150 idées reçues sur la France  
 

Ces 150 "vérités" se sont imposées au fil du temps, accueillies bien souvent par la propension des Français à l’autocritique, pour ne pas dire à l’autodénigrement ou à l’autoflagellation. "J’essaie de réfléchir sur les chiffres, de lire entre les lignes, nous avons trop tendance à nager dans le pessimisme" : Michel Musolino va donc décortiquer toutes sortes de chiffres pour contredire ou confirmer chacune de ces affirmations, notamment économiques ou sociétales. Largement répandues dans l’opinion publique, elles l'étaient au sein même de la classe politique comme cela s'est avéré pendant les récentes campagnes électorales du printemps 2012 ; elles étaient bien souvent servies accompagnées d'une comparaison avec l'Allemagne et de conclusions largement défavorables à l’Hexagone.


ach003053614.1329748055.580x580_580Le livre de 363 pages, permet à l'auteur de proposer pour chaque idée reçue, une brève explication de deux ou trois pages introduite par une maxime, elle-même suivie d'un verdict final tantôt ferme (Vrai, Faux), ou bien mitigé (Faux mais… ,  Vrai mais…). Cette succession de récits explicatifs courts donne à l’ensemble de l’ouvrage un caractère alerte et plaisant d’autant plus que Michel Musolino structure son analyse de la France en quatre chapitres : Politique : une certaine idée de la France ; Société : le modèle social français et son ombre ; L’économie française : la puissance ou le déclin ? ; La culture française : rayonnement universel ou chef-d’œuvre en péril ? Une table des matières située en pages 357 à 363 permet au lecteur d'aller consulter directement l'idée reçue qui l'intéresse.


Nous allons, en guise de présentation, revenir sur trois des douze clichés de notre introduction en y associant des morceaux choisis.


Ainsi pour la première qui affirme qu'en France on travaille moins qu’ailleurs : [Plus qu’une réalité, les 35 heures sont un symbole. Le vecteur d’une idée forte : en France, on travaille moins qu’ailleurs. Aux 35 heures il faut ajouter les 5 semaines de congés payés, la retraite (autrefois) à 60 ans, les congés maternité et paternité, les jours fériés1, sans oublier l’entrée tardive des jeunes dans le marché du travail et la sortie prématurée des (jeunes) vieux de ce même marché. Quel Pays !
Cette idée est pourtant globalement fausse. Les chiffres, si on se donne la peine de les lire, sont clairs : la France se situe dans la moyenne des pays comparables. Les Français travaillent, en durée annuelle, 1559 heures, l’Allemagne 1432, les Pays-Bas 1413 et le Royaume-Uni 1607. Encore faut-il savoir de quoi parlent ces chiffres. La durée annuelle peut être établie de deux manières : en prenant en compte les employés à temps partiel ou en les excluant. Si on exclut le temps partiel, la durée moyenne du travail s’allonge notamment dans les pays où il est le plus développé. Or, le temps partiel ne concerne en France que 15% de la population active contre 47% au Pays-Bas et 25% en Allemagne, Royaume-Uni, Belgique ou Autriche.

'...) Et du point de vue de la productivité, la France n’a de leçons à recevoir de personne, bien au contraire. Par rapport à la moyenne européenne (Europe des 27 = 100) , la productivité par heure de travail en France est à 121, en Allemagne à 107, au Royaume-Unis à 110 (Eurostat 2008). Selon l’OCDE, on produit par heure de travail, 53 dollars en France, contre 50 en Allemagne (2008)
.] P 177-178


Quant aux universités françaises, seraient-elles nulles ? [Au classement publié par l’université de Shanhaï, on ne trouve que 3 établissements français sur 100 (…) Il faut dire que les critères de classement sont particulièrement néfastes pour la France : nombre de prix Nobel, publications dans les revues internationales – on sait que la domination du monde anglo-saxon et de l’anglais dans ces domaines nous destine au rang de parias. C’est un autre son de cloche lorsqu’on prend en considération des éléments moins académiques, plus concrets comme la capacité à former des dirigeants. L’Ecole des mines a établi un classement basé sur la formation des dirigeants des 500 plus grandes entreprises du monde. A ce classement, quatre écoles françaises figurent dans les dix premières (HEC, Polytechnique, Sciences Po et l’ENA). Mais ce ne sont pas des universités. Le fond du problème est bien dans la fracture qui en France sépare deux mondes parallèles : celui des universités et celui des grandes écoles. Pur produit de la méritocratie à la française, ce système fait que l’excellence est canalisée vers les grandes écoles et laisse le reste de l’enseignement supérieur dans l’ombre.] P 327


Qu’en est-il de l’idée selon laquelle en France on ne parle pas d’argent à table ? [On connaît les rapports particuliers des Français avec l’argent. Quelles en sont les origines ? On pense d’abord au fond catholique de la culture française. Le catholicisme s’est toujours méfié de l’argent : « Il est plus facile à un chameau de passer par le chas d’une aiguille que pour un riche d’entrer au royaume des cieux » est écrit dans les Evangiles (Marc10,25) (…) Quelqu’un de riche est forcément quelqu’un de louche (…) La presse conservatrice n’a de cesse de critiquer cette attitude française qui consiste à montrer d’un doigt inquisiteur les riches et qui les pousse à quitter le pays2. Cet ostracisme frappe plus particulièrement les hommes politiques. On l’a vu avec les mésaventures de Nicolas Sarkozy, et encore plus avec celles de Dominique Strauss-Kahn, dont les frasques sexuelles ont probablement moins choqué les Français que le déballage de la fortune de sa femme, ou de ses amis. D’après la sociologue Janine Mossuz-Lavau, en France, « l’argent est plus tabou que le sexe ». Elle a parfaitement raison.] P 135-136


michel_musolino_-_nouvel__ouvrage_2_210_01Michel Musolino signe donc un livre que nous recommandons à tous ceux qui s'intéressent à la vie en France. L'auteur est né en Italie à Podargoni dans la province de Reggio de Calabre, en 1955. Il arrive en France en 1967. Il poursuit sa scolarité au lycée italien de Paris puis entre à Sciences Po. Il devient ensuite professeur  d’économie. Il est surtout connu pour son ouvrage à succès, L’économie pour les nuls.
Le fait d’avoir cette double culture italo-française, et de se situer par conséquent, naturellement, dans une démarche comparatiste a contribué sans doute à porter ce regard différent, à contre-courant de la pensée dominante, profondément pessimiste qui a cours en France. A noter que Michel Musolino ne délaisse pas pour autant son Italie natale puisqu’on lui doit le très sarcastique Berlusconneries : Les joies du camping et du bronzage (Le Cherche Midi 2009), titre emprunté à une célèbre déclaration du Cavaliere3 qui face à la détresse des réfugiés du tremblement de terre d’Aquila, installés sous des tentes, avait comparé leur situation à un week-end en camping.


 


© Alexandre Garcia – Centre International d’Antibes




1. Le calendrier social français compte 11 jours fériés. Ainsi, pour l'année 2013 : le 1/01 (Jour de l'An); le 1/04 (lundi de Pâques); le 1/05 (Fête du Travail); le 8/05 (Victoire 1945); le 9/05 (Ascension); le 20/05 (Pentecôte); le 14/07 (Fête Nationale); le 15/08 (Assomption); le 1/11 (Toussaint); le 11/11 (Armistice 1918); 25/12 (Noël). En réalité la journée de Pentecôte est travaillée au profit des personnes âgées et le 14 juillet tombant un dimanche, les salariés français bénéficieront en 2013 de 9 jours fériés et chômés.


2. Voir le bruit causé par le récent épisode concernant l'acteur Gérard Depardieu. Une polémique s'en est suivie touchant le milieu du cinéma après la tribune du distributeur et producteur Vincent Maraval publée le 28 décembre 2012 par le journal Le Monde où il s'en prenait aux acteurs français qu'il jugeait scandaleusement payés. Lire également "Le statut du riche en France" dans l'édito du mois de janvier 2012 : 17 millions de Français touchés par le film Intouchables


3. On trouve dans ce petit livre de Musolino quelques perles prononcées par Berlusconi au sujet de la France : "J’aime la France et je continue de l’aimer. Il suffit de compter les fiancées que j’y ai eues." (La Repubblica, 31 janvier 2007).
"Il n’y a pas de modèle Sarkozy. C’est moi son modèle. Il m'a copié. Ce n’est pas par hasard si c’est moi qu’il a appelé le premier après avoir gagné les élections." (La Stampa, 9 mai 2007)


Pour le cliché selon lequel Les Français détesteraient les Allemands (qui est faux) nous vous renvoyons vers l'édito de ce mois-ci.
Pour l'idée selon laquelle Les Français sont pessimistes (qui est vraie) Consultez l'édito du mois de février 2011 "Les Français champions du monde du pessimiste".