La chirurgie des sentiments  
 


5412690053764_400Deux passions, qu’elle mène simultanément de front, animent Françoiz Breut et orientent sa vie d’artiste. La première est le dessin, peut-être est-ce ce qui la conduisit, en 1993, à s’installer non loin de Cherbourg, sa ville natale, à Bruxelles qui est un haut lieu de la bande dessinée francophone. L’autre est la chanson grâce à sa rencontre avec Dominique A, au début des années 90 à Nantes.


Françoiz Breut a fait un long chemin avec lui. De leur complicité elle a gardé le goût de l’aventure musicale : une exigence tenace pour bâtir leur propre parcours en dehors des sentiers battus. La facilité ne les intéressant nullement, l’un et l’autre se placent, grâce à l’énergie poétique de leurs textes associée à une recherche musicale, dans le sillage du grand Alain Baschung et contribuent avec d’autres (Miossec, Louise Attaque…), à faire évoluer la chanson française.


La chirurgie des sentiments est le 5ème album musical de Françoiz Breut. A la première écoute, dès les premières mesures de l’album avec la chanson Bruxelles Bleuette, où elle dit son amour à sa ville d’adoption, sa voix nous envoûte et l’orchestration participe à créer immédiatement l’univers dans lequel Françoiz entend nous conduire.


La deuxième chanson Marie-Lise achève de nous y transporter. Voix mélodieuse qui se positionne dans une intimité susurrée associée à une orchestration épurée constituent la recette magique grâce à laquelle cet album nous invite dans un ailleurs que réitèreront par la suite, l’Astronome (perdu dans son ciel étoilé) : Il a les yeux qui en disent long sur ce qu’il ne connaît pas / quand il plisse les paupières c’est pour mieux regarder en l’air / Il navigue dans le temps bien au-dessus des nuées… puis La gomme, quatrième chanson qui semble avoir été créée par Françoiz la dessinatrice : J’ai gommé le monde par endroits / Si la terre a remplacé le ciel / c’est pour mieux voir la chevelure des arbres / elle s’agite sur la voûte de l’arc-en-ciel


Un univers particulier traverse l'ensemble de l'album, à la fois pop, délicat, intimiste, mélancolique et élégant, à la création duquel contribuent Stéphane Daubersy, son complice guitariste pour la musique qui sait à merveille envelopper les textes de la chanteuse, les frères Laureau, Nicolas à la production de l’album et Fabrice au mixage et l'Américain Shane Aspergren du groupe Berg Sans Nipple, à la batterie.


Elle, qui compte des collaborations avec Calexico1 (Keeper of the Flame, ma colère), les Walkabouts (Everyone Kisses a Stranger) et les Français Dominique A, Yann Tiersen, Louise Attaque, Katerine entre autres, affirme aujourd’hui une identité musicale arrivée à maturité et déjà perçue dès son troisième album Une saison volée2 (2005). Souhaitons-lui que le travail d’orfèvre présenté par cet opus, soit un déclencheur, qu’il permette à Françoiz Breut de s’affirmer encore davantage dans le paysage musical français.image_0035_300


La sortie de La chirurgie des sentiments tombe, par ailleurs, à pic avec le changement de saison. Celle qui a quelque chose d'une autre Françoise3 nous offre un disque à déguster en automne alors que les couleurs changent et que les feuilles mortes se ramassent à la pelle4.


 


© Alexandre Garcia – Centre International d’Antibes


 


1. Voir sur Youtube Calexico et Françoiz Breut au Barbican, London, 2004
2. Ecouter sur Youtube l'une des chansons de cet album: Le ravin
3. Françoise Hardy
4. Paroles empruntées au poète Jacques Prévert, chantées par Yves Montand


Ecouter l'album La chirurgie des sentiments sur Deezer