| 2000 – 2010 Bonne ou mauvaise décennie pour la création culturelle française ? | |
Les nouveaux territoires de la chanson française Les années 2000 : La télé-réalité investit la chanson Dans l’histoire des médias, la décennie restera celle de la victoire de la télé-réalité. Parmi les émissions phares de ce nouveau concept, celles vouées à la chanson arrivent en tête. TF1 avec La Star Academy et M6 avec Pop Star et Nouvelle star dépoussièrent les radios et télé-crochets de jadis, qui permirent de découvrir dans les années 60, une pléiade d’artistes parmi lesquels Mireille Mathieu, Hugues Aufray ou Georgette Lemaire.
La chanson de la télé-réalité n’est pas forcément synonyme de chanson dépourvue de talent. Elle ne le garantit pas non plus. Si certaines chanteuses telles que Chimène Badi, Olivia Ruiz ou Amel Bent n’ont pas remporté leur concours, elles n’en sont pas moins plébiscitées aujourd’hui. A contrario, d’autres candidats ayant remporté le leur, sont retombés dans le quasi-anonymat. La téléréalité agit un peu à la manière de la télévision de jadis qui propulsait des chanteurs lors des émissions de variétés souvent réalisées en play back. Parmi eux, seuls les plus doués ont su aller vers leur public et se frayer une place (Gainsbourg et Jane Birkin, Christophe, Dutronc, Michel Delpech, Johnny Halliday … ) Les années 2000 : La renaissance des comédies musicales Autre genre renouvelé au cours des années 2000, les grandes comédies musicales. Auparavant il y avait eu sporadiquement de grands succès comme en 1969, la version française de Hair avec Julien Clerc ; puis en 78, Starmania de Luc Plamandon et Michel Berger ; Les misérables d’Alain Boublil et Claude-Michel Schönberg en 1980.
Les dix commandements de Pascal Obispo et Elie Chouraqui (2000), Romeo et Juliette de Gérard Presgurvic (2001), Le Petit Prince de Richard Cocciante et Elisabeth Anaïs (2002), Le Roi Soleil de Kamel Ouali (2005), Cléopatre de Kamel Ouali (2009), Mozart, l’opéra rock d’Olivier Dahan et Dove Attia (2009).
Le succès des productions françaises attire également sur le territoire national des comédies musicales étrangères comme Le roi lion ou Mama Mia qui profitent de cet engouement pour le genre .
Les années 2000 : Internet ogre ou génie ? La Toile fait peur aux artistes. La tentation est grande pour tout internaute de décliner l’offre payante au profit du tout gratuit, avec les conséquences néfastes que l’on devine en termes de rétribution des droits d’auteurs.
Les années 2000 : Un tabou est tombé
Même les chanteurs français comme Johnny Halliday, Eddy Mitchel ou Dick Rivers, qui avaient prouvé, dès les années 60, leur inconditionnel amour pour le rock et la culture d’Outre-Atlantique, au point de se fabriquer une identité aux sonorités bien anglo-saxonnes, n’avaient osé aller si loin. Aujourd’hui, à l’image du jeune groupe de lycéens du film LOL, les jeunes ont fait tomber le tabou qui consistait à ne pas s’exprimer en anglais. Il faut se rendre à l’évidence, la chanson en anglais, fait désormais partie des nouveaux modes d’expression de la chanson hexagonale. Jusque là, il y avait bien le succès international de la French Touch dans la musique électro pop internationale, avec Air, Daft Punk, David Guetta ou encore Phoenix.
Ensemble, ils proposent une palette musicale très large. Rock dur avec Mustang, Izia (la fille du grand Jacques Higelin), ou multicolore mais aussi déchaîné de Naïve New Beaters… Pop et surtout folk revisités, modernisés, sont les influences principales de groupes, de duos et d’individualités de grande qualité : The Do, Hey Hey My My, Pony Pony Run Run, Charlotte Gainsbourg, Coming Soon, Moriarty, Revolver, Yodelice… Et l’on voit même des chanteuses qui avaient opté dans un premier temps pour le français dans leurs précédents albums, se tourner à présent vers l’anglais comme Keren Ann, Emilie Simon ( qui en anglais se prend pour Kate Bush ) ou Emily Loizeau.
Cette mode irrésistible et totalement nouvelle en France semble avoir été déclenchée par le grand succès de la bande originale du film de Philippe Lioret Je vais bien ne t’en fais pas (2006), avec la chanson Lili (u.turn) du duo Aaron.
La mode au tout anglais est désormais lancée. Loin de s’en féliciter, on ne peut que s’inquiéter pour la France. Pour l’opinion publique internationale, la France, contrairement à d’autres pays, brille moins par ses réussites industrielles, que par sa culture. Que celle-ci soit mise à mal, et c’est l’identité même de la France dans le monde qui s’en trouvera atteinte. L’heure est aux grandes questions sur l’avenir de l’identité nationale, initiées par un grand débat brouillon et très controversé. Ce que l’on peut sans peine prédire c’est que, si dans 20 ans, l’expression artistique et culturelle de notre pays (sa chanson, son cinéma, sa littérature) s'est diluée dans la mondialisation culturelle anglo-saxonne, l’image et la place de la France dans le monde aura reculé. Au printemps 2009, hors de nos frontières nous célébrions la francophonie, vecteur de diversité culturelle et linguistique. Au même moment chez nous, presque personne ne semblait s’émouvoir de la décision de France 3, l’une des chaînes de télévision du grand service public audiovisuel : elle envoyait au concours de l’Eurovision, un chanteur français défendre nos couleurs en interprétant sa chanson dans la langue de Shakespeare.
Mais, restons optimistes. Pour l’heure, la situation de la chanson française, de la chanson en français, est loin d’être inquiétante, mieux : elle a rarement été aussi brillante.
Enfin signalons que, si pour certains, le français n’est pas une langue suffisamment musicale, il y en a un pour qui, ni le français ni l’anglais, ni d’ailleurs aucune autre langue connue ne l’est.
© Alexandre Garcia – Centre International d’Antibes |
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