La 130ème édition du Carnaval de Nice  
 

Bref historique de ce moment de démesure et fonction de ce rituel


Le mot carnaval, selon toute vraisemblance, vient du latin carnis levare, ce qui signifie littéralement ôter la chair. Il représente le moment pendant lequel on pouvait manger pour la dernière fois des aliments gras. Après le Mardi Gras, on entre, en effet, dans une période marquée par le jeûne : le Carême (Temps liturgique chrétien de jeûne et abstinence). Si l’on se réfère au calendrier religieux, c’est le 6 janvier, jour de l’Epiphanie, que commence la période du Carnaval, à proprement parler. Le Mercredi dit des Cendres marque, quant à lui, la fin de cette période et le début du Carême qui se terminera le samedi saint, veille de Pâques.


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C’est véritablement un rituel qui s’apparente à un exutoire. Par l’usage de déguisements et de masques, le Carnaval reflète la volonté de bouleverser la hiérarchie sociale. Synonyme de réjouissances et d’extravagances, moment de toutes les audaces, il marqua pendant longtemps la fin de l’année écoulée, le mois de mars étant, chez les Anciens, le premier mois du calendrier.


C’est ce qui explique la présence du feu dans beaucoup de Carnavals. Après les bals masqués et les cortèges endiablés, il faut faire appel au feu purificateur qui nous délivrera de nos péchés. Mais le feu a aussi une fonction régénératrice : il symbolise le renouveau, c’est- à-dire la fin de l’hiver et le début du printemps.


L’incontournable Carnaval de Nice


Tout le monde connaît le Carnaval de Cologne, le Carnaval de Bâle, le Carnaval de Dunkerque et les célébrissimes Carnavals de Rio et de Venise. Mais qu’est-ce qui fait la particularité du Carnaval de Nice ? A Nice, la tradition remonte à la période moyenâgeuse. En 1294, le Comte de Provence, Charles II Duc d’Anjou, fait référence aux jours joyeux de Carnaval. Les écrits de l’époque confirment que le fils de Charles 1er d’Anjou et de Béatrice de Provence, apprécie de venir passer les fêtes de Carnaval dans sa bonne ville de Nice.


Bien plus tard, en 1830, le Carnaval de Nice prit un aspect résolument plus moderne. Il fut organisé, pour la première fois, sur le Cours Saleya, lors du séjour de Charles-Félix de Savoie et de son épouse Marie-Christine de Bourbon-Siciles. Les premiers cortèges apparurent à cette époque.


Le 14 février 1882 fut installée, sur le Char Royal, Sa Majesté Triboulet1, un gigantesque pantin constitué de vieux chiffons et de paille.


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Le cru 2014, axé sur la gastronomie, promet d’être exceptionnel


Cette année, il sera organisé du 14 février au 4 mars et aura pour thème le Roi de la Gastronomie. On pourra y admirer de magnifiques défilés carnavalesques : près de 1000 musiciens et pas moins de 18 chars seront de la fête.


A Nice, ce sont les batailles de fleurs qui constituent un des traits marquants du Carnaval. Historiquement, elles furent organisées à l’initiative de l’écrivain botaniste Alphonse Karr (dont on connaissait l’amour pour la ville de Nice) et du Comte de Cessole2.


De sublimes mannequins lancent au public de 80 000 à 100 000 fleurs (œillets, glaïeuls, roses, mimosa,…) Rappelons, à cette occasion, que la Côte d’Azur est réputée pour sa production de fleurs.


On imagine le travail méticuleux de décoration des chars fleuris avant chaque bataille !


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Outre les costumiers et les maîtres dans l’art du piquage de fleurs, les Carnavaliers ne chôment pas ! Ils travaillent d’arrache-pied dans un atelier, La Maison du Carnaval, pour créer les célèbres grosses têtes en carton-pâte et s’activent pour que tout soit prêt le jour J.


Oublions la crise ! Le Carnaval comme remède à la morosité ambiante.


Le Carnaval est, nous l’avons dit, un moment de joie collective et de bouleversements des rapports hiérarchiques. On s’autorise toutes les outrances dans un lieu et pour un laps de temps déterminés, et ce pour nous affranchir des interdits sociaux. Mais le Carnaval a aussi une fonction subversive et contestatrice : on cherche, dans une certaine mesure et de façon humoristique, à y régler ses comptes avec l’autorité politique. On parle de Sa Majesté Carnaval comme s’il s’agissait d’un roi devant finir au bûcher : l’esprit révolutionnaire n’est pas loin…


Le point d’orgue de ce rituel consiste, ne l’oublions pas, à brûler un pantin qui a tout d’un bouc-émissaire ! On cherchera donc à brocarder les puissants et à railler les politiques, le tout dans un esprit bon enfant, évidemment ! Le rituel païen est devenu une soupape de sécurité. C’est pourquoi les créatures carnavalesques se doivent de revêtir un aspect grotesque et satirique.


Dans ce grand chaos burlesque, tout le monde y passe !


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Dans ce gigantesque désordre festif, personne n’est épargné mais la bonne humeur est de mise. Et puisque le Carnaval consiste à faire ripaille, alors ne nous privons pas des représentations de la bombance sous toutes ses formes.


C’est une tradition à Nice : les politiques sont souvent présents dans les parades. C’est ainsi qu’on vit les grosses têtes de Jacques Chirac en 1995 ou celles de Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal3 et François Bayrou4 en 2007.


Cette année, notre président sera représenté accompagné d’un produit emblématique de la Hollande : le fromage (thème de l’opus 2014 oblige !), Gérard Depardieu prendra les traits de Gargantua, les Tontons Flingueurs5 deviendront les Tontons Bringueurs (hommage, bien sûr, au cinéaste regretté Georges Lautner), Maïté6 se métamorphosera en terreur des terroirs,… (on a hâte de voir tout cela !)


La solidarité envers les plus démunis ne sera pas oubliée : Coluche7 sera de la partie sur son char en forme de moto.


Quant à Angela Merkel, nous aurons l’occasion de la voir servir une kolossale choucroute ! (Illustration ci-dessus)


Mais qu’en est-il de sa Majesté Carnaval ? Le bruit court qu’il sera représenté sur un trône composé de pans-bagnats8 et de baguettes. Quant à la Reine, elle portera une robe en charlotte.


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Nous pouvons l’affirmer : le Carnaval est toujours fidèle à son esprit irrévérencieux mais il agit comme un antidote à la crise et c’est bien là que réside sa fonction principale.


Nous en avons l’eau à la bouche et salivons déjà d’impatience (et de gourmandise) à l’idée de vivre cette 130ème édition dans notre belle ville de Nice.


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© Jean-Luc Pichon - Centre International d’Antibes


 


1. Sa majesté Triboulet fut le premier pantin à défiler dans un cortège juché sur un char comparable à ceux d’aujourd’hui. Triboulet (de son vrai nom Nicolas Févrial) était le bouffon des rois de France Louis XII et François 1er.


2. Le Chevalier Victor de Cessole (1859-1941) est un personnage incontournable de l’histoire de la ville de Nice. Humaniste mais aussi grand amoureux de la montagne, il fut un membre éminent du Club Alpin français.


3. Ségolène Royal est une femme politique française membre du parti socialiste. Elle a été battue par Nicolas Sarkozy lors de l’élection présidentielle de 2007.


4. François Bayrou est un homme politique français centriste. Il a obtenu le 3ème meilleur score au premier tour de la présidentielle de 2007. Il est actuellement président du ModDem.


5. Les Tontons Flingueurs est un célèbre film de Georges Lautner. Il est connu pour ses dialogues écrits par Michel Audiard. Un bringueur est quelqu’un qui aime faire la bringue (en langage familier, faire la fête)


6. Maïté (pseudonyme de Marie-Thérèse Ordonez) est une animatrice et restauratrice spécialiste de la gastronomie du Sud-Ouest. Elle a présenté les émissions de télévision : La Cuisine des Mousquetaires et A Table.


7. Coluche (1944-1986), de son vrai nom Michel Colucci, était un humoriste et comédien français (cf l’Edito de janvier 2014 : Coluche et les Restos du Cœur) mort dans la région PACA suite à un accident de moto.


8. Le pan-bagnat est une sorte de sandwich rond. C’est une des spécialités de Nice.