Edito du mois

Télévision : les séries françaises. Première partie : La comédie sous toutes ses formes

Quand on disait série télévisée entre 1970 et 1980, l’on pensait à juste titre aux séries américaines (Dynastie, le Prisonnier, Star Trek, Colombo…) et à leur vaste choix de feuilletons dont nos petits écrans français s’abreuvaient et s’abreuvent encore. Et souvent, la série était synonyme de populaire ; ainsi, du côté de la France, nous avions parmi les plus célèbres ; Pause-café, Maigret, les Brigades du Tigre, Belle et Sébastien, qui peinaient à concurrencer les séries américaines. Pourtant, cette dernière décennie marque un tournant dans la production et la réalisation française et européenne qui deviennent aussi maîtres du genre en diversifiant leurs styles et leurs cibles, en particulier, avec le genre polar (Engrenages, le Bureau des légendes) et thriller (Jour polaire, les Revenants) ou encore historique et documentaire (Versailles, Apocalypse). Ce serait donc l’âge d’or des séries françaises ! Allons voir ce qui s’y passe et rencontrer ces nouvelles créations dont certaines sont devenues de vrais succès internationaux, s’exportant même chez les anglophones dans leur langue originale. Really ? Oui !

Première partie : La comédie sous toutes ses formes. Seconde partie : De l’histoire au film d’espionnage (n° de janvier 2018)

Comment fonctionne une série ? La série était à l’origine conçue et reconnue pour ses qualités divertissantes et il fallait donc que les producteurs et réalisateurs adaptent leurs thèmes et leurs personnages selon leurs cibles. On comprend fort bien que la télévision et le cinéma n’ont cessé de s’y investir en usant de toutes ces facettes : la comédie, le drame, le thriller, l’animation, la politique, la famille, le couple, le travail, les sciences, l’histoire, le cinéma…bref la série touche à tous les domaines de notre quotidien.

En France, les réussites les plus populaires sont souvent liées à l’humour et à la comédie mais le polar gagne du terrain. En effet, qui aurait pu imaginer qu’une série télé soit au programme d’un cours d’une prestigieuse université comme Harvard ? Pourtant, depuis 2010, The Wire (Sur Ecoute en français) est analysée sous l’angle de la sociologie, car la ville de Baltimore, épicentre de son histoire, est gangrenée par le trafic de drogue et la corruption. Créée au début des années 2000 par un ancien journaliste du Baltimore Sun, David Simon, elle s'appuie sur de sérieuses investigations de terrain et reflète en cela habilement la réalité  sociale, économique et politique des habitants de ce ghetto. Ainsi cette saga urbaine est devenue une icône culturelle. L’université de Paris Ouest-Nanterre propose  aussi  un séminaire  sur The Wire, avec une centaine d’inscrits.

Alors,  pourquoi, malgré des séries à succès, la France reste le seul pays européen où la fiction américaine domine alors que les séries danoises (Borgen) ou anglaises (Downton Abbey) restent en tête des audiences chez elles et s’exportent bien à l’étranger. Cette exception tricolore repose avant tout sur des raisons économiques. Il est à regretter que bien souvent l’investissement pour nos séries reste frileux, ce que déplore d’ailleurs l’union syndicale de la production audiovisuelle. En effet, d’un côté, on trouve une multitude de petits producteurs dont le développement d’un projet prend au minimum deux ans, avec un seul scénariste. De l’autre, une minorité de chaînes qui, en échange d’un investissement de 80% dans la série – le reste provenant du Centre national du cinéma (CNC) – interviennent dans l’histoire et le casting, pour plaire à un public dont l’âge moyen, en soirée, avoisine les 60 ans.

Et l’argent dans tout ça ? On note une nette différence avec nos voisins américains puisqu’un budget moyen en France est de 700 000 euros par épisode de 52 minutes, trois fois moins qu’aux Etats-Unis. Quant aux comédiens, le cinéma continue d’attirer les plus talentueux. Depuis quelques années, des changements majeurs s’imposent, grâce en particulier à la chaîne Canal plus souvent à l’initiative de créations audacieuses. Le budget qui était de 6 millions d’euros en 2004, est passé à 40 millions en 2013 pour trois ou quatre nouvelles  séries par an. On a pu alors saluer les séries comme Engrenages avec ses avocats véreux et ses flics tourmentés, Mafiosa avec ses mafieux corses ou encore Kaboul Kitchen basée sur l’histoire vraie d’un journaliste. En osant investir un budget moyen de 1 million d’euros par épisode et rechercher des sujets plus originaux, Canal plus a su s’imposer. Les producteurs restent exigeants et les réalisateurs, de ce fait, se tournent vers des sujets reflétant notre actualité. En cofinançant certains projets avec des partenaires étrangers, des réalisations plus ambitieuses ont pu voir le jour telles Borgia. Par ailleurs, certains producteurs et diffuseurs de la chaîne France 2 ont fait des sitcoms humoristiques comme Fais pas ci, fais pas ça, un nouveau marché à exploiter. Avec des auteurs issus de la pub ou du café-théâtre et des budgets plutôt modestes, ces programmes courts connaissent des records d’audience. L’âge d’or de la série française  aurait  donc sonné…

Commençons par la comédie et l’humour dont les français raffolent.

 

Comédie et humour, des séries déclinées en de nombreuses versions :

Côté couple 

Pour les nostalgiques, il y avait Un gars Une fille (1999-2003) interprétés par Jean Dujardin (personnage de Loulou) aujourd’hui acteur reconnu internationalement depuis son Oscar pour le  meilleur acteur en 2012 dans le film The Artiste et son ex-compagne Alexandra Lamy (personnage de Chouchou) dont les hauts et les bas ont amusé notre quotidien. Une série qui a souvent été utilisée lors de séances pédagogiques  en français Langue Etrangère afin de s’adapter au vocabulaire  familier et plonger dans l’intimité d’un couple  français.

https://www.youtube.com/watch?v=Y-BgAsQ2_jU

Aujourd’hui « Chouchou et Loulou » sont remplacés  par « Poussin » ou encore « Chaton ».


Côté Scènes de ménage

Cette série Scènes de ménage plus récente (depuis 2009) est librement adaptée par Alain Kappauf de la série espagnole intitulée Escenas de matrimonio, réalisée par Francis Duquet. Elle est diffusée sur M6 en soirée (la tranche des 20h). Nous découvrons le quotidien de quatre couples et suivons leurs aventures en partageant leurs soucis professionnels et personnels,  leurs défauts autour desquels les auteurs alimentent souvent  leur humour.

Marion et Cédric, des trentenaires, qui partagent un studio dans le 19e arrondissement à Paris. Le couple se surnomme mutuellement « poussin ».

Liliane et José, mariés depuis plus de vingt ans (au début de la série) habitent une résidence pavillonnaire. Ils ont un fils, Emmanuel, surnommé « Manu », de 23 ans, parti travailler en Chine et qui vit avec Bao une jeune Chinoise. 

Fabien et Emma deux citadins que tout oppose ont emménagé à la campagne en retapant la vieille  grange du père Bergounioux, devenu leur voisin, pour en faire leur maison. Submergés de dettes, ils doivent organiser leur nouvelle vie avec leur fille Chloé, âgée de neuf mois. Le couple se surnomme mutuellement « chaton ». Emma est vendeuse dans un magasin  de bricolage, et Fabien professeur d’histoire-géo au collège.

Et il y a le couple d’Huguette et Raymond deux retraités septuagénaires diaboliquement drôles. Ils  ont une fille unique, Caroline, âgée d'une cinquantaine d'années et deux petits-fils, Corentin et Anthony. Ils semblent plus proches d'Anthony. Leur principale caractéristique est la méchanceté gratuite envers leur famille ou les voisins de leur copropriété, souvent pour tuer l’ennui. Une plongée au cœur des  couples français avec leurs joies et leurs déboires.

Côté famille 

Aujourd’hui encore, le couple et la vie de famille ne cessent de séduire le public français à l'image de la série en mini format Parents mode d'emploi. Ici est mise en scène une petite famille française idéale où les parents, joués parAlix Poisson et Arnaud Ducret toujours excellents, sont à leur sixième saison et nous rappellent les bons moments passés naguère avec Jean Dujardin et Alexandra Lamy, les mêmes esprit et sens de l'humour règnent. Le Gars et la fille auraient muris et seraient devenus parents de trois enfants. 

https://www.youtube.com/user/parentsmodedemploi  

Fais pas ci fais pas ça (depuis 2007) est une des séries les plus populaires montrant comment deux familles voisines, s’opposent dans leurs méthodes d'éducation. D'un côté, Denis et Valérie Bouley, refusent le modèle autoritaire de leurs parents et de l'autre côté, Renaud et Fabienne Lepic, persuadés  que les problèmes de la jeunesse  sont essentiellement dus à la démission des parents. Léger, drôle, et humoristique cette série  a le mérite de passer au crible tous les poncifs que l’on peut entendre sur l’éducation. Ainsi, chacun y trouve son compte et peut enfin rire de lui-même tout en se moquant du voisin. Des acteurs célèbres y ont participé comme Sylvie Testud (actrice qui interprète Françoise Sagan dans un biopic) ou encore Patrick Bruel (acteur et chanteur). Son générique est plutôt étonnant car c’est le tube de Jacques Dutronc et Jacques Lanzmann que les producteurs Thierry Bizot et Guillaume Renouil ont choisi en conservant la voix originale  mais  réarrangée  par Philippe Kelly. Ah ! Nostalgie,  quand tu nous tiens.!https://www.youtube.com/watch?v=aEscSFy-6ZI

Côté soap opera à « la Bonne Mère »

Plus belle la vie (depuis le 30 août 2004) illustre parfaitement le genre soap opéra qui était, à l’origine, un feuilleton radiophonique américain (des années 1960) commandé par des fabricants de savon qui voulaient toucher les femmes au foyer. Puis, avec le succès, il est devenu un des marchés les plus lucratifs et, logiquement , ils ont allongé sa durée passant  de trente minutes à une heure en y ajoutant encore plus de spots publicitaires. La consommation battait son plein ! Ce feuilleton a pour but de mettre en parallèle différentes histoires qui peuvent s’entremêler ou demeurer indépendantes les unes des autres ce qui est parfaitement le cas de cette série Plus belle la vie. On la surnomme sous le sigle PBLV créée d'après une idée originale d'Hubert Besson et des personnages imaginés par Georges Desmouceaux, Bénédicte AchardMagaly Richard-Serrano et Olivier Szulzynger. Diffusée du lundi au vendredi sur la chaîne France 3 elle met en scène le quotidien des habitants d'un quartier imaginaire de Marseille le Mistral (inspiré du célèbre et bien réel quartier du panier), où se croisent des familles aisées comme les Chaumette et les Frémont, ainsi que des familles plus modestes comme les Marci et les Torres. La population du quartier évolue au fil des saisons, en fonction de l'arrivée et des départs des personnages. Un pari réussi puisque le public tremble depuis plus de dix ans devant chaque rencontre et séparation avec déjà 17 mariages célébrés dans ce café. Pour les producteurs c’est une aubaine inespérée car le 11 juillet 2008, la barre du millième épisode est atteinte, ce qui est une première dans l'histoire de la télévision française ! 6 329 600 spectateurs, quand le 14 février 2006, est diffusée la fin de l’intrigue tragique autour de la mort de Nicolas Barrel, un des protagonistes importants. L’accent du Sud ensoleille les petits écrans pour sa douzième saison avec plus de 3000 épisodes et plus de 1798 acteurs qui y ont participé. Aujourd’hui, les lieux de tournage sont même devenus des lieux de visite touristiques  pour les fans.

Côté Ado (Adolescent)

Clem (depuis février 2010) est une série télévisée française créée par Emmanuelle Rey Magnan et Pascal Fontanille et diffusée sur la chaîne TF1. À seize ans, Clem découvre qu'elle est enceinte de Julien de quinze semaines déjà. N'ayant pas le choix, elle doit mener sa grossesse à terme. Son entourage, et surtout ses parents, vont la soutenir pour gérer au mieux la situation. Mais il est difficile de rester « cool » lorsque votre fille de seize ans va être mère. Alors l’univers familial en est bouleversé ! Entre mauvaise foi, malentendus, rires et larmes, Clem et sa famille vont apprendre à partager cette nouvelle situation. Clem est jouée par l’actrice Lucie Lucas et sa mère par Victoria Abril (actrice connue pour ses interprétations  dans les films de Pedro Almodovar).

Il y avait eu également Soda qui était centrée sur un adolescent Adam et qui fut diffusée entre 2011 et 2014. Adam (joué par le jeune acteur et humoriste Kev Adams, très apprécié du jeune public) toujours accompagné de ses deux meilleurs amis, Slimane et Ludovic, essaye de trouver sans cesse le meilleur moyen de séduire les filles, en particulier, Jenna, dont il est fou amoureux. Mais sa petite sœur, Ève (qu’Adam surnomme Chucky), vient souvent perturber son quotidien.  Une plongée dans l’univers ado et ses tourments.

Côté sitcoms d’humour pur et dur

Le Palmashow (2011-2017) est composé d’un duo d'humoristes Grégoire Ludig et David Marsais qui se sont fait connaître grâce à Internet puis par Direct 8, D8 et C8 après le rachat de la chaine. Ils se sont connus au collège et ont commencé à écrire de petits sketchs. Ils forment alors un duo sous le nom de Palmashow en 2002. Ils se consacrent au début à l'écriture pour la scène et se produisent en 2003 avec deux spectacles : Men in Blagues et Ambiance!. Ils participent ensuite aux 17e et 18e festivals étudiants au Palais des Glaces (Paris) où ils remportent le prix du meilleur comédien, du jury et du public. En 2003, ils animent leur propre émission sur Yvelines Radio puis participent à la création de sketchs pour Fun Radio. En 2006, ils présentent leur nouveau spectacle Trucs avec le sketch les Prénoms. C'est après ce retour sur scène que David et Grégoire commencent l'écriture de parodies de films culte comme BatmanIndiana Jones ou Le Seigneur des anneaux. Ces vidéos, vues des millions de fois sur Dailymotion et YouTube, ont vraiment généré leur succès. Le Palmashow a depuis créé trois émissions et deux primes. Une nouveauté liée au web qui génère de plus en plus de succès grâce à ses fréquentations grandissantes. Voici une sélection pour les amoureux des meubles à monter soi-même, les fous du bio et les accros des clips...

https://www.youtube.com/watch?v=JWvAXD3Aj1U

https://www.youtube.com/watch?v=bCud4VXSw4Q

https://www.youtube.com/watch?v=LnKOyB9Sv8M

Côté cinéma

Dix pour cent, créée par Fanny Ferrero, en 2015, retrace le parcours de quatre agents de comédiens, aux vies personnelles compliquées, se battant au quotidien pour trouver les meilleurs rôles pour leurs prestigieux clients. Cette série plus ou moins adaptée de la vie de Dominique Besnehard (célèbre directeur de casting puis agent artistique, qui est également acteur, producteur) est une plongée fascinante dans les coulisses du cinéma français, ainsi qu'une reconnaissance à ces métiers de l'ombre, qui pourtant font et défont, avec plus ou moins de tact, les carrières des plus grandes stars. L’originalité est de prendre des acteurs peu connus du grand public (hormis Camille Cottin) comme acteurs principaux et de faire intervenir des acteurs célèbres (Isabelle Adjani, Juliette Binoche, Fabrice Luchini, Nathalie Baye…) dans chaque épisode afin de nous dévoiler les dessous de la célébrité. En même temps, par le regard naïf d’un des personnages,

 Camille, la fille illégitime de l'un des agents, nouvelle stagiaire arrivant de province, nous découvrons les travers de ce métier aux mille facettes… Mais sa naïveté va rapidement se transformer en lucidité…

http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19558078&cserie=5019.html

Côté Capitale…Paris sera toujours Paris

Et oui, la ville lumière a enfin sa série depuis le 27 novembre 2017, au titre évocateur Paris etc. Ecrite par Anne Berest et Zabou Breitman, également réalisée par cette dernière, elle nous fait entrer dans l’univers de cinq femmes âgées de 20 à 50 ans. Un regard tendre et amusé sur leur vie parisienne.

http://www.canalplus.fr/series/news-series/cid1436387-paris-etc.-la-nouvelle-creation-originale-canal.html

 

 © Muriel Navarro – Centre International d'Antibes

 

 

 

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