La femme de nos vies  
 

Né le 29 juillet 1960 à Nice, Didier van Cauwelaert a publié son premier roman, Vingt ans et des poussières, aux éditions du Seuil, à 7759852427_la-femme-de-nos-vies_69322 ans, et a reçu le prix Goncourt à 34 ans pour Un aller simple.
Pas si surprenant pour un homme qui dit être devenu écrivain en apprenant à écrire à l’âge de sept ou huit ans, en découvrant que les mots servaient à raconter des histoires.
Il a déjà publié plus de trente romans, notamment Cheyenne et L’éducation d’une fée qui font régulièrement partie des œuvres au programme des collèges. Il cumule succès public et prix littéraires : prix Del Duca, prix Nimier, prix Goncourt...

La femme de nos vies est l’incroyable destin d’un homme qui a échappé à la mort pendant la Seconde Guerre mondiale en prenant l’identité d’un autre. C’est aussi la réhabilitation d’une femme, qui en dirigeant un centre de formation d’enfants surdoués, sauvait des vies. C’est une rencontre entre un homme et la petite-fille de la femme de sa vie.


Roman à une voix, tantôt dans l’Allemagne nazie puis dans un sous-marin clandestin en route vers les états-Unis, dans la maison d’Albert Einstein ou dans un hôtel à Hadamar,  en Allemagne, aujourd’hui.


[On n’attend plus rien de la vie, et soudain tout recommence. Le temps s’arrête, le cœur s’emballe, la passion refait surface et l’urgence efface tout le reste. Il a suffi d’une alerte sur mon ordinateur pour que, dès le lendemain, je me retrouve à six mille kilomètres de chez moi, l’année de mes quatorze ans. L’année où je suis mort. L’année où je suis né.] p. 7
En retrouvant Isla Schaffner là où il l’avait rencontrée, le narrateur va tout faire pour la réhabiliter aux yeux de Marianne Le Bret, avocate au barreau de Morlaix, en lutte contre les algues vertes et qui ne voit dans sa grand-mère que le monstre qu’on lui a décrit.


Le narrateur est Jürgen Bolt, un garçon de ferme qui accompagne chacun de ses veaux à l’abattoir en lui parlant du paradis qui l’attend : [Il deviendrait docteur, curé, général ou écrivain, en fonction de la personne qui, digérant ses escalopes, lui offrirait une seconde vie.] p.26. Mais le jour où il sauve Sonntag, ses parents le prennent pour un fou. Incités par les nazis à se débarrasser des enfants déficients, épileptiques, attardés, autistes, malades ou différents, ils le dénoncent pour toucher une prime.


Jürgen devient B46 à l’hôpital psychiatrique d’Hadamar. Nous sommes en 1941. Les enfants regroupés ici serviront de cobayes à la solution finale et seront les premières victimes des chambres à gaz. Le seul qui doit en réchapper s’appelle David Rosfeld. B48 est épileptique, il a un QI de 180 et va rejoindre une école de surdoués. Mais il refuse de vivre dans un monde sans âme où il a vu sa mère se faire assassiner par la Gestapo. [Nous devions tous mourir, sauf lui. Il avait quatorze ans, il était surdoué et il détenait un secret. Moi, on me croyait attardé mental. Mais ce matin-là, David a décidé que je vivrais à sa place.] (4e de couverture).


En effet David se lègue lui-même à son voisin de dortoir. Il lui remet son livre, Le Secret des atomes, et lui explique la théorie de sa mère : [Quatre-vingt-dix-huit pour cent des atomes qui nous composent qu’on soit Einstein, Hitler, une fleur ou un veau, étaient présents lors de la création du monde. C’est la même histoire qui continuait, d’âge en âge, d’être en être, que la matière paraisse inanimée ou non, dotée de raison ou pas. Il voulait que je poursuive les travaux de sa mère pour que je découvre ce qu’il appelait « l’intelligence de départ »] p. 51


C’est la première fois que quelqu’un choisit le narrateur, voit en lui une intelligence, celle du cœur. C’est dans ce regard que le narrateur puisera sa force. Toute sa vie, il s’efforcera d’être meilleur, de vivre pour deux, de vivre à la hauteur des attentes de celui qui a décidé de sa vie. Et quand tout le monde le regardera comme un génie, il en deviendra un.


Ilsa Schaffner est la directrice du centre pour élèves surdoués au château d’Helm. Comme le prédit David, elle n’a d’autre choix que d’accepter Jürgen à sa place. [C’est la peur qui les gouverne. La peur de la faute, la peur de la sanction. Maintenant que David Rosfeld a été sélectionné pour le H-Plan, maintenant que son nom est inscrit et que sa place l’attend à l’école des surdoués, il leur faut un David Rosfeld. Sinon c’est un échec. Une faute qui retombera sur la directrice d’école.] p. 41


Mais Ilsa Schaffner fera bien plus que légitimer l’échange. Elle sauvera des enfants condamnés à mourir sous le régime nazi, les formera, enverra le narrateur rejoindre Albert Einstein aux Etats-Unis, sera son premier fantasme, et provoquera ses premiers émois. Après la guerre, elle sera traînée dans la boue par tous, d’une geôle à unephoto-van-cauwelaert_1403 autre. [Si j’ai pu donner le change, passer pour un génie précoce et devenir le bras droit d’Einstein, c’est grâce à Ilsa Schaffner. Elle m’a tout appris : l’intelligence, l’insolence, la passion. Cette héroïne de l’ombre, c’est un monstre à vos yeux. Je viens enfin de retrouver sa trace, et il me reste quelques heures pour tenter de la réhabiliter. (4]e de couverture).


Le narrateur connaîtra dès lors un destin incroyable : ami d’Albert Einstein, puis bras droit des plus grands prix Nobel de physique, l’un des [meilleurs cerveaux du monde.] p. 94


Comme la plupart des romans de Didier van Cauwelaert, La femme de nos vies se lit vite, presque trop. Les personnages nous invitent à les suivre et nous embarquent au fil de leurs émotions, de leurs rencontres dans le tourbillon de la vie.


 


Site officiel de Didier Van Cauwelaert


Le livre La femme de nos vies aux éditions Albin Michel.


 


©  Fanny Tournaire - Centre International d’Antibes