Pauline détective  
 

Tout commence par l’invraisemblable : une femme ravissante, Pauline (Sandrine Kiberlain), allongée sur un divan de psy, magnifiquement habillée, une chevelure à la Lauren Bacall version hollywoodienne papier glacé, des courbes sensuelles soulignées par un gros plan digne d’une scène érotique d’un *giallo italien, évoque ses climats intérieurs et sa quête du bonheur; tout cela sur un ton de diva qui lirait la rubrique psycho d’un magazine de presse dont les tenants et les aboutissants sont aussi incohérents que l’horoscope du mois. Elle croit au bonheur, elle le sent, et le plan suivant, elle se fait plaquer. La déprime tombe et sa sœur ( Audrey Lamy, reconnue du grand public grâce à son César du meilleur espoir féminin dans la comédie Tout ce qui brille de Géraldine Nakache en 2010) décide de l’emmener en vacances dans un hôtel sur la côte italienne.


560_222439_801Le ton est donné, il sera résolument décalé, et nous voilà entraînés avec brio dans cette comédie-polar magistralement menée. Le troisième long-métrage de Marc Fitoussi est un roman photos en technicolor, un clin d’œil à Jacques Demy, une enquête digne des romans de la bibliothèque verte. Il assume ces références, les explore à l’excès et dirige ainsi ses acteurs avec un regard amusé. Son actrice-phare, Sandrine Kimberlain, déjà présente dans son premier long-métrage, La vie d’artiste, est remarquable dans ce rôle de journaliste pour la revue Détective qui s’improvise enquêtrice. Glamour et glacée, moqueuse à souhait, elle navigue avec grâce et drôlerie au gré de péripéties plus invraisemblables les unes que les autres.


Une satire sociale comme autant de légendes apparaissant dans des phylactères pour déshabiller les milieux branchés de la presse (Pauline) et du people (sa sœur) mais aussi les franchouillards (le couple intenable aux heures des repas joué par Anne Benoît et Elie Lison) des clubs touristiques qui ne font qu’attiser le mauvais stéréotype du Français traquant le menu du jour avec l’ardeur d’un randonneur. Les Italiens eux non plus n’échappent pas à la moquerie : manigances mafieuses, scène passionnée et violente de la belle brune italienne affreusement jalouse qui n'hésite pas à massacrer la belle décapotable de son ex en voyant Pauline au volant, ou le fringant plagiste italien Simone, au polo moulant qui a encore besoin de sa grand-mère pour lui faire son ourlet de pantalon, paulinedetective604-604x400_604interprété avec talent par Claudio Santamaria.


En caricaturant tous ces poncifs, grâce à un jeu d’acteurs dirigé avec légèreté, les incohérences glissent et le rire l’emporte. Le passage où la sœur de Pauline transporte, aidée de son mari, le cadavre d’une vieille dame dans le couloir de leur hôtel est digne de clichés de roman-photos pour Détective. Les scènes sont rythmées par la bande originale de Sean O'Hagan qui réussit un coup de maître en remaniant une tarentelle du folklore italien sur Shout to the top. Une allure soutenue grâce à des actrices pétillantes et lumineuses, même si la vraisemblance de la narration n’est pas le propos du réalisateur. L'enquête suit son cours, l’intrépide et curieuse Pauline trouvera finalement l’auteur du crime. Des quiproquos qui entraînent des rebondissements, des mensonges insensés pour brouiller les pistes, rien ne résiste à Pauline qui nous livre le coupable, servi comme sur un plateau de télé-réalité.


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En bref, si vous ne pouvez pas porter de banane même au cœur de la déprime parce que c'est trop moche, que vous êtes prêt(e) à prendre pour second votre plagiste italien dans votre enquête criminelle, que vos idées fusent dans votre esprit comme des gros titres de journaux, que vous êtes capable de danser du folklore italien en restant chic, et que vous avez toujours aimé les fins heureuses du cinéma avec un baiser sur grand écran, alors vous aimerez Pauline Détective ! On en sort le cœur léger comme sur un chemin de plage en été, encore traversé par ces images technicolor et bercé par cette musique pop. On a le sourire et c’est ce qu’on attend d’une comédie réussie !


*Le giallo qui emprunte son nom à celui donné en Italie au roman policier est un genre cinématographique principalement italien qui mêle du cinéma policier, du cinéma d'horreur et de l'érotisme, particulièrement renommé dans les années 1960 à 1980. Les réalisateurs-phares du giallo sont Mario Bava et Dario Argento.


© Muriel NAVARRO – Centre International d'Antibes