Minuscule, la vallée des fourmis perdues  
 

A la source


Thomas Szabo et Hélène Giraud (petite fille de feu Jean Moebius Giraud, auteur de BD de science-fiction auquel Minuscule est dédié) passeront cinq ans à réaliser ce film d’animation 3D de 1h30, adaptation d’une série télévisée du même nom initiée en 2004, minuscule_la_vallee_des_fourmis_affiche_1600_01prolongée en 2010 et vendue à une centaine de pays. Au cours des 151 épisodes de durée variable de ses 3 saisons, Minuscule, la vie privée des insectes met en scène nos campagnes françaises (en images réelles) et suscite le même plaisir émouvant, voire attendrissant que le photographe en herbe peut éprouver lors de la pratique de la macro photo puisqu’ on y découvre, bien sûr, la coccinelle mais aussi l’escargot, le moustique, la sauterelle, l’araignée, la libellule, l’abeille, le scarabée, la guêpe, la chenille, le papillon, le mille-pattes et la cigale en images de synthèse. Tous sont représentés de façon réaliste et sans voix off humaines (les humains qui y figurent ont en fait, un langage incompréhensible) et en mode humour dans des situations qui, quelquefois, font référence à notre monde d’homo sapiens (la course poursuite de la coccinelle provocatrice des mouches aux yeux rouges qui tourne au Grand Prix de F1, bruitages à l’appui ; ou encore l’excellent court métrage Minuscule, l’heure de la sieste faisant référence au trouble-sieste provençal).


Des séries qui respectivement : fait mouche, qui a une araignée au plafond, qui fourmille d’idées, qui ne donne pas le bourdon, à butiner sans modération, qui bourdonne de plaisir, qui a tout d’une grande et en titre final l’hymne de nos campagnes (clin d’œil au groupe musical méridional contemporain Tryo et à sa chanson verte du même nom), des séries récompensées en 2006 au Cartoons on the Bay ; en 2008, au festival d’animation d’Hiroshima, et qui ont été primées, en 2006 et 2007, au festival de Luchon et au Sénat.


2013, le film en coulisses


S’il est vrai que la prouesse de combiner des images réelles et de synthèse est une innovation des studios Disney avec Alice comedies puis Dinosaure en 2000 et que certes, on peut rapprocher Minuscule de l’ode émouvante au monde des insectes du film documentaire de 80 mn de Marie Pérennou et Claude Nuridsany, Microcosmos, le peuple de l’herbe (incontournable pour tout amoureux de la nature et après lequel notre regard sur le moustique ou l’escargot ne sera plus jamais le même), il n’en reste pas moins que ceux qui ont l’âme fraîchement verte vibreront derrière leurs lunettes 3D et auront le réflexe de tendre le doigt afin que l’héroïne de Minuscule s’y pose quelques instants.


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On peut tirer notre chapeau écolo aux équipes du film qui ont fait preuve d’un immense respect envers Dame Nature dans leur travail pour les prises de vue réelles tournées en région PACA dans le sublime Parc National du Mercantour ainsi que dans le Massif des Ecrins afin de nous transporter littéralement par montagnes et sous-bois , sommets et prairies, tout en passant par d’époustouflantes cascades (du canyoning comme vous n’en ferez jamais !). Ces équipes de tournages qui aspiraient à utiliser au maximum la lumière naturelle, sans groupe électrogène, sans batterie ! Au sein de notre Parc National du Mercantour, commente un garde forestier dans Var Matin, on n’impose pas de règle stricte, on a surtout des grands principes : pas de feu, pas de bruit, on évite les survols en hélico. Ils ont même réduit le nombre de camions de tournage et de voitures sur le site ; ils avaient une cantine bio sur place avec des produits locaux des fermes des vallées. Ils ont même cherché à louer des voitures électriques !


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Logique donc que ce film obtienne la labellisation A.G.I.R de la région PACA grâce à son soutien financier permettant de réduire son impact énergétique et d’anticiper les moyens techniques employés sur le site de tournage (lieux de tournage proches, transports collectifs, emploi de réflecteurs naturels) : une première dans le long métrage d’animation, respect !


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Bilan numéro 2 en ce qui concerne les personnages du film, selon Théo Ribeton des Inrockuptibles : L’ensemble démontre qu’il reste encore d’autres horizons à l’animation en image de synthèse que le caoutchouc flashy qui semble s’imposer partout ; ce qu’on ne peut que confirmer en enlevant à regret ses lunettes 3D ; sans compter que le cinéphile aura relevé les clins d’œil aux plus grands dans la bande son,  s’abstenant  de tout dialogue humanisé (si vous avez déjà entendu une coccinelle ou une fourmi parler, et bien, consultez …). On reconnaîtra les notes de Psychose d’Hitchcock, de Chaplin ou encore de la Guerre des Etoiles et les mélomanes apprécieront le rythme de Prokofiev (Pierre et le loup) et d’Edvard Grieg (Peer Gynt).


2014, Minuscule sur grand écran : énorme !


Il existe une très vieille légende chantée par les grillons et les cigales …


A vous de découvrir le reste du texte d’introduction du film qui certes, déconcerte quelque peu : une automobile de petite taille (une coccinelle) évolue sur les lacets d’une route de montagne.  S’ensuit une scène bucolique mettant en scène un jeune couple et leur gentil pique-nique forestier avorté par l’arrivée imminente de leur futur bébé. La caméra demeure champêtre pour révéler l’agitation de tout ce qui bourdonne en ce milieu naturel et c’est sur un couple de coccinelles assistant à la naissance de leurs trois rejetons que l’on s’attendrit. Belle douceur angevine d’une vie naturelle en rose ? Que nenni ! Voilà un des trois bébés coccinelle perdu, découvrant le monde par une série d’expériences désagréables avant de se retrouver embarqué à bord … d’une boîte à sucre laissée sur la nappe du pique-nique et transportée par une troupe de fourmis noires vaillantes avec lesquelles elle connaîtra des moments forts, cocasses, remplis de cascades et de courage ; à vos lunettes, prêts, c’est parti  en compagnie de très petits acteurs pour du grandiose !


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Et n’oubliez pas de saisir l’occasion de contempler la pleine lune en contexte naturel avec un être qui vous semble si différent de vous mais avec qui vous partagerez tant d’ineffable.


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Quelques pistes à suivre après le film :


L’écrivain français Bernard Werber (ancien journaliste scientifique au Nouvel Observateur) et sa fantastique trilogie : Les fourmis, 1991 ; le jour des fourmis, 1992 et la révolution des fourmis, 1996.


Pour pratiquer votre français, restez dans le Parc du Mercantour avec les exercices du site Internet du CIA (dans la partie le Français et vous, sur les galets, exercices en parapente pour un « vol au- dessus du Mercantour »).


Bande Annonce du film long métrage


 


© Kathy Lauer – Centre International d’Antibes