Cinéma

SAMBA

Deux ans et demi après Intouchables, Samba est sorti le 15 octobre dernier. Le cinquième film du duo de réalisateurs Eric Toledano et Olivier Nakache réunit notamment à l’écran Omar Sy et Charlotte Gainsbourg.
Samba
, à la fois comédie romantique et drame social, nous ouvre les portes de deux mondes a priori incompatibles. Dès la première scène du film, le spectateur est entraîné de la soirée mondaine, avec danseuses de Charleston et pièce montée, aux coulisses du grand palace parisien, dans un plan séquence qui nous enfonce de plus en plus loin dans les arrière-salles des cuisines jusqu’à la plonge. C’est là qu’on fait connaissance avec Samba.

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samba_1663_01Samba (Omar Sy) est sénégalais, il vit en France depuis 10 ans. Il collectionne les boulots de misère et fait tout pour obtenir ses papiers. En voulant faire régulariser sa situation, il est arrêté à la préfecture et placé en centre de rétention à côté de l’aéroport de Roissy.

Alice (Charlotte Gainsbourg) est cadre supérieure dans un grand cabinet de recrutement. Epuisée par un burn out, elle se reconstruit en faisant du bénévolat dans une association.
Chacun cherche à sortir de son impasse jusqu'au jour où leurs destins se samba1_1600_01croisent.
Entre humour et émotion, leur histoire se fraye un autre chemin vers le bonheur. Et si la vie avait plus d'imagination qu'eux ?

Il est difficile de parler de Samba sans penser à Intouchables : comme il a dû être difficile de revenir après l’un des plus grands succès français de tous les temps ! Pourtant, les films sont très différents et il serait dommage de chercher dans Samba un remake d’Intouchables. Tout d’abord le personnage de Samba, Omar Sy, ne sait pas danser. C’est Wilson (Tahar Rahim), faux brésilien algérien, qui se déhanchera dans un remake aguicheur d’une publicité pour Coca-Cola.

Par contre, le film, comme Intouchables, est une adaptation de roman (Samba pour la France de Delphine Coulin). On y retrouve également un certain savoir-faire à l’américaine, une maîtrise des dialogues, un sens des répliques, de grands (très grands) acteurs et un talent des réalisateurs pour mélanger les genres et créer des passerelles, des portes dérobées et des rencontres au-delà des classes sociales.

samba2_1600_01Omar Sy déploie ici son grand talent d’acteur. Il est impressionnant en sans-papier qui court entre petits boulots et peur de l’arrestation. Ce n’est pas son petit accent africain qui nous convainc mais son jeu corporel, sans cesse sur le qui-vive, un peu gauche et maladroit. Il campe un personnage vrai, sans caricature, avec ses espoirs, ses peurs et ses contradictions.

Face à lui Charlotte Gainsbourg est émouvante, bouleversante même, et «un peu spéciale» comme le dit le personnage de Samba.
Alice roule en mini, habite un bel appartement et travaillait en tailleur jusqu’à son burn out. Aujourd’hui, elle collectionne les médicaments pour dormir et contre l’anxiété, participe à un programme pour remonter la pente, caresse des poneys pour se calmer et s’investit dans une association d’aide aux sans-papiers.

C’est leur rencontre qui fait du film une comédie romantique. Et leur rencontre est maladroite, pleine d’incompréhensions, de doutes, sans évidence, mais tellement belle, tellement vraie et entière. Cette vérité se révèle dans le jeu des comédiens et à travers leurs personnages qui se jouent des stéréotypes pour dévoiler leur complexité et surtout leur incroyable humanité.

Izïa Higelin (primé pour son rôle dans samb_1600Mauvaise fille en 2013) est pleine d’énergie, d’humour et campe avec justesse Manu, stagiaire dans l’association d’aide aux sans-papiers, championne en roulage de cigarettes, qui prône la distance face aux clandestins tout en tombant sous le charme de Wilson (Tahar Rahim primé pour son samba3_1600rôle dans Un prophète en 2009), un latin lover débrouillard et franc.

Samba n’est pas un film militant mais il entraîne le spectateur dans le milieu associatif dépeint avec beaucoup de justesse, dans le monde des sans-papiers, entre petits boulots clandestins (plonge, gardien de nuit, ouvrier sur une chaîne de tri des ordures...), débrouille et magouille autour de faux papiers, et centre de rétention. Eric Toledano a expliqué vouloir mettre des visages sur des statistiques, faire un film sur ces travailleurs qu’on voit fumer dehors en tablier de cuisine à la sortie des restaurants - des Africains, des Asiatiques, des Sri Lankais en pause pour quelques instants - et Olivier Nakache a précisé qu’ils avaient voulu filmer ces travailleurs invisibles d’aujourd’hui dans leur décor.
Pari réussi et avec beaucoup de justesse.

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© Fanny Tournaire – Centre international d’Antibes

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