Cinéma

Aimer, boire et danser

Surprenant ! Adapté de la pièce de théâtre, Life of Riley, du Britannique Alain Ayckbourn, Aimer, boire et danser d’Alain Resnais, disparu le 1er mars 2014, ne laisse pas le spectateur insensible au charme, l’intelligence et la poésie de l’ultime film du célèbre cinéaste. S’il nous était donné de le résumer en deux mots, Carpe diem serait l’expression sempiternelle que nous choisirions pour définir ces presque deux heures de projection.


Un film sur le cinéma, un film à la fois léger, grave et original.

Issu d’une famille de lettrés, Alain Resnais s’est passionné pour toutes les formes d’art, de la photographie à la littérature. Dès l’âge de 12 ans, il était déjà cinéphile et tournait, entre autres, un Fantomas en super 8. Grand amateur de théâtre, il s’inscrit aussi très tôt au Cours Simon1 avant d’intégrer l’IDHEC2 en 1943.alain_resnais_-_reproducao_575_01

Sa carrière cinématographique commencera véritablement après la IIème guerre mondiale où il réalise une série de films d’art dont Van Gogh et Guernica. En 1955, il obtient le Prix Jean Vigo pour Nuit et brouillard, documentaire qui deviendra un film de référence pour la déportation. En 1959,  son premier long métrage, Hiroshima mon amour, va s’imposer comme œuvre charnière du cinéma français pour la modernité de la narration. Deux ans plus tard, L’année dernière à Marienbad, un film sur la mémoire, l’un des thèmes fétiches du cinéaste, obtient Le Lion d’or de Venise. Cinéaste engagé, il livrera ses messages sur la guerre d’Algérie (Muriel 1964) et sur l’anti-franquisme (La guerre est finie, Prix Louis-Delluc 1966). En 1980, Mon oncle d’Amérique où Resnais bouscule encore les règles de la narration, est primé au festival de Cannes.

Mais, en dépit de son image de cinéaste intellectuel, Alain Resnais était nourri de culture populaire : ne donne-t-il pas ses lettres de 20140328-151553-aimerboirechanter_600noblesse à la variété en 1997 avec On connaît la chanson ?

Le réalisateur, alors âgé de 91 ans, aura reçu un dernier hommage, quelques jours avant sa disparition : Aimer, boire et danser a reçu le Prix Alfred Bauer à la 64ème édition du festival de Berlin pour un film qui ouvre de nouvelles perspectives.

cinema, théâtre et B.D

En effet, ce dernier film d’Alain Resnais résume l’éclectisme du cinéaste en cassant les barrières entre cinéma, théâtre et B.D. Il joue de ces trois formes artistiques pour livrer un film sur le cinéma : une succession de faux pour faire du vrai et amener le spectateur à voir le vrai derrière le faux.

Au fil des saisons, du printemps à l’automne, les arbres (peints sur de grandes toiles) changent de couleur dans les trois jardins (aux massifs de fleurs en carton) où tout ressemble à un jeu. Même la petite taupe, sortie tout droit d'un film d’animation, vient ponctuer en gloussant quelques scènes animées.

Voilà ce dont je rêverais : que le spectateur dans la salle se dise, oui, bon, c’est du théâtre filmé, et soudain change d’avis, oui mais au théâtre, on ne pourrait pas faire ça… Et ça redevient du théâtre, et ça redevient du cinéma, et parfois de la bande dessinée. (Alain Resnais)

Les acteurs

 

Dans la campagne anglaise du Yorkshire, la vie de trois couples amateurs de théâtre est bouleversée par le comportement énigmatique de leur ami Georges. Les trois femmes, Caroline Silhol, Sandrine Kimberlain et Sabine Azéma (l’épouse de Resnais à la ville) se battent pour le cœur de l’ami en question dont les jours sont comptés : chacune espère qu’il la choisira pour partir deux semaines à Ténérife. Tout cela dans une atmosphère guillerette et malicieuse qui laisse leurs maris pantois : dans l’ordre des épouses précédemment citées, Michel Wuillermoz, André Dussolier et Hyppolite Girardot. Le jeu subtilement faux des comédiens témoignent à l’évidence de leur joyeuse complicité avec le réalisateur. D’eux-mêmes, ils se sont réunis en dehors des heures de tournage pour répéter. On a gagné un temps fou ! (Alain Resnais).

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Le message

Mais le propos de Resnais va au-delà du vaudeville, ces personnages s’agitent malgré la disparition  annoncée de leur ami, comme si son comportement énigmatique n’était en somme que le moyen de les réveiller à la vie : si l’on ne voit jamais Georges, véritable Arlésienne, on ne parle que de lui !

Oui, c’est drôle, mais il y a tout de même des moments où je fais passer l’ombre de la mort, sur une musique légère. (Alain Resnais)

Georges ralentit le temps, dit Kathrin (Sabine Azema) tandis que son mari Colin (Hyppolite Girardot) essaie de l’emprisonner, obsédé par ses pendules jamais à l’heure. Et si c’était Georges le plus vivant de tous ? Sa fin même sera un surprenant pied-de-nez à la mort !

Un film tout de légèreté et d’amour, un élégant adieu de l’un de nos très grands cinéastes.

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©Sylviane COLOMER - Centre International d’Antibes

1 IDHEC : Institut des hautes études cinématographiques créé en 1943 qui deviendra, en 1988, la FEMIS, Fondation européenne pour les métiers de l’image et du son.

2 Cours Simon : Ecole d’art dramatique fondée en 1925 par René Simon, reconnu par tous maître en pédagogie théâtrale. L’école est dirigée aujourd’hui par Chantal Brière.

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