Rom@  
 

audrey_hepburn_94stephane_audeguy_90Rome est fatiguée sous le poids des siècles et de ceux qui la transforment, la vivent, la défigurent parfois comme Mussolini. Sensuelle  et rebelle, Rome fait revivre ses fantômes : Anita Ekberg et Marcello Mastroianni dans La Dolce Vita de Fellini et son inoubliable scène dans la fontaine de Trévise. Audrey Hepburn aussi qui retrouve ses Vacances romaines : .."dans son chemisier blanc, toujours intense, toujours diaphane, souriante, la taille soulignée par une large ceinture, sans que personne n'ose l'approcher ..." [page 93].


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Un parcours initiatique pour ceux qui ne connaissent pas Rome et une réflexion intéressante sur notre civilisation et comment elle s’est reconstruite sur les ruines d’une autre. Le titre vient d'un jeu Rom@ : "Comme les autres jeux vidéo consacrés avant lui à l'Antiquité romaine, Rom@ propose de fonder une ville, de bâtir des temples, de créer des commerces, de les défendre contre des incendies, des tremblements de terre, des hordes de barbares. [page 48]. Un jeu créé par Nitzky, un Polonais vivant au Canada, à Vancouver, et dont on va suivre le parcours dans ce roman. Lors d'une compétition de vidéolympiques organisée à Rome, nous découvrons aussi Nano, un indien choisi pour cette compétition car c'est un joueur hors pair. Nano que Rome voit comme .."l'enfant de ce monde où le simulacre Kitsch semble systématiquement exéder en beauté le monde ravagé. Il n'est pas habitué à regarder les villes à hauteur d'homme." [page 63]. Puis Delenda Kartago, le joueur italien qui va combattre contre Nano et que Nano regarde fasciné: "Delenda Kartago semble tout droit sorti de Rom@, même s'il ne porte pas de toge, mais un pantalon de survêtement couleur lin pâle, des chaussures de sport crème." [page 73] Ces trois personnages aux destins particuliers,  se retrouvent embarqués dans cette Rome surréaliste, cherchant eux aussi à retrouver la ville de leurs rêves. Rome les suit, les dévoile comme une narratrice secrète.


Rome face à ce jeu où elle se découvre, se présente ainsi :" Il ne manque rien à Rom@, sinon ma vie, sinon mes corps, mes humeurs, mon sang, mon coeur "..[page100] Rome s’exprime et ose dire que les civilisés ne sont pas ceux qui l’ont le mieux aimée : « Ce sont les barbares qui m’ont comprise le mieux. Les civilisés m’ont haïe sournoisement, me disant éternelle, rêvant de me voir morte. Et voici l’un de mes secrets : mon empereur véritable, et le seul, est un juif vagabond dont l’histoire jamais ne connaîtra le nom, venu chercher ici le manger et le boire, simplement, et qui sut vivre mieux que ceux qui, se comportant comme s’ils ne devaient jamais mourir, regardaient, indifférents ou incrédules, leurs semblables autour d’eux s’en aller en poussière ». [ page 53 ]


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Texte étonnant aux images fortes, parfois surréalistes qui nous entraînent dans le sillage de l’histoire au travers d’une ville émouvante, sensuelle qui semble se mourir d’amour. « Mes fenêtres s‘ouvrent aux désirs du vent qui tord les rideaux..[ page 11 ] Rome est une révoltée aussi qui regarde ceux qui ont voulu la façonner, la condamner à une identité qui n'est pas celle qu'elle voudrait. Elle parle d'elle même comme d'un être qui observe le parcours d'une vie et en ressort l'amour comme héritage. « Quatre lettres tirées aux loteries de l’histoire : Roma. Et tous ces grands savants qui se penchaient sur moi ; certains me déclarant femelle, comme une louve ou comme une putain, d’autres disant que je devais mon nom au mâle fondateur qui traça mon enceinte. Moi, je ne disais rien, naturellement mais n’en pensais pas moins. Au petit jeu fastidieux de la vérité je leur souhaitais bien sûr tout le plaisir du monde, et ne m‘en mêlais pas. Enfin j’avais vécu, comme toi, mon amour, comme tout le monde : une vie, toute une vie, rien qu’une vie. » [page  11 ]


Une ville lasse qui a tant porté, supporté et qui voit sa fin proche : "allongé face au ciel, harassé, innocent, j'attends la fin des siècles, caressé par le vent sous un monde infini de nuages, je rêve que le Tibre m'emporte vers la mer qui sait tout oublier, jusqu'aux frontières du monde". [page 170] Un texte poétique qui donne envie d'aimer Rome et de la découvrir, qui nous incite à préserver la beauté de nos villes et leur histoire et qui nous invite à nous questionner : Et si toutes les villes se mettaient à parler, que nous diraient-elles sur notre civilisation ?


 


©Muriel NAVARRO- Centre International d'Antibes- décembre 2011