Edito du mois

En marge du 30ème salon du livre de Paris, du papier à l’écran, quel devenir pour le livre ?

Depuis 10 ans, le livre numérique fait partie du paysage littéraire. Il est de plus en plus apprécié et utilisé, surtout grâce à des outils performants comme le lecteur e-livre par exemple.

Depuis 10 ans, le livre numérique fait partie du paysage littéraire. Il est de plus en plus apprécié et utilisé, surtout grâce à des outils performants comme le lecteur e-livre par exemple. Au Japon, le livre numérique est complètement intégré dans la société qui a, depuis longtemps, une avancée réelle par rapport à l’Europe quant à l’usage des outils informatiques et numériques. Prenons-nous le même chemin ?

Du papier à l’écran, quel devenir pour le livre ?

Quels avantages propose le livre numérique ?

Il est clair que son interactivité et sa capacité à conserver plusieurs ouvrages, sur un support utilisant peu de place, sont très attirantes pour le consommateur. Les nouvelles générations qui grandissent et utilisent l’Internet et le numérique pour leurs études ou leurs recherches, trouvent là un outil formidable de sauvegarde de documents et d’ouvrages aisément transportables.

Par ailleurs, le livre numérique n’est pas vraiment meilleur marché puisque le prix oscille de deux ou trois euros de moins par rapport à l’achat d’un livre en librairie.

Quels risques du côté des librairies et des lecteurs ?

Le premier danger est économique.

Actuellement, les réductions accordées aux libraires pour le papier sont de 35 à 37% alors que pour le e-livre, elles sont de 21 à 25%. En effet, le libraire n’a plus à gérer ni les frais d’un personnel coûteux - mis à part ceux d’un technicien sur le site -, ni le loyer d’un espace commercial, ce qui justifie, aux yeux des éditeurs la baisse des réductions consenties aux libraires.

Le deuxième danger est constitué par la menace pesant sur la liberté de choix.

Le contrat oblige le e-libraire à devoir afficher tous les produits du e-distributeur sans sélection. Le e-libraire n’a donc plus la liberté de se distinguer par ses choix, ce qui fait justement le charme et la spécificité d’une librairie.

Le troisième danger est la perte de toute initiative pour le libraire.

Il lui est interdit par ce contrat de conduire de sa propre initiative des opérations promotionnelles sur les œuvres numériques. Il ne peut donc plus favoriser tel e-livre par rapport à un autre, ceci étant le rôle premier d’un libraire, celui d’un conseiller apte à nous orienter et à guider nos choix en fonction de nos goûts.

Alors quel devenir pour le libraire ?

Son commerce est apparemment condamné à n’être bientôt qu’une simple vitrine de produits sans relation ni accompagnement de la clientèle.

Or, ce que nous recherchons en entrant dans une librairie, en dehors du plaisir de flâner devant les premières de couvertures ou de feuilleter les premières pages, c’est justement ce précieux conseil, ce contact avec le professionnel.

Et les droits d’auteurs ?

La Commission Européenne essaie de trouver une parade aux menaces pesant également sur les droits d’auteurs, comme cela a déjà été fait pour la musique. On envisage une fiscalité plus adaptée pour les e-livres, ce qui permettrait, en réduisant la TVA à l’instar des livres papiers, de voir décoller le marché. On souhaite soutenir les éditeurs européens qui se lancent dans des contenus numériques. Parallèlement, une aide à la traduction serait envisagée.

Qu’en est-il de l’économie du livre, ces dernières années ?

Selon une étude de l’INSEE, d’août 2009 (1),  la presse et les livres sont en recul dans les budgets des ménages depuis 1990. Ces postes ont enregistré un tiers de diminution depuis 1970.

Les régions de l’Ouest accordent pourtant 20% de plus que la moyenne nationale pour la presse. Les jeunes générations consomment moins de presse écrite et de livres que leurs aînés. Par contre, le marché du livre en ligne a augmenté de 10% en un an, ce qui est plutôt rassurant.

Nouveautés au salon du livre de Paris 2010

Le salon du livre qui ouvre ses portes le 26 mars à Paris va recevoir les plus grandes maisons d’édition et, cette année, la mise en place d’un site internet récent, Liwreo créé en juin dernier, va proposer des bandes-annonces de livres comme cela existe déjà pour les films. Jean Marie Pinot et Philippe Fuentes, créateurs de ce site, veulent le même principe que pour allociné, le formidable site de promotion du cinéma. Ainsi, ils innovent avec un concept de « book trailer », né aux Etats-Unis en 2002. Pour citer un exemple : Le dernier livre de Dan Brown, Le syndrome perdu aux éditions Lattès, a bénéficié de sa propre bande-annonce.

Depuis son lancement, ce site a déjà plus de 200 000 bandes-annonces qui ont été visualisées et sa fréquentation est d’environ 10 000 visiteurs par mois.

Les maisons d’édition restent cependant encore prudentes face à ce nouveau genre de communication marketing mais, qui peut dire jusqu’où ira cette forme de publicité en ligne dans l’avenir ?

Panorama de l’actualité des dernières sorties en librairies

On note une tendance vers le documentaire ou l’essai : le livre de la journaliste Florence Aubenas, Le quai de Ouistreham, est une enquête menée de façon discrète et en immersion auprès de femmes de ménage ayant des contrats précaires. Précédant ce livre, celui d’Elisabeth Badinter, Le conflit, la femme et la mère, avait rencontré un franc succès.

 

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Le prix Goncourt 2009 est revenu à Marie Ndiaye pour Trois femmes puissantes, trois histoires de femmes entre la France et le Sénégal, sorti d’ailleurs en e-livre.

Les auteurs incontournables de ces dernières années, Amélie Nothomb, Anna Gavalda, Justine Lévy, Marc Lévy, Eric Emmanuel Schmidt et Frédéric Beigbeder, ont un succès continu grâce à la fidélité de leurs lecteurs. Ils restent les auteurs qui se vendent le mieux en France et à l’étranger.

 

Qu’il faille craindre ou non le livre numérique, l’important est de pouvoir lire et de faire découvrir la lecture. Ceci tout en préservant l’indépendance des libraires et des auteurs afin que les lecteurs puissent avoir le choix et que la créativité et l’originalité priment sur la loi du marché. Car, qui souhaite troquer la librairie contre des supermarchés du livre offrant partout les mêmes produits ?

 

 

 

© Muriel Navarro – Centre International d’Antibes

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