Cloclo  
 

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Incroyable surprise que ce film CLOCO, puisqu’il fera l’ouverture du seizième festival COLCOA, à Hollywood, pour le festival du film de Los Angeles et quIntouchables le clôturera. Décidément, le film français explose aux Etats-Unis en ces années 2011-2012, avec pour couronner le tout, la récompense aux Oscars de The Artist ! Ces dernières sorties de films français ou étrangers révèlent un goût marqué à reprendre des personnalités de la scène artistique ou politique comme objets de scénario : J.Edgar (Leonardo Di Caprio), Margareth Thatcher (Merrill Streep) Albert Nobbs (Glenn Close), Marie Antoinette (Diane Kruger), et au même moment dans les salles : Marylin Monroe (Michelle Williams).


La scène du film où Claude François, magistralement interprété par Jérémie Régnier, acteur phare des Frères Dardenne, croise  Franck Sinatra sans oser le saluer, révèle bien la fascination qu'éprouve le jeune Français envers les stars américaines qui l’inspirent. Ceux-là mêmes qui ont bercé son enfance  à Ismaïlia, en Egypte, dans une des belles villas de la compagnie du Canal de Suez où travaille son père, Aimé François (Marc Barbé). Un père sévère et dépressif, qui impose son pouvoir à sa femme (Monica Scattini), mère italienne débordante d’amour et joueuse invétérée de casino, et à sa fille (Sabrina Seynecou) la sœur ainée aimante , Josette, qui l’a toujours accompagné.


Après avoir connu le faste de la vie des colons, la famille François de retour en France va connaître la précarité. Désireux de sauvegarder le bien-être des siens et de retrouver une dignité auprès d’un père dépité, qui refuse catégoriquement le choix de vie de son fils, le préférant banquier; le jeune chanteur va renforcer cette volonté de réussir jusqu’à un perfectionnisme forcené. Il garde d’ailleurs son patronyme refusant d'imiter les chanteurs de l’époque aux pseudos aux consonances anglo-saxonnes : Johnny Haliday (la vedette de ces années-là), Dick Revers, etc.


C'est en 1962 que Claude obtient son premier succès, avec Belles belles belles, une adaptation de Girls Girls Girls (Are Made to Love), composée par Phil Everly , des Everly Brothers, et interprétée initialement par Eddie Hodges dont il s'est inspiré pour la version française. Il en cosigne les paroles avec la parolière Vline Buggy. 1,7 millions d'exemplaires seront vendus. Son triomphe à l'Olympia le 18 décembre 1962, en première partie de Dalida (elle aussi originaire d'Egypte) consolide sa réussite désormais fort lucrative. Une vie amoureuse houleuse, faite de ruptures répétées (premier mariage le 5 novembre 1960 avec Janet Woollacott (Maud Jurez), à l’époque danseuse dans les célèbres clubs de la Côte d'Azur notamment avec l'orchestre du Sporting Monte-Carlo puis Isabelle Forêt (Ana Girardot), ex-mannequin, avec laquelle il eut deux garçons -Claude dit Coco et Marc- qu’il tente de préserver de la presse et des paparazzis. Homme passionné, jaloux, excessif, il ne perd pas pour autant le sens de sa carrière, volontaire et endiablé, audacieux dans ses choix, prenant le bon courant, osant parler de sa propre vie en chanson : Comme d’habitude, Le téléphone pleure, Le mal aimé, Les Magnolias, Alexandrie, Alexandra ...


podium-le-magazine-de-claude-francois-souffle-ses-40-bougies_355Il est celui qui a intégré à ses spectacles en 1966 des danseuses sexy, les Claudettes. Il y en eut environ quarante-cinq entre 1966 et 1978. Certaines sont africaines, du jamais vu à la télévision française. Il rachète le magazine Podium, qui connut avec lui un succès retentissant. Il investit même dans une agence de mannequins dont il aime particulièrement les ravissantes créatures; il y trouvera sa dernière compagne Kathalyn Jones (Sophie Meister).
Les actrices du film, de par leur jeu et leur personnalité, illustrent bien la difficulté à vivre auprès de cet artiste passionné qui vit ses relations comme des urgences vitales. Sa passion avec France Gall (Joséphine Japy) est troublante par la violence et la dureté qu'il lui impose. Il se doit pourtant de faire rêver les jeunes filles de l'époque et devient l’idole incontournable qui plaît autant à la ménagère qu’à la midinette de lycée.


L’acteur Jérémie Regnier qui déjà, dans le film Potiche de François Ozon, portait à ravir le look cloclo, est d’une ressemblance troublante avec le chanteur. Ses chorégraphies sont remarquables et son jeu saisissant de sincérité. Son impresario, Paul Lederman qui le suivit toute sa carrière et sut le guider dans ses choix, est interprété par le remarquable Benoît Magimel (Les petits mouchoirs, Ennemi intime), acteur d’une forte intensité, homme discret, au jeu fin et complexe, qu’on aimerait voir plus souvent sur les écrans. Il est ici transformé en juif séfarade, cheveux noirs bouclés, cigare au coin des lèvres, accent pied-noir à souhait, à la fois paternaliste et requin en affaires, veillant à une carrière de qualité car il est conscient des enjeux et de l’éphémère des modes.


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Durant ces années 60 et 70 où les libertés de la jeunesse éclatent et où la scène musicale explose, un tube apparaît aussi vite qu’il s’éteint. Par ailleurs, la concurrence est de taille : Johnny Haliday, Gilbert Bécaud, les Américains. Ces années-là, comme le chante Cloclo (Cette année- là) sont aussi celles des premières vedettes people qui font et défont la une des magazines, des posters qu’on affiche dans sa chambre d’adolescent, des tee shirts colorés aux initiales des idoles du moment. C’est peu dire dans une époque où les Américains avec le rock and roll, la pop et la disco décrochent le top des ventes et rassemblent des foules endiablées de fans délirants, prêts à s évanouir à la moindre apparition de leurs stars : Elvis Presley, The Beatles, The Rolling Stone, Otis Redding, James Brown etc. Acharné, hyperactif, changeant de style et de look, provoquant l'hystérie auprès de son public, il a su préserver cet air de jeunesse, que nous retrouvons tous en cœur dès les premiers tempos d’un de ses tubes, et surtout ceux de l’époque du disco.


Son style aura marqué la chanson française et convaincu Roda-Gil (auteur classé intellectuel de gauche à l'époque) qui signera les paroles de la chanson Alexandrie Alexandra sortie en décembre 1977 sur l'album "Magnolias for Ever". La musique est inspirée de  Going Back To My Roots composée par Lamont Dozier. Quatre jours avant la sortie du 45 tours, Claude François mourra, électrocuté dans son bain, la veille des élections législatives du 12 mars. Le mercredi 15 mars 1978 auront lieu ses funérailles en l'église d'Auteuil, la France sera en deuil, au-delà des milliers de fans en pleurs. On y trouve la chanson Eve qui évoque son Egypte natale et le voile islamique ("voiles sur les filles"), le Nil et le phare d'Alexandrie : «  ..les lumières du Phare d’Alexandrie chantent encore la même mélodie.. »


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Mort au sommet de sa gloire comme James Dean, Marylin Monroe et Janis Choplin, il devient une icône intouchable et un élément du patrimoine français. En seize ans de carrière, Claude François va enregistrer un peu plus de 350 chansons en français et une centaine en langues étrangères et vendre plusieurs millions de disques 45 tours et d’albums. En 2009, Flèche Productions annonce que 63 millions de disques ont été vendus (35 millions de son vivant et 28 millions depuis sa mort). Il s'est produit 1 188 fois sur scène (entre le 18 décembre 1962 et le 24 février 1978 date de son dernier concert, au Palais des sports de Lyon) et 313 fois à la télévision (France, Belgique, Canada, Italie, Espagne, Angleterre), du 21 janvier 1963 au 26 février1978


Claude François a fait la couverture de 219 magazines de son vivant et de 186 autres ; il a été l'objet de 73 livres et biographies depuis sa mort. Le chiffre d'affaires de Jeune Musique (une quarantaine de chansons, dont Comme d'habitude, sa version anglaise, My Way, Alexandrie Alexandra et Magnolias Forever) oscille entre 500 000 et 1 million d’euros. Il existe plusieurs dizaines de versions de Comme d'habitude, et des centaines de reprises de My Way, la version anglaise, dont Claude François est le co-auteur (en français), le co-compositeur et le co-éditeur. Ce titre à lui seul génère un chiffre d'affaires annuel de 1 million d'euros, partagé entre tous les ayants-droit. 

Alors qui finalement n’a pas dansé au moins une fois sur les chansons de Cloclo, qui n’a pas fredonné un de ses airs ? Que celui qui ose dire non, ose donc aller voir ce film pour enfin découvrir une époque et un style inoubliable! Et ainsi, vous pourrez, avec légèreté, recommencer plus gaiement votre  "lundi...au soleil".




© Muriel NAVARRO  - Centre International d'Antibes