Cinéma

La Confession

La Confession, sorti le 8 mars, est une adaptation libre du roman de Béatrix Beck, Léon Morin, prêtre. C’est un pari pas facile qu’a relevé et réussi Nicolas Boukhrief en adaptant ce roman. En effet, le film éponyme de Jean-Pierre Melville avait reçu un franc succès à sa sortie en 1961. Il est aujourd’hui considéré comme un classique du cinéma français. Et comment remplacer ses deux prestigieux acteurs : Jean Paul Belmondo et Emmanuelle Riva ?

de Nicolas Boukhrief, film sorti le 8 mars 2017
Mars 2017

Le réalisateur, Nicolas Boukhrief, s’est notamment illustré dans des thrillers, par exemple Convoyeur avec A. Dupontel et J. Dujardin sorti en 2004 ou  Made in France qui relate l’histoire d’un journaliste français qui infiltre les milieux intégristes de la banlieue parisienne (sortie prévue en novembre 2015 mais annulée ; le film a finalement été diffusé en vidéo à la demande en janvier 2016). Il a également été coscénariste de plusieurs films. Il nous livre ici un beau thriller sentimental, empreint de mélodrame et de suspense.

Le film se construit à partir de la dernière confession d’une vieille  femme à un jeune prêtre. Elle raconte sa rencontre, son amour pendant la guerre.

Au printemps 1945, dans le sud-ouest de la France, la population vit au rythme de l'Occupation allemande. Les hommes sont souvent absents : morts au front ou faits prisonniers. L’arrivée de Léon Morin (Romain Duris), le nouveau prêtre, jeune et beau, réveille l'émoi chez beaucoup d’habitantes.

Jeune employée de la poste, communiste, athée, Barny (Marine Vacth) est sans nouvelles de son mari en détention Mais, contrairement à ses collègues émoustillées par cette arrivée, elle ne s’enthousiasme pas. Elle décide même d’aller défier le prêtre dans son église et lui reproche son attitude vis-à-vis des Allemands. Ainsi débute une série de joutes verbales entre les deux jeunes gens, l’un citant Karl Marx, l’autre prônant l’amour de son prochain.

Ces rencontres s’intensifient alors que le désir naît entre eux et que la guerre continue. Tout oppose ces deux personnages, le teint pâle de Barny face au prêtre brun et mat, Karl Marx, Dieu, et pourtant, dès leur premier regard, la magie opère. Sous les yeux des spectateurs, les personnages débattent et se débattent. Leurs échanges sont toujours respectueux, très vite ils s’apparentent à un jeu aux règles établies, où chaque protagoniste encourage l’autre pour mieux le contrer. Les tirades s’envolent au rythme de belles réparties. Le film est un duel amoureux plus que de croyances.

L’utilisation répétée des plans serrés contribue à créer la tension dramatique entre les personnages : comme prisonniers du cadre, on les voit aussi comme prisonniers de leur désir et de l’Occupation. Les silences qui ponctuent ces échanges appuient les doutes de la jeune femme, mais aussi soulignent l’oppression et toujours font peser le poids de la guerre qui gronde. La lumière joue également un rôle important dans le film, figeant certaines scènes en véritables tableaux.

 Romain Duris (révélé dès 1994 dans Le Péril jeune  de Cédric Klapisch) donne vie à un Léon Morin terriblement charismatique, tout en maintenant une certaine mesure. Son sourire charmeur aux lèvres, il est séducteur. Face à lui, Marine Vatch est lumineuse. Révélée en 2013 par Jeune et jolie de François Ozon où elle jouait une étudiante qui se prostituait pour payer ses études, elle est ici pleine de pudeur et de sobriété. Ils forment un duo d’acteurs convaincants et émouvants.

 

Un thriller sentimental sous l’Occupation, mené avec talent par un beau couple d’acteurs très touchants.

 

© Fanny Tournaire – Centre International d'Antibes

 

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