Littérature

Le Cas Malaussène 1 - Ils m'ont menti

Le 3 janvier dernier Daniel Pennac a ravi ses lecteurs en nous livrant Le Cas Malaussène I - Ils m’ont menti, la suite des aventures de la famille éponyme. Vivement le tome 2 !
Quel bonheur de retrouver dix-sept ans après Aux fruits de la passion (Gallimard, 1999), la tribu Malaussène au complet, alors que nous ne l’attendions plus


Danniel Pennac, paru le 3 janvier 2017 chez Gallimard

Daniel Pennac, né en 1944 à Casablanca, revendique la lecture pour le plaisir. Il a reçu le prix Renaudot en 2007 pour son roman Chagrin d’école. Il a également écrit des romans pour les enfants, des essais et des livres illustrés. La saga des Malaussène a débuté en 1985 avec Au bonheur des ogres.

 

Ce nouvel opus se déroule en partie dans le quartier parisien de Belleville qui est un personnage à part entière des romans précédents, mais également dans le Vercors, lieu de villégiature de l’auteur comme du narrateur.

J’ai découvert Daniel Pennac adolescente, les Malaussène m’ont accompagnée plusieurs vacances d’été, j’ai vibré, ri et tremblé avec et pour eux. Quand Paris n’était qu’une image de carte postale, une capitale lointaine pour moi, je connaissais leur Belleville, le Zèbre, l’ancienne quincaillerie où ils vivaient et parcourais les rues dans leurs pas… Fan de la première heure, je ne vous cache pas mon petit bonheur et mon grand plaisir anticipé à la vue du livre dans la vitrine de la librairie. Et non je n’ai pas été déçue, j’ai retrouvé mes compagnons d’une époque, j’ai adoré qu’ils aient grandi et vieilli avec moi, comme quoi le temps ne s’arrête pour personne.

Benjamin Malaussène travaille toujours aux éditions du Talion, où la Reine Zabo règne sur ses auteurs.

[Ma plus jeune sœur Verdun est née toute hurlante dans La Fée Carabine, mon neveu C’Est Un Ange est né orphelin dans La petite marchande de prose, mon fils Monsieur Malaussène est né de deux mères dans le roman qui porte son nom, ma nièce Maracuja est née de deux pères dans Aux fruits de la passion. Les voici adultes dans un monde on ne peut plus explosif, où ça mitraille à tout va, où l’on kidnappe l’affairiste Georges Lapietà, où Police et Justice marchent la main dans la main sans perdre une occasion de se faire des croche-pieds, où la Reine Zabo, éditrice avisée, règne sur un cheptel d’écrivains addicts à la vérité vraie quand tout le monde ment à tout le monde.

Tout le monde sauf moi, bien sûr. Moi, pour ne pas changer, je morfle.]

Benjamin Malaussène. (Quatrième de couverture)

On retrouve dans ce roman des personnages connus mais on en rencontre également de nouveaux, tout aussi fantasques que les premiers. Les ingrédients du succès sont bien là, une famille soudée, des amis, des amours et une histoire à suspens et rebondissements, digne d’un thriller. Pourtant l’intrigue est presque secondaire, les personnages sont au cœur du roman.

Le style identifiable de l’auteur peut surprendre les néophytes, beaucoup d’humour et de fantaisie, une belle prose, avec des mots rares comme [vertacomicorien : relatif au Vercors.], des mots inventés [ça saut-perillait, ça smurfait, ça crachait du feu sur des rythmes de samba.] p.152 ou encore [Il s’était dit que, le cas échéant, le Burberry lui permettrait de générationner.] p.153 , des échappées poétiques, [Le soleil se couche sur le Vercors et Paris s’embrase. Musique à tous les carrefours. Les orchestres jaillissent du bitume. La course aux décibels brouille les communications téléphoniques.] p.145 et toujours une écriture qui sautille, invente, crée des images fortes et plante un décor.

Les thèmes chers à Daniel Pennac sont bien là : la famille et l’enfance, l’imagination, la vérité et la littérature. Ici c’est Alceste qui incarne le mieux ces derniers; d’ailleurs, il est un des narrateurs du roman. [J’ai fini ! Ah, le soulagement du point final ! C’est la cloche qu’on retire, le ciel qu’on retrouve ! La lumière ! L’air ! J’ai même trouvé le titre : Leur très grande faute.] p.93

[Une trouvaille de la Reine Zabo, ces hérauts de la vérité vraie ; ce sont eux qui remplissent les caisses des Editions du Talion, aujourd’hui […] Si vérité il y a, c’est au cœur de l’expérience individuelle qu’elle niche !] p.59

[J’ai donc ouvert « Ils m’ont menti » sans grande curiosité.

Comme tous les auteurs maison, Alceste s’y plaint de sa famille. Mais, là où ses semblables accusent leurs géniteurs de collaboration avec les nazis, de cocufiage, d’ivrognerie, de tortures mentales, d’inceste plus ou moins aggravé, d’indifférence absolue, d’hystérie volcanique ou de crapuleries en tout genre, Alceste, lui, se contente de reprocher à ses parents d’avoir été de piètres conteurs !] p.100

Mais le roman est aussi un policier, où l’intrigue tarde un peu à se mettre en mouvement, comme si l’auteur prenait son temps pour poser le décor, présenter les personnages héros des tomes à venir, les interactions et les liens entre les uns et les autres, bref un premier roman en guise d’introduction à une peut-être nouvelle saga.

George Lapietà : [homme d’affaires, ancien ministre, consultant pour le groupe LAVA] p.302 a été enlevé. [Vingt-deux millions huit cent sept mille deux cent quatre euros. Réveillée par le chiffre, la juge Talvern fut la première, informée. Les exigences des ravisseurs s’étaient inscrites sur les écrans de ses deux ordinateurs, de son portable, de sa tablette, et même de sa montre. 22 807 204 euros. Le chiffre clignotait autour d’elle.] p.47. Une affaire d’enlèvement qui en cachera une autre, et dans laquelle police et justice ne seront pas épargnées par l’auteur.

A la fin du livre, un répertoire présente, en quelques phrases, tous les personnages du roman (très nombreux). C’est à la fois une mine d’informations et une occasion pour l’auteur de s’amuser. On y trouve par ordre alphabétique les personnages, comme [Silistri, Joseph : Commissaire divisionnaire venu des îles. Fait équipe avec le capitaine Titus. Tous deux compagnons de lutte de Gervaise Van Thian dans Monsieur Malaussène] p.305, mais aussi [Leone, Sergio : cinéaste. Il était une fois dans l’Ouest, Pour une poignée de dollars, Le Bon, la Brute et le Truand, etc.] p.303, ou encore [Hasard : Le hasard intervient si souvent dans la saga Malaussène qu’il mérite d’y être traité comme un personnage à part entière.] p.302 et bien sûr « Belleville » ou « Vercors ».

Si vous aussi vous connaissez la tribu Malaussène, n’hésitez pas, ce roman vous replongera dans leur univers, si vous n’avez jamais lu ces romans, quelle chance ! Toute une saga à découvrir !

 

© Fanny Tournaire – Centre International d'Antibes

 

 

 

 

 

Nos autres coups de coeur littérature

Le conflit qui, depuis 2011, déchire la Syrie n'est plus à présenter, pas plus que ses funestes conséquences ni les commentaires et analyses plus…

Grande nouvelle pour les fans de la première heure comme pour tout amateur de science-fiction : la série des Valérian, close après 21 tomes et 40…

Peu connu du grand public, Francis Schull a été un proche de quelqu'un de bien plus connu, un humoriste acerbe et lettré disparu en 1988 et qui…

Ce recueil de textes choisis mêle des lettres de civils, des textes d’écrivains ou d’historiens, des discours de personnalités politiques ou encore…

Après avoir enseigné la sociologie à Strasbourg de 1973 à 1982 et publié cinq essais salués par Roland Barthes, Pierre Bourdieu et Jacques Derrida…

Une grande nouvelle pour la littérature française et francophone est tombée le 9 octobre : Jean-Marie Gustave Le Clézio a obtenu le prix Nobel de…

Paru en août 2016, Petit Pays de Gaël Faye a, depuis, reçu le prix du roman Fnac, le prix Goncourt des lycéens, le prix du premier roman et tout…

Nous avons tous nos souvenirs de bancs d’école puis ceux que nos parents et nos grands-parents nous ont contés. Chaque génération a connu ses joies…