Cinéma

Barbara

Barbara… 2017 est l’année de commémoration de notre Dame brune, notre clown noir disparue en novembre 1997. Comment raconter cette artiste de légende, auteur-interprète inoubliable ? C’est l’histoire de ce film. Une actrice, Brigitte, va commencer un tournage où elle va interpréter Barbara. Toute l’équipe du film s’agite. Chacun tente de saisir Barbara tout en traversant sa propre histoire. Alors s’entremêlent des instants d’intimité rares où bruissent des chants d’amour, des rêves, des souvenirs, des photos d’archives.

de Mathieu Almaric - Date de sortie : le 6 septembre 2017
Novembre 2017

Dès le générique, on entend la voix de Barbara « Cest Paris, c’est un matin de novembre qui n’est pas encore froid… » dont les paroles sont tirées de Chanson pour une absente. Alors que nous sommes déjà emportés par le souvenir ému qu’elle soulève, apparaît Jeanne Balibar. Elle joue Brigitte, une diva venant jouer Barbara dans un film réalisé par Yves Zand (patronyme de la mère de Mathieu Almaric qui interprète ce personnage). Captivé par son actrice, son tournage devient autant celui du film en train de se construire que celui de sa propre vie. Habile montage. Nous cherchons alors avec eux de scènes en scènes, de coulisses en coulisses, de tournées en tournées, de rencontres en rencontres… et nous découvrons Barbara à la vitalité débordante dont l’esprit alerte aux prises avec ses insomnies 1   ne se repose jamais. Nous savourons sa tendresse, son humour délicieux, ses rires, tout comme nous redoutons ses angoisses, sa rudesse. Tel un rêve éveillé, ce film soupire, chuchote, rit, fait silence entre le projet du film sur Barbara et la réalité de son tournage.

Ainsi, Mathieu Almaric a su saisir avec le scénario de Di Falco, l’insaisissable Barbara tout comme l’insaisissable Jeanne Balibar qui improvise, fredonne, quitte la route tracée (le scénario de Barbara) pour prendre un chemin de traverse (son souvenir de Barbara…). Troublante ressemblance. Dans une scène remarquable, on se demande qui est derrière ce masque blanc ? Barbara, Jeanne, Brigitte… On ne sait plus.

Grâce à un montage en kaléidoscope, on est chaviré d’un univers à un autre par un mouvement de caméra, un échange de regards, une voix, un souffle.

Les couleurs, les impressions, les visages se confondent. Chaque respiration, chaque effleurement devient une histoire intime. Des documents d’archives sont particulièrement bien montés dans ce jeu de miroirs quand surgissent à l’écran, tel un printemps éternel, Barbara et Jacques Brel longeant une plage en char en voile. Puis, dans une autre scène tout aussi magique, Barbara à son piano avec Maurice Béjart. Silence émouvant dans la salle obscure. Des anges passent.

Il y a un tournage à finir qui exige une maîtrise afin que ses jeux d’éclairages subtils puissent nous guider dans cette atmosphère baroque où visages familiers et fantômes se superposent. Une traversée dans le cinéma, la musique, la vie de Barbara, celle de Mathieu Almaric … C’est alors que Brigitte-Jeanne lui pose directement la question : « C’est un film sur Barbara que tu fais ou sur toi ? »

Cette séquence illustre bien ce tourbillon dans lequel nous sommes emportés sans que rien ne soit imposé, ni un biopic sur Barbara, ni un portait de Jeanne Balibar (qui fut la compagne d'Almaric durant quinze ans). L’ illusion demeure. On est au cinéma.

Par cette composition fine se dévoile une chorégraphie de la mémoire ; celle de trois femmes ; Barbara, Jeanne et Brigitte liées entre elles par un fil invisible que la poésie de ce film a su révéler « du bout des lèvres, du bout du cœur » et celle de notre propre mémoire. En effet, sans cesse, nous nous souvenons de Barbara et réalisons à quel point elle est encore si vivante, si présente dans nos vies. En fait, Barbara est partout dans cette histoire comme dans la nôtre. Certains l’ont connue, l’ont vue en concert, ont lu sur sa vie, ont même écrit un premier livre sur elle comme l’auteur Tournier (joué par Pierre Michon) qui, par instant, raconte des anecdotes, indique l’emplacement d’un tableau lors du tournage. Pourtant, avec ces éléments biographiques ou de pure fiction, qui est Barbara ?

Nous restons libres de prendre ce que nous voulons puisque chacun a son intime Barbara. C’est ce que voulait le réalisateur :  Pourquoi Barbara ? Barbara, c’est la chaloupe, la mélopée, la voix dans l’oreille. L’impression intime de chacun qu’elle n’a écrit des chansons que pour soi. Et puis cette voix. (…) Barbara ne se considérait pas comme poète, elle disait "moi je n’écris que mes zinzins".

 Il nous laisse des indices ça et là (un poulet près du piano, un tricot, des photos déchirées ou conservées …) comme un jeu de pistes où nous retrouverons ou pas des souvenirs de Barbara. Où nous mènera « cette succession de détails » dont parle Mathieu Almaric ? Vers une cabane, celle que Jeanne a montée dans son appartement , vers celle de l’enfance, celle dont nous rêvons tous quand il est temps de quitter la réalité et d’aller vers l’obscurité… d’une salle de cinéma, d’une salle de concert… vers Barbara …. Son réalisateur, lui, souhaitait justement : […]une succession de détails qui raconte qui elle était vraiment. Son humour, notamment, son énergie incroyable […] En faisant durer le plan, à un moment donné, l’actrice lâche, ne cherche plus à imiter ou à faire semblant. On arrive à une autre zone où tout se mélange : Jeanne, Barbara, Brigitte […]

Rares sont les films qui traduisent si poétiquement l’invisible. Une scène en particulier évoque cette atmosphère où Jeanne doit prendre le volant du camion de son amant endormi, son accessoiriste, son « accès au soir » dit-elle. Une longue séquence qui conduit les deux amants dans un routier où elle interprètera Nantes 3, chanson qui évoque son père incestueux disparu.  Ainsi de brise en bourrasque, nous découvrons ses proches (sa mère jouée par Aurore Clément, son fidèle ami et accordéoniste sur scène Roman Romanelli interprété par Vincent Peirani, son ami Gérard Depardieu avec qui elle joua Lily Passion) ses amours et ses blessures.

Pourtant même quand elle semble chavirer, son esprit alerte toujours en recherche de rimes… de notes la sauve. Barbara est à son piano. Là, nul ne peut la déranger. Elle est à sa passion tout entière et chasse tous ceux qui voudraient l’en sortir.

Des extraits de chansons traversent le film et nos mémoires, comme Perlimpinpin 4:

 …Pour qui, comment quand et pourquoi ? 
Contre qui ? Comment ? Contre quoi ? 
C'en est assez de vos violences. 

D'où venez-vous ? 
Où allez-vous ? 
Qui êtes-vous ?
Qui priez-vous ?
Je vous prie de faire silence…

qui fut interprétée lors de la cérémonie d’hommage aux victimes du 13 novembre 2015. Une poésie engagée dont les textes sont à faire découvrir et à redécouvrir. Nous fredonnons en sortant de la salle de cinéma et nous gardons ce lalala…inimitable que sa longue main de faune accompagnait au gré de ses intonations.

Cette année 2017 nous rappelle que notre dame brune a disparu sans bagages5 en novembre 1997. Barbara, c’est aussi son seizième et dernier album qu’elle enregistra en studio. Pour cet album, elle a reçu, en février 1997, quelques mois avant sa mort, le trophée de l’ « Artiste interprète féminine de l’année »  lors des 12e Victoires de la musique. Par ailleurs, une remarquable exposition sur Barbara est actuellement à la Philarmonie de Paris où des concerts sont également organisés par Alexandre Tharaud qui sort un album en parallèle reprenant des chansons de cette remarquable interprète avec différents artistes contemporains dont Vanessa Paradis, Jane Birkin, Juliette Binoche, Benabar, Dominique A.

Immortelle Barbara, tu inspires encore et toujours…

 

Pour mieux connaître ce réalisateur un lien pour retrouver un autre article sur son film Tournée. http://www.cia-france.com/francais-et-vous/sur_les_paves/1204/tournee

 

 

Des chansons de Barbara à (re) découvrir

1. Les Insomnies, chanson de l’album de 1981 : En concert : Pantin’81

https://www.youtube.com/watch?v=oiDrBukb3NE

 2. Du bout des lèvres, chanson de l’album Le Soleil noir de 1968 https://www.youtube.com/watch?v=KzRQYNN7_BA

 3. Nantes, chanson composée en 1963 et enregistrée en 1964, extraite de l’album Dis quand reviendras-tu ? Cette chanson demanda 4 années avant de voir le jour. Elle fut terminée quelques heures avant son passage en scène en novembre 1963 au Théâtre des Capucines.

http://www.ina.fr/video/i06013650

 4. Perlimpinpin, chanson de l’album Amours incestueuses de 1972 écrite durant la guerre du Vietnam. Elle fut reprise par la chanteuse Nathalie Dessay, lors de la cérémonie aux Invalides présidée par François Hollande en hommage aux victimes de l’attentat du 13 novembre 2015 à Paris.

https://www.youtube.com/watch?v=tYX2KRCr37g

 et l’hommage à Paris

https://www.youtube.com/watch?v=HpW93H3LlU4

 5. Sans bagages, chanson de l’album Barbara chante Barbara de 1964

https://www.youtube.com/watch?v=Ru6JpeA-OWU

 

Pour découvrir cette chanteuse, suivez le lien vers le coup de cœur musical avec l’album d’Alexandre Tharaud qui lui rend hommage

https://www.youtannéeube.com/watch?v=OHCytqH43K0

 

© Muriel NAVARRO - Centre International d’Antibes

 

 

 

 

 

 

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