2000 – 2010 Bonne ou mauvaise décennie pour la création culturelle française ?  
 

 


 


Les nouveaux territoires de la chanson française



Les années 2000 : La télé-réalité investit la chanson


Dans l’histoire des médias, la décennie restera celle de la victoire de la télé-réalité. Parmi les émissions phares de ce nouveau concept, celles vouées à la chanson arrivent en tête.


TF1 avec La Star Academy et M6 avec Pop Star et Nouvelle star dépoussièrent les radios et télé-crochets de jadis, qui permirent de découvrir dans les années 60, une pléiade d’artistes parmi lesquels Mireille Mathieu, Hugues Aufray ou Georgette Lemaire.


mars11_231Ces nouveaux concours enregistrent des audiences records et déversent de nouvelles voix qui s’imposent dans le paysage musical. Jenifer, Chimène Baadi , Nolwen Leroy , Elodie Frégé , Grégory Lemarchal, Emma Daumas, Julien Doré , Christophe Willem et d’autres, acquièrent rapidement le statut de célébrités grâce à eux.


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La chanson de la télé-réalité n’est pas forcément synonyme de chanson dépourvue de talent. Elle ne le garantit pas non plus. Si certaines chanteuses telles que Chimène Badi, Olivia Ruiz ou Amel Bent n’ont pas remporté leur concours, elles n’en sont pas moins plébiscitées aujourd’hui. A contrario, d’autres candidats ayant remporté le leur, sont retombés dans le quasi-anonymat.


La téléréalité agit un peu à la manière de la télévision de jadis qui propulsait des chanteurs lors des émissions de variétés souvent réalisées en play back. Parmi eux, seuls les plus doués ont su aller vers leur public et se frayer une place (Gainsbourg et Jane Birkin, Christophe, Dutronc, Michel Delpech, Johnny Halliday )


Les années 2000 : La renaissance des comédies musicales


Autre genre renouvelé au cours des années 2000, les grandes comédies musicales. Auparavant il y avait eu sporadiquement de grands succès comme en 1969, la version française de Hair avec Julien Clerc ; puis en 78, Starmania de Luc Plamandon et Michel Berger ; Les misérables d’Alain Boublil et Claude-Michel Schönberg en 1980.
Mais c’est de nouveau le Québécois Luc Plamandon, associé à Richard Cocciante, qui va relancer le genre en 1998 avec Notre dame de Paris.


mars2_408L’énorme succès qui s’ensuit va engendrer au cours de la décennie, une vague de comédies musicales parmi lesquelles on retiendra :


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Les dix commandements de Pascal Obispo et Elie Chouraqui (2000), Romeo et Juliette de Gérard Presgurvic (2001), Le Petit Prince de Richard Cocciante et Elisabeth Anaïs (2002), Le Roi Soleil de Kamel Ouali (2005), Cléopatre de Kamel Ouali (2009), Mozart, l’opéra rock d’Olivier Dahan et Dove Attia (2009).


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Le succès des productions françaises attire également sur le territoire national des comédies musicales étrangères comme Le roi lion ou Mama Mia qui profitent de cet engouement pour le genre .


mars5_219 Garou, Patrick Fiori, Hélène Ségara avaient triomphé grâce à l’opéra-rock tiré de l’œuvre de Victor Hugo. Les comédies musicales des années 2000, elles, ont servi de tremplin à des chanteurs comme  Emmanuel Moire ou  Christophe Maé, qui réalisent une belle carrière en solo.


 


 


mars1_293C’est dans le cadre de ces grands spectacles hors du commun que s’incrivent le concept et le succès des concerts des Enfoirés au profit des Restaurants du Cœur, chers à Coluche ou ceux des chanteurs mobilisés pour la lutte contre le sida via l’association Sol En Si.
La mobilisation des personnalités qui font la chanson française au profit d’une cause française ou internationale, est devenue une tradition. Le cataclysme haïtien n’a pas échappé à cet élan de solidarité. Il vient de s'exprimer sous de multiples formes.


 


 


 


Les années 2000 : Internet ogre ou génie ?


La Toile fait peur aux artistes. La tentation est grande pour tout internaute de décliner l’offre payante au profit du tout gratuit, avec les conséquences néfastes que l’on devine en termes de rétribution des droits d’auteurs.
On comprend à la fois leur mobilisation contre le téléchargement (le pillage ?) incontrôlé, irrespectueux de leur travail, et parfois leurs réticences envers la loi HADOPI visant à défendre ces droits d’auteurs et à lutter contre le piratage, en privilégiant la voie judiciaire et répressive.
Ceci étant, Internet a ses avantages et peut devenir un incroyable raccourci pour se faire connaître auprès du public. Ainsi,la chanteuse Lorie a été la première à profiter de la Toile dès l’année 2000 alors qu’aucune maison de disque ne l’imaginait capable de vendre les millions d’albums qu’elle a vendus.



Plus récemment, Sliimy s’est constitué une belle autopromotion, et surtout Grégoire et la toute jeune Joyce Jonathan ont été les premiers artistes produits par la communauté internaute à obtenir les 70 000€ nécessaires à la production de leur premier album .


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Les années 2000 : Un tabou est tombé


mars7_290Le dernier territoire conquis par les chanteurs français est bien troublant. Il bouscule les certitudes et on se gardera d’en tirer une quelconque fierté. Les années 2000 resteront comme celles où les digues ont sauté : les tabous sont tombés.


Même les chanteurs français comme Johnny Halliday, Eddy Mitchel ou Dick Rivers, qui avaient prouvé, dès les années 60, leur inconditionnel amour pour le rock et la culture d’Outre-Atlantique, au point de se fabriquer une identité aux sonorités bien anglo-saxonnes, n’avaient osé aller si loin.


Aujourd’hui,  à l’image du jeune groupe de lycéens du film LOL, les jeunes ont fait tomber le tabou qui consistait à ne pas s’exprimer en anglais. Il faut se rendre à l’évidence, la chanson en anglais, fait désormais partie des nouveaux modes d’expression de la chanson hexagonale.


Jusque là, il y avait bien le succès international de la French Touch dans la musique électro pop internationale, avec Air, Daft Punk, David Guetta ou encore Phoenix.


mars8_603Mais soudain, au milieu des années 2000, loin de se cantonner à ce type de musique, c’est une vague de groupes et de chanteurs français s’exprimant, sans complexe, en anglais qui a jailli.


Ensemble, ils proposent une palette musicale très large.  Rock dur avec Mustang, Izia (la fille du grand Jacques Higelin), ou multicolore mais aussi déchaîné de Naïve New Beaters


Pop et surtout folk revisités, modernisés, sont les influences principales de groupes, de duos et d’individualités de grande qualité : The Do, Hey Hey My My, Pony Pony Run Run, Charlotte Gainsbourg, Coming Soon, Moriarty, Revolver, Yodelice


Et l’on voit même des chanteuses qui avaient opté dans un premier temps pour le français dans leurs précédents albums, se tourner à présent vers l’anglais comme Keren Ann, Emilie Simon ( qui en anglais se prend pour Kate Bush ) ou Emily Loizeau.









L’anglais est servi également avec des accents plutôt jazz ou world par des voix comme celle de la Niçoise Emilie Satt, de Keren Lano ou encore de Nathalie Soles et plus récemment, de la jeune Malienne Inna Modja et de Hindi Zahra, née au Maroc et arrivée en France à 14 ans .


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Cette mode irrésistible et totalement nouvelle en France semble avoir été déclenchée par le grand succès de la bande originale du film de Philippe Lioret Je vais bien ne t’en fais pas (2006), avec la chanson Lili (u.turn) du duo Aaron.


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La mode au tout anglais est désormais lancée. Loin de s’en féliciter, on ne peut que s’inquiéter pour la France.


Pour l’opinion publique internationale, la France, contrairement à d’autres pays, brille moins par ses réussites industrielles, que par sa culture. Que celle-ci soit mise à mal, et c’est l’identité même de la France dans le monde qui s’en trouvera atteinte.


L’heure est aux grandes questions sur l’avenir de l’identité nationale, initiées par un grand débat brouillon et très controversé. Ce que l’on peut sans peine prédire c’est que, si dans 20 ans, l’expression artistique et culturelle de notre pays (sa chanson, son cinéma, sa littérature) s'est diluée dans la mondialisation culturelle anglo-saxonne, l’image et la place de la France dans le monde aura reculé.


Au printemps 2009, hors de nos frontières nous célébrions la francophonie, vecteur de diversité culturelle et linguistique. Au même moment chez nous, presque personne ne semblait s’émouvoir de la décision de France 3, l’une des chaînes de télévision du grand service public audiovisuel : elle envoyait au concours de l’Eurovision, un chanteur français défendre nos couleurs en interprétant sa chanson dans la langue de Shakespeare.
C’est ainsi que Sébastien Tellier, avec sa chanson Divine, mit fin au grand tabou.  Il arriva en 19ème position.


 


Mais, restons optimistes. Pour l’heure, la situation de la chanson française, de la chanson en français, est loin d’être inquiétante, mieux : elle a rarement été aussi brillante.
Si certains ont en effet, perdu le goût de chanter en français, et ainsi, de défendre notre langue, il en va tout autrement pour tous les autres. Pour ceux dont nous avons parlé ici, comme pour ceux que nous avons cités dans le numéro précédent, mais également pour des artistes québécois, belges, suisses et africains, toujours aussi créatifs, toujours aussi amoureux du texte en français. Ensemble, ils font vivre une chanson française enthousiasmante.


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 Enfin signalons que, si pour certains, le français n’est pas une langue suffisamment musicale, il y en a un pour qui, ni le français ni l’anglais, ni d’ailleurs aucune autre langue connue ne l’est.
C’est par conséquent en Klokobetz, une langue totalement nouvelle, fruit de sa propre imagination que le Parisien Nosfell s’exprime le plus souvent depuis 2003.


 


 


© Alexandre Garcia – Centre International d’Antibes