A quelques semaines du 22 avril, qu'attendent donc les Français de l'élection présidentielle ?  
 

logo021_414Une campagne pâlichonne



La première constatation est que 2012 ne ressemble en rien à 2007. Tout au moins par l’état d’esprit qui règne dans le pays. La précédente élection présidentielle avec Nicolas Sarkozy et Ségolène Royale en têtes d’affiches, avait mobilisé l’électorat comme rarement.
Dès l’automne 2006, la campagne battait son plein. Il y eut foule pour s’inscrire sur les listes électorales avant le 31 décembre. Les Français, alors, fondaient de grands espoirs dans une élection qui mettaient aux prises deux visions de l’avenir de la société avec deux personnalités qui entendaient sortir le pays du grand sommeil dans lequel, pensaient-ils, l’avaient plongé les années Chirac. Après l’hibernation, l’heure était à l’action et à l'amélioration de l'état de la France qui allait suivre.  Partout on vota en masse y compris dans les banlieues qui cherchaient à  dépasser le traumatisme de l'automne 2005. L’abstention au premier tour n’atteignit que de 16,2%, un excellent score, le meilleur depuis 1974.

Le quinquennat passa sans que les Français aient eu à un moment le sentiment que leur vie quotidienne était en train de s’améliorer. Bling-bling et crise emportèrent les derniers espoirs. La désillusion fut à la hauteur des attentes et les Français se retrouvèrent en janvier 2011 avec le titre peu glorieux de champions du monde du pessimisme.

Pour l’élection du 22 avril 2012, la motivation n’est pas au rendez-vous. Les inscriptions sur les listes électorales sont bien en deçà des chiffres de 2006. Plusieurs responsables politiques s’étaient d’ailleurs étonnés en novembre 2011, d’apprendre que, cette fois-ci, la traditionnelle campagne publique appelant les Français à s’inscrire en vue de l’élection présidentielle et des législatives à venir, ne serait pas menée.

Au palmarès des régions les moins concernées par les élections majeures du pays, l’INSEE constatait récemment que l’Ile-de-France enregistrait pour 2012 les pires chiffres en termes de nouvelles inscriptions occupant la dernière place avec une baisse de 15,1% par rapport à 2006 et que les départements de la banlieue parisienne concentraient le plus faible taux d’inscriptions.

De toute évidence cette élection ne passionne pas les Français, pourtant avides d’informations comme l’ont prouvé les audiences des récentes émissions politiques; ainsi, selon le sondage Ipsos-Logica pour France Télévisions, radio France et Le Monde rendu public le 6 mars, il en ressortait que pour 65% des personnes interrogées la campagne "n’était pas intéressante", contre 34%  qui la trouvaient "intéressante", 1% ne se prononçant pas.

On ne s’étonnera donc pas d’apprendre que dans cette campagne qui, manifestement, n’est pas l’élection de l’espoir, l’abstention, nourrie par la frustration, risque d’atteindre des niveaux record. Elle est aujourd’hui, à quelques 3 semaines du premier tour,  estimée à  32%, du jamais vu pour une présidentielle en France, exactement le double d’il y a cinq ans.


 


Qu'attendent les Français de cette élection ?



1925537_act1_720Selon le sondage BVA sur les attentes des Français dans la campagne électorale pour le quotidien Le Parisien, aujourd'hui en France, publié le 27 mars, lorsqu’on pose la question suivante aux personnes interrogées : « quel thème pèsera le plus dans votre vote lors de l’élection présidentielle ? »

Le pouvoir d’achat arrive en tête à 42%. L’INSEE a beau nous répéter que l’inflation est restée, au cours de ces années, à un niveau faible, voire très faible comparée à ce qu’elle fut jusqu’au milieu des années 1980, il en est de l'inflation sous l'ère de l'Euro comme de la température annoncée désormais par les bulletins de météorologie : bien entendu, il y a le chiffre officiel et... il y a le niveau ressenti, et ça change tout.



En deuxième position à 30%, les Français placent le chômage. Les chiffres n’ont cessé de se détériorer depuis la crise intervenue en 2008. En février 2012, le chômage a atteint 9,4% de la population active avec 2,7 millions de personnes touchées. Ce taux de chômage nous ramène 13 ans en arrière.

La croissance économique à 23%, la dette publique de la France à 20%, et la question de la pauvreté et la précarité à 18%, complètent les craintes des Français à l’égard de l’économie et de ses impacts sur les réalités de leur vie quotidienne.
Quant à la problématique de l’école et l’éducation elle suit à 17%.

Complétons ces données par les résultats obtenus par l’Institut Harris Interactive dans un sondage réalisé pour Liaisons sociales Magazine et publié le lundi 2 avril. Il aide également à comprendre ce qui est important pour les Français et quelles sont leurs attentes. On y apprend que 82% d’entre eux sont «attachés au modèle social français», 86% considèrent qu’il est une «composante importante de l'identité nationale», alors que 9 Français sur 10 estiment qu’ils ont «la chance de disposer d'une protection sociale plus forte que dans les autres pays».

Mais qu’est-ce qui constitue justement ce modèle social français ? Les personnes interrogées citent tout d’abord (à 96%) notre système d’assurance maladie, suivi du smic (le salaire minimum) et du code du travail puis l’assurance chômage (successivement à 92%, 91% et 90%). Le système de retraite (89%), les allocations familiales (83%) et les services publics (82%), suivis des minima sociaux (74%).

Et l’insécurité et l’immigration - me direz-vous - ne constituent-elles pas le fonds de commerce de nombre de politiques? Ces thèmes sont bien là, mais placés par nos concitoyens en queue de leurs préoccupations, au neuvième rang à 8% chacun si l'on s'en tient au sondage BVA pour Le Parisien.
A noter que ce sondage a été réalisé une semaine après les tueries perpétrées à Toulouse et ses environs, par le terroriste djihadiste français Mohamed Merah les 11, 15 et 19 mars.


 


© Alexandre Garcia – Centre International d’Antibes