Jappeloup  
 

Jappeloup


Né le 12 mars 1975 à Saint-Savin, village situé à 35 km de Bordeaux, Jappeloup aurait dû rester un cheval anonyme, un cheval sans nom comme le chante Pascal Rinaldi1. Fruit d’un croisement étrange entre un trotteur anonyme et une vieille jument pur-sang, il n’avait à première vue, rien d’un crack.


Ce cheval non seulement n’avait pas été programmé génétiquement pour remporter des victoires mais il affichait un caractère de cochon, désespérant à tour de rôle Henri Delage, son propriétaire et éleveur, et ses cavaliers successifs. Il semblait n'avoir aucun atout, aucune aptitude pour affronter le saut d'obstacles, ce qui requiert de la discipline, un esprit coopératif pour faire équipe avec son cavalier, et un physique de sauteur. Or, notre Jappeloup était dépourvu de tout ce que l’on attend d’un spécialiste des barres y compris de la taille, lui qui mesurait seulement 1,58 m.


Pierre Durand


Né le 16 février 1955, à une soixantaine de kilomètres de Saint-Savin,  Pierre Durand découvre pierre-durand-jappeloup-1988_597très tôt le monde de l’équitation et la compétition équestre. Il devient  vice-Champion de France Cadet de saut d’obstacles en 1969 et arrive 3ème lors des Championnats de France Junior en 1972.


Les études supérieures juridiques, puis son entrée dans la vie professionnelle l’éloignent quelque temps de la compétition jusqu’au jour où, de retour dans son village, il croise une nouvelle fois Jappeloup qu’il avait écarté un an plus tôt, rebuté par le petit gabarit de l’animal.


Bien qu’imprévisible, Jappeloup s’avère être un compétiteur hors normes grâce à  sa détente et à sa fougue. Convaincu  immédiatement par des qualités qu’il était loin d'imaginer, Pierre Durand accepte d’acheter Jappeloup à son éleveur. Nous sommes en 1980, cheval et cavalier entament alors un parcours qui les conduira à la gloire.


Guillaume Canet


Né en 1973, Guillaume Canet dont les parents sont éleveurs, vit très tôt entouré de chevaux. Il a 15 ans lorsque Pierre Durand et Jappeloup remportent la médaille d’or aux jeux Olympiques de il-n-etait-pas-monte-a-cheval-depuis-20-ans_915_01Séoul. Or à cette époque, [La passion de Guillaume, c'est le cheval. Il veut devenir cavalier et se destine à une carrière dans le jumping. Bête de concours hippiques,  membre de l'équipe de France de saut d'obstacles, il abandonne ses illusions de percer dans ce milieu, à 18 ans, après une mauvaise chute. "Le jumping, c'était ma destinée. Je vivais pour les chevaux."]2


Alors, Guillaume Canet va se tourner vers le cinéma qui  va devenir l’autre passion de sa vie. Il s’imposera au cours des années 2000 comme l’un des plus prometteurs jeunes du cinéma français. Aujourd’hui, que ce soit en tant qu’acteur3 ou bien réalisateur4, Guillaume Canet est l’une des plus talentueuses personnalités du 7ème art en France.
Bien entendu, l’idée de pouvoir un jour, raconter sur grand écran l’histoire légendaire du célèbre cavalier et de son cheval, s'était imposée à lui et était devenue LE projet à accomplir.


Le film


Canet  va s'attacher à en écrire le scénario et les dialogues en puisant dans le livre de Karine Devilder, Crin Noir, lui-même inspiré de l’épopée du cavalier et son cheval, mais aussi en se référant abondament à sa propre vie de jeune cavalier. D’autres passionnés jappeloup-affiche-500_680d’épreuves équestres, se joignent au projet : l'actrice Marina Hands, César de la meilleure actrice en 2007, sera la femme de Guillaume Canet dans le film, elle qui fut, aux dires de l'acteur, son premier amour lorsque tous deux, à 14 ans,  faisaient les championnats de France d'équitation ensemble. Le réalisateur Christian Duguay, ex-membre de l’équipe d’équitation du Canada sera, lui, choisi pour tourner Jappeloup. Le casting, particulièrement soigné, est complété par Daniel Auteuil qui deviendra le père de Pierre Durand. Le chanteur, Jacques Higelin sera l’éleveur et premier propriétaire du cheval et la très jeune Lou de Laâge sera Raphaëlle, la palefrenière.


La belle histoire, la belle destinée de Jappeloup nous est admirablement racontée. Avec au tout début du film la passion des chevaux et du sport équestre qui animent tant le père (Daniel Auteuil) que son fils (Guillaume Canet). Tous deux parcourent la France avec leur cheval lors de longs et spartiates voyages dans leur camion sommairement aménagé. Leur proximité fait partie de cette belle leçon de vie qu’offre le film. Ainsi, quand, après les premières victoires remportées avec Jappeloup vient l’heure du choix entre une prometteuse carrière d’avocat ou une hypothétique carrière de sportif de haut niveau avec la poursuite des sacrifices que celle-ci suppose, le père tiendra ce discours : "Faut que tu fasses un choix : avoir une vie de petit bourgeois ou celle d'un cavalier qui travaille dur pour être un jour champion olympique à Séoul. Parce que c’était ton rêve…et c’est devenu le mien".


Car la morale de ce film, est avant tout question d'empathie, d’amitié, de générosité et de relations bienveillantes qui sont capables de porter l'homme, le sportif, vers des sommets qui semblent inatteignables.


Pour preuve les relations, dans un premier temps quelque peu chaotiques, entre un Jappeloup indiscipliné, rebelle, et un cavalier trop centré sur lui-même, coléreux et dépité après certains échecs cuisants. Un homme décidé à tout arrêter mais qui réalise ses erreurs et repart sur de nouvelles bases après avoir été sévèrement sermonné par la jeune Raphaëlle  "Vous parlez de médailles, de dollars, de carrière, mais lui, vous pensez à lui ? Vous n’avez rien compris vous… Il a besoin de votre confiance et vous de la sienne. C’est pour ça qu’il s’arrête devant l’obstacle."


Si Pierre Durand-Guillaume Canet réussit ce n'est pas uniquement par son talent de cavalier et les aptitudes de Jappeloup. C'est grâce à l'équipe que forment autour de lui un certain nombre de personnes comme Raphaêlle, mais aussi ses équipiers et entraîneur de l'équipe de France, et surtout grâce à l'éducation, aux valeurs que son père lui a transmises, à sa présence à ses côtés lors de ces interminables traversées de la France. Parmi toutes ces personnes qui l'entourent et le guident, signalons la formidable présence de sa femme qui, peut-être aussi du fait qu'une parfaite complicité née du temps où tous deux partageaient le même amour pour la compétition les lie, sait à tout moment, trouver les mots et l'attitude justes pour le "remettre en selle".


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Jappeloup est un très beau film qui nous entraîne dans une belle aventure à la fois humaine et sportive et qui a toute sa place en classe de français.


 


© Alexandre Garcia – Centre International d’Antibes


 


1. Le chanteur suisse Pascal Rinaldi, dans son dernier album Traces, 2012, chez Disques Office, chante Un cheval sans nom reprise en français du célèbre tube  A Horse without name du groupe America.


2. Extrait de la biographie présentée sur le site officiel de Guillaume Canet


3. Guillaume Canet acteur a joué entre autres dans les films suivants : Je règle mon pas sur celui de mon père; La plage (The Beach); Vidock; Joyeux Noël; Ensemble c'est tout; Espions; L'affaire Farewell; Une vie meilleure...


4. Comme réalisateur citons Ne le dis à personne (César du meilleur film en 2007) et Les petits mouchoirs.