Dimanche  
 

« Je suis un chanteur qui fait rire, pas un humoriste »

On connaît le goût d’Oldelaf pour les chansons qui font « rire, taper du pied, des mains voire dans les coudes du voisin pour les moins habiles », comme il le dit lui-même. A ce propos, deux titres nous viennent à l’esprit : le premier est le fameux single Le Café, qui faisait référence à l’addiction au café mais aussi à la routine des journées de l’homme moderne. Le clip de cette chanson, réalisé par Stéphanie Marguerite et Emilie Tarascou, connut un succès immédiat et comptabilisa pas moins de 9 millions de vues sur le web.


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Dans l’album, Le Monde est beau, sorti en 2011, le titre devenu célèbre La Tristitude (la tristitude, c’est quand tu marches pieds nuslemondeestbeau_600 sur un tout petit Lego) a fait rire des millions de personnes par son côté décalé et plein d’humour noir. Mais, ici encore, l’humour n’est pas le but en soi à atteindre mais plutôt un moyen de dénoncer certains aspects de notre existence. Néologisme formé à partir des concepts de tristesse et de solitude, La Tristitude évoque le blues de notre société individualiste.


L’album Dimanche, un reflet de notre société à la fois plus ambitieux et plus musical


Dans ce nouvel album, on retrouve les thèmes chers à notre artiste mais le propos révèle une plus grande maturité, un côté plus personnel qui rompt avec le style «amuseur public».

Dans le premier titre, Le Bruit, l’auteur-compositeur-interprète s’amuse à énumérer une liste de jeux de mots qui font référence aux cris d’animaux et aux bruits divers (Freddy Mercury couine et Gilbert Montagné (aveugle) braille, il fallait oser !...) On appréciera de plus, les allitérations qui suggèrent la cacophonie médiatique (Ça rigole/ça s’agite/ça blablate/ça dynamite).


Ainsi, Tout le monde fait du bruit/de Milan jusqu’à Paris /Tout le monde fait du boucan/de Paris jusqu’à Milan …

Il s’agit par-là, bien sûr, de nous faire comprendre que, dans notre société moderne, comme Oldelaf le dit si bien, « la manipulation de l’information où l’on met en lumière un truc débile » a pour but, en réalité, de « nous détourner des sujets importants » (Et dans tout ce brouhaha/on laisse faire n’importe quoi).

La deuxième chanson de l’album, Je mange, s’attaque, de façon décapante, aux mauvais comportements alimentaires. Notre mode de vie sédentarisé, la solitude ou l’oisiveté expliquent ce phénomène. Quand je suis tout seul chez moi toute la journée / Parce que j'ai un jour de libre pour me reposer/ Je mange, je mange. Les pratiques addictives telles que l’alcoolisme peuvent également nous menacer : Afin d'oublier que j'remplis mon estomac / Parce que ma vie est un peu creuse parfois/ Je bois, je bois.

On retrouve des points communs avec le fameux clip, Le Café, et, en prime, l’irrésistible Jonathan Lambert qui incarne son personnage fétiche, Mr Pringle ! A ne manquer sous aucun prétexte !


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Si nous sommes menacés par ces pratiques, c’est aussi en grande partie parce que nous sommes des victimes de la société de consommation. Ainsi, dans Kleenex (écrit en collaboration avec Kyan Khojandi de la série Bref), Oldelaf fustige l’hégémonie des marques qui oldelaf_5_franck_bohbot_851uniformisent l’existence de Monsieur Tout-le-monde. Elles sont présentées comme « des identiques emblèmes qui flottent sur la masse » et qui nous gouvernent.

Autres thèmes présents dans cet album : la famille et l’amour. Ici encore, le ton est acide à souhait. Dans Le dimanche après-midi, l’artiste évoque la traditionnelle « balade en famille, au ralenti, avec ses rancœurs, une torture d’après le repas(…) ». Tout le monde se reconnaîtra dans cette description des non-dits familiaux, à la fois réaliste et sarcastique : Le dimanche après-midi/on se balade en famille/on avance au ralenti/on digère le clafoutis

Quant au titre Joli dimanche, il décrit « la relation futile qu’entretiennent un homme et une femme qui ne se connaissent pas bien », selon les propres mots du chanteur. On entre ici dans un registre plus poétique qui laisse de côté la dérision : Et je détaille, à contre-jour/ Ton dos nu qui me fait la cour/ La lumière dessine tes hanches / Je me dis : « Quel joli dimanche! »

Ce nouvel album est à découvrir sans attendre pour tous ceux qui veulent remettre en question leur quotidien de façon humoristique et rire de leur propre condition. Les chansons de cet artiste, à la fois pleines de bonne humeur et d’impertinence, sont un véritable antidépresseur naturel !

Oldelaf fait partie de ceux qui pensent, à juste titre, que la dérision peut nous aider à mieux prendre conscience des dérives du monde moderne. « Mon but est de faire rire en disant des choses qui ont du sens », telle pourrait être la phrase qui résume le mieux Dimanche.


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© Jean-Luc Pichon – Centre international d’Antibes