Les Combattants  
 

309669_1600Passé par Sciences Po et plusieurs emplois dans la production avant de reprendre une formation à la Femis, section scénario, le réalisateur avait déjà fait parler de lui en 2010 avec son court métrage Paris Shanghai. C’est avec la complicité de son frère, chef opérateur, qu’il a réalisé ce premier long métrage, dans lequel ses personnages oscillent entre humour et mélancolie.


Arnaud vient d’enterrer son père et se prépare à passer l’été en compagnie de sa mère et de son frère pour travailler dans la menuiserie familiale. Entre ses potes et son boulot, l’été s’annonce tranquille... Jusqu’à sa rencontre avec Madeleine, aussi belle que cassante. Elle se prépare à survivre aux catastrophes qui se produiront dans un futur proche : réchauffement climatique, pollution chimique, surpopulation... « parce que tout va péter », elle le sait, c’est dans l’air. Survivre est son maître-mot ; elle s’y prépare et s’entraîne dur. Alors qu’Arnaud construit un cabanon chez elle, au bord de sa piscine, elle leste son sac à dos de tuiles avant de plonger pour faire des longueurs de nage de combat. En gobant des cocktails à base de poissons crus passés au mixeur, elle rêve d’intégrer les commandos militaires. Elle est pragmatique et lorsqu’Arnaud ose lui proposer une soirée en tête-à-tête, elle demande simplement : « Pour quoi faire ? ».


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Qui mieux que l’armée pourrait la préparer au pire ? C’est pour cela qu’elle souhaite faire un stage d’entraînement militaire, qui pour elle ressemble davantage à une colonie de vacances qu’à un véritable apprentissage de la survie.


Alors que rien ne le prédestinait à ces jeux de guerre malgré l’insistance d’un recruteur qui œuvre dans la région, c’est par amour que le jeune homme la suivra. Même lorsqu’elle décidera de déserter alors qu’il vient d’être nommé chef provisoire de leur groupe pour une mission. C’est à ce prix qu’ils pourront vivre tous deux le rêve d’apocalypse de Madeleine et se rapprocher enfin...


Le film peut se lire comme un road movie mais aussi un voyage initiatique, un récit qui irait d’une réalité à une fiction. Lui est ancré dans le réel, elle dans un fantasme. Leur histoire d’amour, longue à se dessiner, est un peu cela : «  je suis amoureux de toi et, donc, je peux t’offrir la fin du monde sur un plateau », dit Thomas Cailley.


Lâchés dans la nature, les deux survivalistes cessent de se toiser, et l’aventure avec un grand A commence dans une nature où la civilisation n’est jamais loin.


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Arnaud et Madeleine c’est une collision, la rencontre brutale entre deux éléments contraires,  ajoute le réalisateur, et c’est ce décalage qui crée souvent un comique de situation, ce choc qui nous touche tant, ces deux êtres terriblement entiers qui se débattent chacun à leur manière.


Dans Les Combattants, Thomas Cailley déploie un art du récit, du dialogue et du comique de situation remarquables.


Le jeu des deux jeunes acteurs y est pour beaucoup, dans deux registres opposés. Kévin Azaïs est parfait en gaillard un peu gauche. Adèle Haenel est remarquable en sportive de haut niveau, obsédée par l’apprentissage des méthodes de survie, dans un monde qu’elle fantasme. Tous deux s’affirment comme des acteurs très prometteurs.


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Porté par le caractère de ses deux personnages principaux, le film dévie des chemins qui semblent tout tracés et rompt avec un scénario trop simple et confortable, n’hésitant pas à jouer sur des notes oniriques dans son dénouement. Madeleine et Arnaud, de la même manière, rompent avec leur destin en se laissant guider par une recherche avant tout intérieure.


C’est à ce prix qu’ils réussiront à trouver leur place.


© Fanny Tournaire - Centre international d’Antibes