"Le Printemps du cinéma", "La Semaine de la langue française" et le film "La Cour de Babel".  
 

En ce mois de mars 2014, le ciel est une nouvelle fois bien sombre. Tout d’abord voici qu’un vent glacial que nous pensions ne plus avoir à subir, souffle à nouveau sur l’Europe avec l'affaire de Crimée. L’autre grand événement de ce mois de mars 2014, la disparition du Boeing 777 de la Malaisie, nous a fait également frissonner par les rebondissements de la troublante énigme qui a mobilisé plus de 25 pays.
Et en France ? Qu’en est-il de l’actualité hexagonale ? Hélas, pas de réconfort à espérer : chez nous, chacun essaie de s’y retrouver, de dénouer les fils des dernières affaires politiques qui ont secoué la vie publique. A ce petit jeu où gauche et droite sont éclaboussées, tout le monde ou presque y perd. Avec des partis politiques devenus moins crédibles ce sont, partout, les mêmes signes qui annonçaient l'inquiétante désaffection vis à vis de la  politique et le coup de tonnerre du Front National.


Et c’est dans ce contexte que, soudain, ont surgi sous les feux de l’actualité deux manifestations culturelles bariolées, regorgeant de vie et de fantaisie. Le Printemps du cinéma et la Semaine de la langue française ont fait un même pied-de-nez à la déprime et à la morosité ambiante, essaimant, dans un même élan festif, l’ensemble du territoire hexagonal et de très nombreux pays étrangers.



Le Printemps du cinéma


En mars 2014, le Printemps du cinéma vient de fêter sa 15ème édition. Le principe de cette manifestation est simple : partout en printemps-du-cin_709France pendant 3 jours, du dimanche 16 au mardi 18 mars, tous les films programmés dans les salles du pays, ont bénéficié du tarif unique de 3,50€ à toutes les séances et pour tous les spectateurs.


Cette manifestation largement plébiscitée1 cette année encore, s’inscrit, avec la Fête du cinéma et la nouvelle opération, -14 ans = 4 euros2, qui a débuté en 2014, dans une stratégie volontariste cherchant, depuis des décennies, à promouvoir le cinéma afin que le 7ème art demeure, malgré tout, la pratique culturelle préférée des Français. Les résultats sont là et la France arrive largement en tête des pays européens pour la fréquentation des salles. Le record date de 2011 ; cette année-là, avec 216,6 millions d’entrées, la fréquentation a atteint des sommets jamais franchis depuis 45 ans, du jamais vu depuis 1966.


L’exploit est considérable et confirme la place tout à fait exceptionnelle qu’occupe le cinéma en France. Car, en la matière, plus rien n’est pareil entre la France d’alors qui découvrait la consommation permise par les Trente Glorieuses. De plus, le petit écran n’ayant pas colonisé toutes les chaumières, c'était le temps où le grand écran régnait en maître. Dans la France d’aujourd’hui soumise à une nouvelle crise économique, aller dans une des salles de cinéma - qui ont déserté les quartiers pour se concentrer dans les centres villes ou en périphérie - est beaucoup moins aisé que dans les années soixante. Au XXIème siècle, tout est fait pour nous inciter à consommer les films directement à la maison : les foyers regorgent d’écrans de toutes tailles et les bouquets de chaînes cinéma associés au numérique et à la haute technologie nous placent dans les conditions proches de celles des salles obscures, pop-corn en moins.



La Semaine de la langue française et de la Francophonie


semainedelalanguefranaise-2014_638Depuis 1988, cette autre manifestation entend faire de l’arrivée du printemps un moment culturel festif. Après le cinéma, intimement lié à notre histoire et à notre quotidien, c’est tout simplement la langue française, elle-même, qui devient protagoniste d’une  semaine de fête dont le point d’orgue est la Journée internationale de la Francophonie. Célébrée à l’initiative de la France, de la Belgique, du Québec, de la Suisse et de l'Organisation internationale de la francophonie, la Semaine de la langue française et de la Francophonie est portée chez nous par le ministère de la culture et de la communication auquel se joignent des collectivités locales3 et surtout le ministère de l'éducation nationale.  Les établissements du secondaire sont ainsi impliqués4,  collégiens et lycéens étant invités à travers un concours de créativité littéraire, à s’approprier et à jongler avec les dix mots de l’opération Dis-moi dix mots.  Cette année ce sont les 7b730f6c0ae8bbaa2cc4645314cbaeb1_627mots ambiancer - à tire-larigot – charivari - enlivrer(s') – faribole – hurluberlu – ouf – timbré - tohu-bohu et zigzag qui sont mis en scène et servent à faire pétiller la langue française un peu partout en France et hors de nos frontières. Car de très nombreux pays, en plus des pays francophones où elle est née, se joignent à la fête grâce au soutien dont elle bénéficie de la part du ministère français des affaires étrangères et européennes. Le  réseau  de l’Institut Français, les Alliances françaises et les services de coopération linguistique et culturelle des ambassades de France relayent la dynamique festive. Ces dix mots se trouvent ainsi, à l’étranger, au cœur d’une multitude de concours et d’initiatives pour célébrer le français et mettre en valeur sa richesse et sa diversité.


Le film "La Cour de Babel"


cour-de-babel_583Sorti bien à propos à la veille du Printemps du cinéma et de la Semaine de la langue française, La cour de Babel est le symbole même de ces deux manifestations dont il pourrait constituer le parfait trait d’union.


Le film documentaire de Julie Bertuccelli se déroule au sein du collège de la Grange-aux-Belles, dans le 10e arrondissement de Paris. Il suit pendant une année scolaire les élèves d’une classe de petits étrangers de 11 à 15 ans, récemment arrivés en France, et qui intègrent notre système éducatif dans une classe de "primo-arrivants" dite "classe d’accueil". Ces enfants venus d’ailleurs très différents, comme l'indiquent leurs prénoms : Youssef, Oksana, Maryam, Andromeda, Yong, Felipe... constituent un groupe culturellement 7affdd_7ec62c85da8b448c8804c7917ccf32c5.png_srz_633_405_85_22_0.50_1.20_0.00_png_srz_633hétérogène (magnifique première scène où chacun va au tableau écrire, dans sa langue, son prénom puis l’annonce aux autres). Ce qui les réunit, c'est un même besoin et une même volonté: arriver à acquérir les compétences à l’oral comme à l’écrit nécessaires pour espérer quitter au plus vite la classe d’accueil et intégrer le cursus que suivent  les petits Français.


En marge du collège normal, Brigitte Cer­voni, leur enseignante de FLE, veille sur cette petite troupe multiculturelle et bigarrée. Elle va vers eux avec beaucoup d’empathie, cherche à les accueillir avec bienveillance, de sorte que ses jeunes élèves confrontés à un système qui leur est étranger, ressentent que le regard qui leur est porté est totalement dépourvu d’égocentrisme. Familiarisée depuis longtemps avec certains drames et certains itinéraires chaotiques qui ont mené jusqu'à nous ces enfants (scènes des différentes réunions avec les parents), l'enseignante  cherche dans un premier temps à valoriser chacun d'eux, à ce que soient reconnues leurs racines, leur culture, avant d’essayer patiemment de leur apporter les repères linguistiques et culturels français. Pendant les dix mois de l’année scolaire, Brigitte Cer­voni va les accompagner dans cette longue quête de l'autonomie linguistique et culturelle. Elle va les guider à travers les pièges et les malentendus interculturels, et au terme d'une année scolaire, elle aura  face à elle de petits collégiens capables de quitter ce nid, cet espace protecteur qu'elle aura construit et qui leur aura servi de sas.


La Cour de Babel est une oeuvre extrêmement touchante, une pépite du cinéma français comme le fut en son temps Être et avoir, un autre magnifique film documentaire sur le rôle de l'école dans la construction personnelle. En cela, il a toute sa place dans cette fête du 7ème art qu'est le Printemps du cinéma. C'est en même temps un bel hommage à la langue française ; il s'inscrit donc parfaitement dans l'esprit de la Semaine de la langue française et de la Francophonie. Il célèbre enfin, la diversité qui est au coeur des valeurs prônées à la fois par la Francophonie et par le cinéma français.


 


© Alexandre Garcia -  Centre International d’Antibes


 


1. L'édition 2014 a enregistré plus de 2,6 millions de spectateurs et a fait aussi bien que l'édition 2013,  malgré un printemps, météorologique celui-ci, beaucoup plus précoce.


2. Pour les jeunes de moins de 14 ans qui bénéficient de la séance à 4 euros, tous les jours, pour tous les films cette politique en faveur des enfants fait suite à la baisse de la TVA (de 7 à 5,5%) qui a eu lieu en janvier 2014 et dont bénéficient les places de cinéma.


3. Parmi celles-ci, la petite commune d'Opio, à 20 km d'Antibes, a rejoint les villes qui s'impliquent lors de cette manifestation francophone


4. Voir la brochure d'exploitation pédagogique