L’Europe, prix Nobel de la paix 2012  
 

europe3_500L'Europe, cette entité géopolitique, culturelle, historique qui, pendant si longtemps, s'était entêtée à faire de son territoire un lieu de destruction, vient de recevoir la plus prestigieuse et la plus noble des récompenses.


Elle intervient 60 ans tout juste après la création de La Communauté européenne du charbon et de l'acier. Ces matières symbolisaient la puissance et, en conséquence, revêtaient des enjeux considérables à une époque où le pétrole n'avait pas l'hégémonie qu'il a acquise depuis1. Ce partenariat créé autour des deux matières stratégiques est le point de départ d'une aventure politique et humaine totalement inédite.


Le prix Nobel de la paix célèbre aujourd'hui ce nouveau départ pris dès 1950 avec la déclaration du 9 mai prononcée par Robert Schuman, quelques années à peine après la fin d'une guerre qui venait d'ajouter sa monstruosité aux horreurs perpétrées au début du siècle par la guerre 14-18.


Cela fait bien presque sept décennies que les grandes puissances européennes ont pris la résolution de s'employer à construire un avenir commun plutôt que de s'évertuer à séparer leurs peuples. Un beau projet qui aurait fait s'écrier « Science-fiction ! Impensable ! » à tout citoyen pris dans la tourmente du début des années 40.


Mais au sortir de la seconde guerre mondiale, c'est une double résolution que prennent les pays de l'Europe de l'Ouest : celle de s'employer à œuvrer pour la paix et de s'engager résolument dans la démocratie et le progrès social.
La France, meurtrie par des années de conflit et traumatisée par la barbarie qui s'était répandue partout, y compris sur son propre sol, s'engagea comme les autres sur cette voie qui devait asseoir une société différente, basée sur la justice sociale et le progrès. Ce fut le Conseil National de la Résistance qui fut chargé de mettre en place les piliers de la France nouvelle qui avait pour nom Education pour Tous, Santé, Justice, Démocratie comme le rappelle Stéphane Hessel dans son petit livre au succès aussi inattendu que phénoménal.


Les nationalismes qu'on remplaçait par un désir nouveau, des liens amicaux que tissaient des partenaires mus par un même objectif de paix, des frontières qu'on abattait, des économies qui s'en trouvaient stimulées, un environnement législatif inédit que l'on élaborait, tourné vers la création d'une société de justice et de bien-être. Voilà la nouvelle Europe qui se mettait en marche, assez surréaliste au vu de son histoire lointaine ou récente.jaclelievreprix-nobel-de-la-paix_354


Le 12 octobre 2012, c'est à cette Europe que le comité Nobel a décerné le prix de la paix pour avoir "contribué pendant plus de six décennies à promouvoir la paix et la réconciliation, la démocratie et les droits de l'homme en Europe" et, pour l'exemple, donné au reste de la planète car, nulle part ailleurs, un rapprochement institutionnel transnational comparable n'a pu avoir lieu.


On ne dira jamais assez l'exploit politique réalisé : alors que, durant des siècles, chaque peuple avait bâti sa propre identité par opposition aux autres, alors que les différentes cultures, les particularismes avaient été instrumentalisés pour servir des nationalismes exacerbés qui, partout renforçaient des frontières, élevaient des forteresses tout en s'ingéniant à concevoir des dispositifs capables de les neutraliser, voilà que depuis plus d'un demi-siècle, nous employons toute notre énergie à construire un nouvel espace géopolitique, nous mettons en commun, nous nous ouvrons les uns aux autres, nous prenons conscience de la richesse que supposent nos multiples cultures et la diversité de nos langues.


Nous, professeurs de langues en Europe, le savons bien, nous qui sommes en première ligne dans cette dynamique d'ouverture aux autres formes de pensée, celles de nos étudiants qui arrivent de tous horizons pour apprendre nos langues respectives.
Nous savons les très nombreux dispositifs mis en place par l'Union européenne pour encourager l'apprentissage des langues et la mobilité au sein de l'Europe. Rappelons notamment la décision de juillet 2000, du Parlement européen et du Conseil de l'Europe, déclarant l'année 2001, l'Année européenne des langues, ou encore l'instauration du Cadre européen commun de référence pour les langues, à l'initiative du Conseil de l'Europe, point de départ d'une politique éducative européenne commune en matière d'enseignement des langues étrangères au sein de notre nouvel espace communautaire.


Aujourd'hui, l'édifice paraît bien fragilisé, de nouveaux nationalismes se font entendre, nous ne paraissons plus sûrs de rien. Une frilosité nous tétanise. Nous semblons égarés dans une impasse et nos vieux démons semblent prêts à ressurgir. C'est précisément le moment qu'a choisi le comité Nobel pour nous encourager, nous enjoindre de mesurer le miracle qui s'est produit, de continuer à avancer et de ne pas renier les valeurs de paix, de justice et de progrès social qui ont été celles des bâtisseurs.

Il est plus que jamais réconfortant de jeter un coup d'oeil en arrière pour voir l'immense chemin parcouru, l'énorme travail accompli par la volonté de quelques hommes2. Ce prix leur rend hommage.


 


 


© Alexandre Garcia – Centre International d'Antibes


 


1. Rappelons que la Tour Eiffel avait été construite à la gloire de l'acier et du savor-faire industriel (et militaire) acquis par la France dans ce secteur.


2. Les Français Robert Schuman et Jean Monnet, les Allemands Konrad Adenauer et Walter Hallstein, les Italiens Alcide de Gasperi et Altiero Spinelli, les Hollandais Johan Willem Beyen et Sicco Mansholt, le Belge Paul-Henri Spaak et le Britannique Winston Churchill sont considérés comme les pères fondateurs de l'Union Européenne.







DECISION N° 1934/2000/CE du Parlement européen et du Conseil, du 17 juillet 2000, établissant l'Année européenne des langues 2001 [Journal officiel L 232 du 14.09.2000]. (EXTRAITS)


L'Année européenne est dotée de cinq objectifs spécifiques parmi lesquels :


- Mieux sensibiliser la population à la richesse de la diversité linguistique au sein de l'Union européenne et à la valeur en termes de civilisation et de culture que cette richesse représente. La diversité linguistique représente non seulement un élément essentiel du patrimoine européen mais aussi un aspect crucial pour son avenir, notamment dans le contexte de l'élargissement imminent de l'Union européenne. La prendre en considération dans son intégralité est une condition préalable à l'édification d'une Europe où tous les citoyens jouissent d'un statut et de droits égaux (…)
Il ne suffit pas d'encourager l'apprentissage de langues, déjà très répandues : pour vraiment dialoguer entre Européens, il faut véritablement comprendre la langue de l'autre et, en conséquence, sa culture. Ce dernier élément constitue par ailleurs un des objectifs du programme Culture 2000. Cela donnera un contenu tangible au concept de citoyenneté européenne et contribuera à l'éradication de la xénophobie, du racisme, de l'antisémitisme et de l'intolérance ;


- Encourager le multilinguisme ; porter à l'attention du plus large public possible les avantages que procure la maîtrise de plusieurs langues : La promotion de l'apprentissage des langues permet une meilleure communication entre les citoyens de l'UE. Elle favorise la compréhension interculturelle. Elle élargit les opportunités personnelles et professionnelles ainsi que l'accès réel aux droits confiés par la citoyenneté européenne, notamment le droit de vivre et de travailler partout dans l'UE. Elle améliore la compétitivité de l'économie européenne;


Pour plus d'information : http://europa.eu/legislation_summaries/education_training_youth/lifelong_learning/c11044_fr.htm


 










logo_346_01Recommandation CM/Rec(2008)7 du Comité des Ministres aux Etats membres (EXTRAITS)


sur l'utilisation du Cadre européen commun de référence pour les langues (CECR) du Conseil de l'Europe et la promotion du plurilinguisme


(adoptée par le Comité des Ministres le 2 juillet 2008,
lors de la 1031e réunion des Délégués des Ministres)


Le Comité des Ministres, selon les termes de l'article 15.b du Statut du Conseil de l'Europe,


Considérant que le but du Conseil de l'Europe est de réaliser une union plus étroite entre ses membres et que ce but peut notamment être atteint par des mesures communes dans les domaines de l'éducation et de la culture ;


Etant donné l'article 2 de la Convention culturelle européenne (STE no 18) signée à Paris le 19 décembre 1954 ;


Considérant que la formulation et la mise en œuvre de politiques éducatives et culturelles dans le domaine des langues pourraient être facilitées par des accords, au niveau européen, destinés à favoriser la coopération entre les Etats membres et entre leurs autorités et instances éducatives ;


Reconnaissant le droit à une éducation linguistique de qualité comme une composante essentielle du droit fondamental à l'éducation ;


Conscient de la nécessité croissante de donner à tous les Européens les moyens de relever le défi d'une mobilité internationale intensifiée et d'une coopération plus étroite non seulement dans les domaines de l'éducation, de la culture et des sciences, mais également dans les affaires, le commerce et l'industrie, comme dans tout parcours personnel ;


Soulignant l'importance politique, pour aujourd'hui et pour demain, du développement d'actions et de stratégies spécifiques pour promouvoir le plurilinguisme, et pour diversifier et intensifier l'apprentissage des langues dans un contexte paneuropéen ;


Gardant à l'esprit les bénéfices pour les Etats membres des réalisations du Conseil de l'Europe dans le domaine de l'éducation aux langues ;


Prenant en compte :


- la valeur ajoutée du Cadre européen commun de référence pour les langues (CECR) et d'autres instruments connexes conçus par le Conseil de l'Europe pour la définition et la mise en œuvre de politiques linguistiques éducatives dans les Etats membres ;


- l'importance croissante du CECR en tant que norme européenne de référence pour l'éducation linguistique ;


- le rôle de référence grandissant du CECR pour les initiatives lancées par la Commission européenne, comme le Cadre européen de certifications (CEC), Europass et l'indicateur européen des compétences linguistiques ;


- les besoins exprimés par les Etats membres dans une récente enquête sur l'utilisation du CECR, conduite par la Division des politiques linguistiques du Conseil de l'Europe ;


 


Recommande aux gouvernements des Etats membres :


- d'utiliser tous les moyens à leur disposition pour mettre en œuvre les mesures énoncées dans l'Annexe 1 à cette recommandation concernant l'élaboration de leurs politiques linguistiques éducatives, conformément à leur constitution, à leur contexte national, régional ou local et à leur système éducatif ;


 



Annexe I à la Recommandation CM/Rec(2008)7


Mesures à prendre concernant l'utilisation du Cadre européen commun de référence pour les langues (CECR) du Conseil de l'Europe et la promotion du plurilinguisme

 


A. Principes généraux et mesures à prendre par les autorités responsables de l'éducation aux langues aux niveaux national, régional et local


Les autorités éducatives nationales, régionales et locales sont invitées à :


1. instaurer et/ou maintenir les conditions favorables à l'utilisation du CECR comme outil pour une éducation plurilingue cohérente, transparente et efficace, en vue de promouvoir la citoyenneté démocratique, la cohésion sociale et le dialogue interculturel, conformément à la politique du Conseil de l'Europe telle que réaffirmée par le Troisième Sommet des Chefs d'Etat et de Gouvernement des Etats membres (Varsovie, 2005) ;


2. instaurer et/ou maintenir les conditions nécessaires à l'utilisation du CECR comme outil de référence :


2.1. afin de promouvoir et de faciliter la coopération entre les institutions éducatives au sein et entre les Etats membres ;


2.3. afin de fournir des orientations pour diversifier l'apprentissage des langues dans les systèmes éducatifs pour maintenir et développer le plurilinguisme des citoyens de l'Europe, en tant que moyen de construction de la connaissance et de développement des compétences, et afin de renforcer la cohésion sociale et la compréhension interculturelle.