Edito du mois

Le Grand chambardement saison 3 : Qui les Français enverront-ils à l’Elysée ?

Le Grand chambardement eut sa saison 1, pleine de suspens, assortie d’un épilogue tout à fait inattendu qui vit les Britanniques vouloir filer à l’anglaise. Le scénario de la saison 2 ne fut pas en reste et tint longtemps la planète en haleine avant d’aboutir à une fin non moins surprenante où le drôle de vainqueur, hésite entre la Maison Blanche et une tour pompeuse pour y installer son repaire. Cette fois-ci les scénaristes ont décidé de retraverser l’Atlantique et de planter le scénario de la saison 3, à l’ombre d’une autre tour, la Tour Eiffel.

Bousculant les codes et les traditions, ici encore, ils frapperaient fort : François Hollande n’avait-il pas conditionné sa candidature à une réélection, à sa capacité à vaincre le chômage ? Ils feraient donc jeter l’éponge au Président sortant, chose totalement inédite jusqu'ici sous la Vème République1. Jouant de leur habileté créative, nos scénaristes avait prévu un dernier rebondissement : que François Hollande annonce officiellement son retrait juste avant que la courbe du chômage ne s’inverse et que le ciel de l’économie française ne commence à s’éclaircir.

Mais leur volonté de tout chambouler ne s’arrêterait pas là : non contents d’avoir sorti le Président sortant, Le Grand chambardement 3, "Les présidentielles françaises", verrait les deux piliers de la vie politique française s’effriter. Le parti conservateur2  "Les Républicains" et le "Parti Socialiste" , qui y faisaient la pluie et le beau temps depuis des décennies, sortiraient lessivés et rétrécis.
Mais comment allaient-ils s’y prendre ? Comment pouvaient-ils, en seulement quelques mois que dure la saison 3, retirer à ces deux partis politiques le rôle prépondérant qui était le leur depuis la fin des années 1970 ? 

C’est là que réside leur habileté : la décomposition s’opèrerait tout simplement de l’intérieur. Lors des élections internes de chaque parti, appelées "les Primaires", ils donneraient la victoire à Benoît Hamon pour le PS et à Benoit_Hamon_meeting_Saint-Denis_-_face.jpg François Fillon pour le LR. Deux seconds couteaux sortis de l’ombre pour l’occasion, à qui il reviendrait "officiellement" de défendre les couleurs de leurs partis respectifs dans la course présidentielle quand leur vraie mission, assignée par nos scénaristes, serait en réalité de mettre en pièces LR et PS.

Pour le PS, la mission reviendrait donc au frondeur Benoît Hamon. Lui, jusqu’ici cantonné aux seconds rôles, mettrait en déroute aux primaires, les autres candidats PS modérés.  BH, qui n’avait cessé de boycotter et de critiquer l’action du gouvernement socialiste élu, enfermerait le PS dans une politique résolument de gauche à coups de  Revenu Universel et autres Légalisation du cannabis. Plus Hamon tirerait le PS à gauche, plus il s’aventurerait en territoire de Jean-Luc Mélenchon, chef du mouvement "La France Insoumise", trop content de Melenchon,_6ème_République_-_MG_6513_(cropped).jpg voir nombre de ses thèses avalisées par le candidat investi par le PS. Hamon se retrouverait alors en une position inconfortable d’équilibriste. Non seulement son programme jugé trop à gauche ferait fuir le gros de l’électorat social-démocrate, mais il se trouverait rapidement concurrencé sur cette gauche qu'il entendait incarner, par JLM. Une fois la bataille du premier tour lancée, les premiers sondages créditeraient BH d'un faible 15% des intentions de votes, avant qu'il ne subisse quelques semaines plus tard, l’humiliation de passer sous la barre des 10%.  Dans le même temps JLM lui, ne cesserait de progresser.

Francois_Fillon_IMG_3362_(cropped).jpg Et pendant que le Parti Socialiste serait cannibalisé par La France Insoumise, Les Républicains serait lui aussi victime du vainqueur de ses propres primaires. Pourtant, au départ, rien ne laisserait présager la catastrophe prochaine. Une voie totalement dégagée serait, en effet, promise au parti LR et l’alternance politique à portée de main du fait de l’abandon de François Hollande, et du discrédit qui pèse sur son gouvernement, lesté par trop de couacs et d’échecs contre le chômage. Là encore le scénario prendrait de nouveau tout le monde à contrepied et se déroulerait en deux temps. Cela commencerait par  une surprise de choix, suivie par un vrai coup de théâtre comme seules les très bonnes séries de télévision savent les créer et les gérer. Voyons le processus : Nicolas Sarkozy serait d’abord écarté au profit de François Fillon, son ancien premier ministre, un candidat bien moins spectaculaire, qualifié par l’ancien président de… simple collaborateur, et resté jusqu’alors dans son ombre. Tout comme Hamon, pour le PS, Fillon serait chargé de s’emparer du parti. Puis, patatras! LR s’écroulerait, vidé de bon nombre de ses sympathisants, à coup d’Emplois fictifs (pour femme et enfants) et autres Costumes sur mesure reçus en cadeau (que Fillon se résoudra, non pas à payer mais à… rendre). Au final, dans une fuite en avant populiste aux accents berlusconiens et trumpistes, Fillon chercherait à discréditer à la fois, les journalistes, les juges, ses adversaires et... ne se retrouverait bientôt plus soutenu que par un dernier carré de fidèles, constitué de la frange la plus conservatrice du LR tandis que certains de ses électeurs écœurés, désabusés, s'en remettraient à Marine Le Pen du "Front National" ou iraient rejoindre les rangs de plus en plus serrés des "PRAF"et que d'autres, en particulier, les plus modérés et centristes, consternés, déboussolés, fuiraient vers d’autres cieux politiques moins sombres.

PS et LR naguère si puissants, convertis en faire-valoir des mains de leur propres capitaines censés les conduire à la victoire. Le scénario était vraiment osé. Mais alors, finalement, comment se présenterait l’échiquier politique hexagonal à l'issue de cette saison 3 du Grand chambardement?

Les scénaristes avaient prévu qu'une troisième force politique surgirait créant une nouvelle surprise. Outre Le Front National en quête de respectabilité qui entend poursuivre une mue davantage esthétique que politique4, et La France Insoumise dont le succès grandissant est largement dû aux talents d’orateur de JLM et au siphonnage réalisé aux dépens du PS, c'est "En Marche!" qui créerait l'évènement. Bon nombre des sympathisants modérés du PS, décontenancés, chercheraient des horizons politiques moins radicaux et, ne se reconnaissant plus dans le programme officiel du PS concocté par Hamon, migreraient vers "En marche !", un nouveau mouvement créé un an auparavant par Emmanuel Macron, l’ancien ministre de l’économie de François Hollande. Ces déçus de Macron.jpg l’évolution du PS seraient rejoints par des électeurs ayant abandonné Fillon en rase campagne. Emmanuel Macron apparaîtrait pour les uns et pour les autres comme une option crédible. EM5 profiterait ainsi des deux événements improbables s’étant produit simultanément sur la scène politique hexagonale. Refusant obstinément la dichotomie droite-gauche qui dessine la vie politique française, positionnant En Marche !, à la fois à droite et à gauche à moins que ça ne soit ni à droite ni à gauche, Emmanuel Macron chercherait à rebattre les cartes et à valoriser un centre trait d'union entre les deux pôles, seul capable selon lui, de faire bouger les lignes traditionnelles et par là même, de faire avancer la France. Une position qui semble être la force de EM mais qui pourrait aussi s'avérer trop peu lisible et pourrait, en fin de compte, fragiliser l'entreprise du jeune ex ministre de l'économie.

Du Grand chambardement saison 3, il ne reste plus que quatre épisodes. Les deux prochains, programmés le 23 avril et le 7 mai seront décisifs. Quels derniers coups de théâtre ses redoutables scénaristes nous réservent-ils ?

 

 © Alexandre Garcia – Centre International d'Antibes

 

Notes:

1. Depuis l'instauration en 1958, de la Vème République, tous les Présidents sortants se sont portés candidats à leur réélection : De Gaulle, Giscard d'Estaing, Mitterrand, Chirac et Sarkozy (Pompidou étant décédé en cours de mandat).
2.
Depuis 1976, le parti conservateur qui se revendique du gaullisme aura changé trois fois d'appellation. Cette année-là, le Rassemblement Pour la République (RPR) est créé par Jacques Chirac. Il deviendra, en 2002, l'Union pour un Mouvement Populaire (UMP) puis cèdera la place en 2015 au LR.
3. Une catégorie de Français qui, selon le politologue Brice Teinturier, ont pris définitivement leur distance par rapport aux hommes et femmes politiques et aux enjeux politiques. Brice Teinturier les nomme les PRAF, les "Plus Rien A Faire, Plus Rien A Foutre".
4. Quitte à se brouiller hier avec son père et aujourd'hui avec Marion Maréchal Le Pen, sa nièce, Marine Le Pen poursuit sa stratégie de "dédiabolisation" du Front National. Elle entend faire avancer ses idées en rendant son parti moins repoussant pour appâter un électorat plus large et rendre plus difficile le front républicain qui se constitue lors de chaque élection pour faire barrage aux candidats du FN. Ainsi, par exemple, pour cette élection présidentielle, une application "Marine 2017" a été lancée sans la traditionnelle flamme bleu, blanc, rouge qui est le  logo historique du FN. Il est ici remplacé par une... rose (jusqu'ici le symbole du PS!). Quant à son "Projet Présidentiel",  Il n'est pas attribué au Front National auquel il n'est pas fait référence, remplacé par un "Au nom du peuple", plus à même de vaincre des réticences. Cette nouvelle cosmétique va jusqu'à occulter le nom Le Pen, au profit du seul prénom, Marine.     
5. En Marche ! reprend les initiales d'Emmanuel Macron

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