Le 8 mars : Journée Internationale de la Femme  
 

L’idée que les femmes ont les mêmes droits que les hommes est toute récente. Comme toute discrimination, on s’appuyait sur leurs différences de nature, de fonction, pour justifier le fait qu’elles étaient privées d’un certain nombre de droits. Le plus souvent considérées comme inférieures, incapables de réflexion, de logique et de maturité, elles devaient, éternelles mineures, se cantonner aux charges du foyer quand elles avaient la chance de ne pas être exploitées autant sinon plus que les hommes. (LDH d’Aix-en-Provence).


En France, sur les deux derniers siècles, nous pouvons suivre l’évolution du droit des femmes à travers quelques rappels datés:


En 1791, Olympe de Gouges rédige la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne. Elle le paiera de sa vie : elle fut guillotinée sous la Terreur en 1793. Ses combats annonçaient ceux des siècles à venir.


Force est de constater qu’il faudra encore plus d’un siècle pour que la condition féminine évolue vers une reconnaissance très progressive des droits des femmes, à commencer par celui de l’éducation. En 1850, création d’une école primaire spéciale pour les filles dans les communes de plus de 800 habitants.


C’est en 1882 que les Lois Jules Ferry instaurent l’école gratuite et obligatoire pour les filles et les garçons.



En 1863, Victor Duruy, ministre de l’Instruction Publique, crée les cours secondaires pour jeunes filles, jusque-là interdits. Ce n’est qu’en 1924 que l’enseignement secondaire sera le même pour les filles et les garçons.


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En 1903, le premier prix Nobel décerné à une femme, Marie Curie, reconnaît les compétences de la physicienne au même titre que celles des hommes.


Quarante ans plus tard, le droit de vote et d’éligibilité sera reconnu aux femmes, en 1944. Elles rentrent alors dans leur droit de citoyennes. Mais il faudra encore vingt ans pour que la femme mariée puisse exercer une profession sans l’autorisation de son mari, en 1965.


Un autre grand pas dans la maîtrise de leur liberté sera franchi : le droit à l’interruption volontaire de grossesse légalisée en 1975 par la ministre de la santé, madame Simone Veil, puis remboursé par la sécurité sociale en 1982.



1980 consacrera Marguerite Yourcenar, première femme élue à l’Académie française jusque-là réservée aux seuls hommes.



En 1991, Edith Cresson sera la première femme nommée premier ministre au gouvernement et en 2000 sera votée la première loi sur la parité politique.


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Ces quelques jalons nous donnent une idée sur l’évolution de la place des femmes en France durant ces deux derniers siècles et la Journée Internationale du 8 mars semble chaque année nous rappeler qu’il est bon de ne pas se laisser aller à croire que tout est fait et définitivement acquis.


Mais, de quand date cette célébration du 8 mars ?


La Journée Internationale des Femmes trouve son origine dans les luttes des ouvrières et des suffragettes du début du XXè siècle pour de meilleures conditions de travail et droit de vote.
C’est Clara Zetkin, journaliste allemande, qui a lancé l’idée de cette journée lors de la 2ème conférence internationale des femmes socialistes, en 1910, à Copenhague, en vue de servir à la propagande pour le vote des femmes. Cette proposition inspirée des manifestations d’ouvrières qui se sont déroulées en 1908 et 1909, est adoptée aussitôt. Le 8 mars 1914, les femmes allemandes réclament le droit de vote en Allemagne, elles l’obtiennent le 12 novembre 1918.


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Il faudra attendre 1977 pour que les Nations-Unies officialisent la Journée Internationale des Femmes le 8 mars… et 1982 pour que la journée ait un statut officiel en France.


Les pionnières de cette prise en main de leur destinée furent nombreuses. Qu’il nous soit permis d’en citer quelques-unes pour en vérifier la diversité.



Madeleine Pelletier, (1874/1939), initialement anthropologue, première femme diplômée en psychiatrie en France, elle fut une des rares femmes déléguées syndicales au début du siècle, âpre à défendre la cause des femmes.rosie_la_riveteuse_448


Rosie la riveleuse, une icône populaire de la culture américaine, elle symbolise les 6 millions de femmes travaillant dans l’industrie de l’armement durant la IIème guerre mondiale, alliant détermination, force et féminité.



Margaret Sanger, (1876/1966), militante américaine, pionnière du contrôle des naissances, elle fonde en 1921 l’American Birth Control League qui deviendra le Planning familial en 1942, quitte à braver les lois. Elle a été un élément fondateur à l’accès universel à la contraception.



Louise Weiss,(1893/1983), journaliste française, écrivaine, féministe et femme politique, elle a œuvré pour des projets pionniers en faveur de la paix, le rapprochement franco-allemand, l’union européenne et le vote des Françaises.



Simone de Beauvoir, (1908/1986), philosophe féministe française, elle publiera en 1949 Le deuxième sexe dont la phrase : [on ne naît pas femme, on le devient] restera célèbre. Elle y analyse la condition féminine et défend des thèses très progressistes.


Nous ne saurions clore cet éloge aux femmes sans faire référence à Germaine Fillon et Geneviève de Gaulle, deux combattantes de la Résistance lors de la Seconde guerre mondiale, déportées à Ravensbrück, qui rentreront en 2015 au Panthéon (Monument de Paris sur la montagne Sainte-Geneviève, voué depuis 1885 aux souvenirs des grands hommes.) Absentes jusqu’alors de cette exemplarité, les femmes obtiennent réparation et donc justice, enfin !


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En ce 8 mars 2014, qu’en est-il des avancées concernant le droit des femmes ?


Aujourd’hui, si dans les textes, les femmes ont les mêmes droits que les hommes, dans la réalité, bien des inégalités subsistent : elles occupent encore des emplois subalternes, donc moins bien payés, elles sont plus que les hommes victimes du chômage et de la précarité et, souvent, systématiquement écartées du pouvoir politique.


« Les chiffres révèlent, s’il en était besoin, que les inégalités entre les sexes ne sont pas un sujet à part ou marginal, mais qu’elles se manifestent (encore) dans la Cité autant que dans la vie personnelle et professionnelle des femmes. Certaines sont bien connues, comme celles qui concernent le champ politique ou le champ professionnel. D’autres sont plus discrètes, plus insidieuses, comme celles qui concernent les violences. » Najat Vallaud-Belkacem-Ministre des droits des femmes 2011


C’est le mérite de cette Journée Internationale de la Femme de nous les rappeler et faire en sorte que ne soient occultés, le reste de l’année, les manquements aux droits de la moitié de l’Humanité !


 


© Sylviane Colomer - Centre International d’Antibes