Cinéma

Mon maître d’école

La réalisatrice Émilie Thérond, filme son ancien instituteur de Saint-Just-et-Vacquières, dans le Gard en Languedoc, aux portes des Cévennes. Ce documentaire illustre une forme d’enseignement en voie de disparition : une classe unique (du CP au CM2) à l'école primaire, dirigée par un maître polyvalent, qui plus est, maire du village. Dans cette école « intemporelle » ouverte en dehors des heures de classe, sept jours sur sept, Jean-Michel Burel, le maître d'école, vit sa dernière année d'enseignement -il va prendre sa retraite- sous le regard de son ancienne élève ; et ce n'est plus tout à fait un documentaire tant le film est chargé d'émotion.

mon_maitre_d_ecole_120_rvb_963Après  Avoir et être - une classe unique en milieu rural- de Nicolas Philibert (2002), Sur le chemin de l'école - avec ces enfants des quatre coins du monde qui partagent la même soif d'apprendre - de Pascal Plisson (2013) et La cour de Babel - des adolescents au collège en quête d'identité -  de Julie Bertuccelli (2014), on peut affirmer que le grand écran français est riche de films documentaires sur l'école et que Mon maître d'école rentre dans la cour des grands grâce à Émilie Thérond, Jean-Michel Burel et tous ses jeunes écoliers. Décidément, la caméra se sent bien dans les salles de classe. !

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Le thème de ce nouveau film est similaire à celui d'Avoir et être : la classe unique du primaire ;  la cible est identique : un maître qui va partir à la retraite ; la chronologie est analogue : de l'automne à l'été.  Et, bien que moins pointu et moins rigoureux, il est tout aussi beau et émouvant. Ce qui en fait sa force, c'est que ce n'est pas n'importe quel documentariste qui filme cet homme, c'est une élève qu'il a eue dans sa classe  au début des années 70, et ça change tout ! Ces années où, nous dit Jean-Michel, le maître était respecté, au même titre que le maire ou le curé du village. Son autorité n'avait rien à devoir  aux deux autres.

Journaliste réputée de l'Agence de Presse Capa, Émilie Thérond (fille de Roger Thérond, le mythique patron de Paris Match) rend hommage à l'un de ces héros de la vie ordinaire, un enseignant qui a changé sa vie. Son film a quelque chose d'universel : il parle d'enfance et de transmission. Albert Camus lui-même , lorsqu'il a reçu le prix Nobel de littérature, a écrit à son instituteur, nous rappelle la réalisatrice. Ce héros de la vie ordinaire donne beaucoup de lui-même et Émilie souhaiterait que son long-métrage donne envie à des jeunes de devenir profs. Jean-Michel, quant à lui, estime que c'est le plus beau métier du monde !

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Le secret de la réussite de cet enseignant tient à sa volonté de faire en sorte que les enfants viennent à l'école pour apprendre et pour être bien et de les amener vers l'autonomie pour qu'ils deviennent des adultes responsables. Sous le regard d'Émilie, se dessine une école où la rigueur se conjugue avec la bonne humeur, une école où la liberté commence avec le respect de celle des autres : la relation qu'établit « maître » Burel avec ses élèves est toujours différenciée  et il règne dans sa classe une atmosphère de joie.

La profondeur de ce documentaire tient aussi à la personnalité de Jean-Michel Burel. Son humour et sa pédagogie libertaire mais rigoureuse force le respect et l'admiration. Il incarne l'essentiel de notre République en crise, redonnant du baume au cœur. Dédramatiser l'école, tel est son principe de base. Sa pédagogie place au centre de ses préoccupations le plaisir des élèves à se retrouver à l'école et la confiance en eux-mêmes. Ainsi, à la faveur d'une récitation, Jocris sera-t-il mis en valeur, Océane libérée émotionnellement grâce à son texte libre et que dire de Lionel, ce jeune handicapé de 26 ans qui suit la classe sans  pour autant la perturber !

Pourtant la violence n'est pas absente dans ce contexte idéal : lors des disputes entre ses élèves, le maître a les mots qu'il faut pour désamorcer le conflit verbal. Les mots peuvent tuer ou encore il faut qu'il y en ait un qui fasse le premier pas, sinon c'est un cercle vicieux qui n'en finirait pas ! Le maître est entendu car les enfants font confiance à leur médiateur. Leurs parents aussi qui, à l'instar d'Émilie Thérond, ont eu Monsieur Burel comme instituteur.

Et puis, il y a les images que nous livre Émilie Thérond : sa manière de saisir les visages, les paroles, et les gestes du maître et de ses jeunes élèves, tout cela est d'une grande sensibilité et sincérité qui rendent le film bouleversant. A double titre puisque nous devenons témoins du départ de cet homme qui doit faire ses adieux à 40 ans de vie passionnée, selon ses propres termes ! Difficile de retenir ses larmes !

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© Sylviane Colomer - Centre International d'Antibes

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