Cinéma

Django

En attendant l’ouverture du Festival International de Cannes et sa sélection officielle des films en compétition, c’est un film nominé 8 fois à la Berlinale que je vous propose de découvrir, Django. Sorti le 26 avril 2017, il s’agit d’un biopic sur la vie du génie du jazz manouche Django Reinhardt réalisé par Etienne Comar.

Django d'Etienne Comar - Sortie le 26 avril 2017 Sortie le 26 avril 2017 Etienne Comar
Mai 2017

En 1943 pendant l’occupation allemande, le tsigane Django Reinhardt, véritable “guitare héros”, est au sommet de son art. Chaque soir, il fait vibrer le tout Paris aux Folies Bergères avec sa musique swing alors qu’en Europe, ses frères sont pourchassés et massacrés. Lorsque la propagande allemande veut l’envoyer à Berlin pour une série de concerts, il sent le danger et décide de s’évader en Suisse aidé par une de ses admiratrices, Louise de Klerk. Pour passer, il se rend à Thonon-les-Bains, sur les bords du lac Léman, avec sa femme enceinte, Naguine et sa mère Negros. Mais l’évasion est plus compliquée que prévue, Django et ses proches se retrouvent plongés dans la guerre. Pendant cette période dramatique, il n’en demeure pas moins un musicien exceptionnel qui résiste avec sa musique, son humour, et qui cherche à approcher la perfection musicale...

 

Etienne Comar est un scénariste et producteur accompli. Il a notamment obtenu le César du meilleur scénario pour Des hommes et des dieux de Xavier Beauvois. De même, il a été producteur, ou coproducteur, de nombreux films comme Timbuktu de Abderrahmane Sissako, Les Saveurs du Palais de Christian Vincent, ou Des hommes et des Dieux. Mais c’est la première fois qu’il passe derrière la caméra est réalise un long métrage.

Reda Kateb a débuté dans sa carrière cinématographique avec Un prophète  de Jacques Audiard ; il s’est depuis illustré dans des films français, par exemple dans Hippocrate de Thomas Lilti pour lequel il a obtenu le César du meilleur second rôle masculin en 2014 ou encore Loin des hommes de David Oelhoffen en 2015, tout en faisant ses premiers pas à Hollywood, notamment dans Lost River, le premier film de Ryan Gosling. Pour les besoins du film, Reda Kateb dit avoir appris la guitare pendant un an. Prouesse de comédien ou prouesse technique, on dirait vraiment que les doigts quasi surnaturels qui courent sur la guitare sont ceux du maître du jazz manouche.

Face à lui, on ne présente plus Cécile de France, repérée dès L’auberge espagnole de Cedric Klapisch en 2002 ; elle a depuis joué dans tous les registres, a interprété Sœur sourire dans le film éponyme de Stijn Coninx en 2009, était à l’affiche de Mesrine l’instinct de mort en 2008 de Jean-François Richet, ou de Möbius d’Eric Rochant en 2013, de l’autre côté de l’Atlantique elle s’est imposée avec notamment Au Delà de Clint Eastwood en 2011, ou The Young Pope, la série de Paolo Sorrentino depuis 2016.

Dans Django, elle incarne Louise de Clerk, seul personnage fictif du film, qui est parachuté dans la réalité de l’époque. Louise est une admiratrice, amante de Django, libre et trouble. L’ambiguïté de cette femme, aussi proche des occupants que de la résistance, et le jeu de séduction entre elle et Django sèmeront le doute jusqu’à la fin du film.

Le réalisateur a fait le choix de se concentrer sur une petite période de la vie de Django Reinhardt, refusant ainsi les codes classiques du biopic hollywoodien selon lesquels les quelques heures du film doivent révéler l’ensemble de la vie du héros. Ici, l’histoire prend le temps de se déployer, avec émotion, telle une musique, parfois endiablée, parfois douce.

Etienne Comar met en lumière dans ce film le succès de Django Reinhardt à Paris malgré l’occupation et l’engouement notamment des Allemands pour son swing. Dans cette période très noire, le musicien semble parfois refuser de voir ce qui se passe, ce qui l’entoure. À moins que, rattrapé par l'Histoire, ce ne soit par sa musique qu’il  résiste en jouant.

Il refusera finalement de jouer en Allemagne et décidera de fuir. Commence alors la deuxième partie du film, l’attente à Thonon-Les-Bains d’un passage vers la Suisse avec sa femme et sa mère.

La persécution des tsiganes est peu traitée dans le cinéma, à part peut-être par Tony Gatlif. Il y a peu de documentation et finalement ce n’est que l’année dernière que la France a officiellement reconnu sa responsabilité dans l’internement des Tsiganes durant la Seconde Guerre mondiale. La scène d’ouverture du film, très violente, nous place immédiatement dans la réalité de cette persécution.

La réussite du film, assez académique et finalement sans grande surprise, tient autant aux acteurs magnifiques qu’à la musique et au rythme qu’elle impose. Un très beau premier film pour Etienne Comar en tant que réalisateur.

 

Visionner ici, la bande annonce proposée par Allociné

 

© Fanny Tournaire – Centre International d'Antibes

Partager

Nos autres coups de coeur cinéma

Ce nouveau long-métrage d'Édouard Deluc, Gauguin - Voyage de Tahiti, est inspiré librement de Noa Noa, le carnet de voyage illustré du peintre.

La Confession, sorti le 8 mars, est une adaptation libre du roman de Béatrix Beck, Léon Morin, prêtre. C’est un pari pas facile qu’a relevé et…

Les films biographiques ont le vent en poupe. En 2016, nous avons ainsi pu plonger dans les vies de Cézanne et Zola, Cézanne et moi de Danièle…

Barbara… 2017 est l’année de commémoration de notre Dame brune, notre clown noir disparue en novembre 1997. Comment raconter cette artiste de légende

"La fille de Brest"" est inspiré de la vie d’Irène Frachon et de son livre, "Mediator 150mg : combien de morts ?", publié…

Avec Sage Femme, Martin Provost réunit deux grandes actrices françaises, Catherine Deneuve et Catherine Frot pour une comédie emplie de finesse et…

Ce 29ème long-métrage de Jacques Doillon n'est pas un simple biopic. Il se rattache avant tout au drame sentimental : c'est la jalousie et…

Nadir Moknèche est de retour. Après plusieurs films engagés , le cinéaste franco-algérien offre le premier rôle de son nouveau long-métrage, Lola…