le monde à l'envers / C'est à croire que la terre est droitière / Je veux conduire en Angleterre


Calogero nous offre donc, avec Les feux d’artifice, un album à la fois personnel et sensible dans lequel les textes et les mélodies ont été particulièrement travaillés .Ces feux d’artifice, nous n’en doutons pas, ne seront pas un spectacle éphémère mais deviendront  un jaillissement d’espoir, un discours enflammé et durable pour les valeurs chères à l’artiste.


 



Un jour au mauvais endroit


https://www.youtube.com/watch?v=W0xjW-e4KEg



Le Monde moderne


https://www.youtube.com/watch?v=zyWBDsnCPKw&list=RDzyWBDsnCPKw



Le Portrait


https://www.youtube.com/watch?v=Aif3luzhiAE





© Jean-Luc Pichon – Centre international d’Antibes