Edito du mois

Une belle manifestation et une année 2017 qui commence bien!

En coorganisant avec l'Association des enseignants de français de Russie (l’AEFR), son 26ème Séminaire national du 28 janvier au 4 février 2017, nous avons pu constater à quel point la langue française comptait des amis fidèles dans ce vaste pays qu’est la Russie.

L’année 2017 a commencé pour nous dans le partage et la convivialité avec l’accueil de dizaines de collègues venus du froid (Moscou et d’autres villes russes venaient tout juste d’enregistrer des – 25°) mais qui faisaient tous preuve, une nouvelle fois, d’une chaleur confraternelle rare.

Déjà, il y a vingt ans, lors du 6ème Séminaire que l’association avait délocalisé à Bourges, j’avais eu le loisir d’apprécier ces collègues russes mus  par un même engagement et une même passion pour la langue française. Ils la portaient dans leur cœur, et étaient heureux de la partager avec nous.

Grâce à Mme Jeanna Aroutiounova, la  Présidente de l’AEFR,  je fus de nouveau  invité comme intervenant en janvier 2000, au 9ème séminaire de l’association.  Nous étions alors, aux portes de Moscou à Koroliov. La ville de la conquête spatiale. Toute une semaine au cours de laquelle je pus de nouveau apprécier, à quel point les membres de l’AEFR étaient épris de la France et de sa langue. Je me souviens d’avoir eu de riches et très sympathiques échanges. Je me souviens d'avoir été ému par le travail de la jeune Compagnie Georges Brassens de Moscou et sa version tout en fraîcheur de la comédie musicale Notre Dame de Paris. Je me souviens aussi, d'une conversation avec une collègue qui m’a particulièrement marqué. Lors de notre entretien, cette dame ne dissimulait pas sa joie et avant que nous nous séparions, elle eut soudain envie de m’avouer ceci : "M. Garcia, je suis tellement heureuse d’avoir pu vous parler, c’est la première fois que je parle à un vrai Français !" Elle me fit cette confidence dans un français impeccable et sans accent. C’était un professeur en fin de carrière. Elle n’était donc jamais venue en France. Je me gardai de la contredire en lui avouant mes origines hispaniques… prononcées,  mais cela eut un effet immédiat en moi, celui de revoir avec une grande humilité mon rôle d’intervenant à leur séminaire : Quelle expertise en matière de méthodologie de l’enseignement du français pouvais-je prétendre apporter de France, à des collègues qui, étant restés éloignés du pays de Molière, maîtrisaient si bien le français et l'enseignaient en vouant un tel amour à notre langue ?

Avec l'AEFR nos chemins se séparèrent. Je revis avec plaisir, Jeanna Aroutiounova plus tard en République de Géorgie, à Tbilissi, puis à plusieurs reprises à Antibes et l’idée de coorganiser chez nous, l’un des Séminaires nationaux germa. Nous avons donc été très heureux, en ce début d’année 2017, d’avoir pu, enfin, concrétiser ce vieux projet et d’avoir apporté notre modeste contribution à l’une des plus importantes et dynamiques associations d’enseignants de français. L’AEFR, organisation non-gouvernementale à but non-lucratif est née en 1990, quelques mois après la chute du régime soviétique; ses membres sont des enseignants francophiles exerçant dans des établissements très variés : universités, lycées, collèges, écoles, mais tous passionnés par leur mission : la promotion et la défense de la langue et de la culture françaises et francophones  en Russie. La devise de l’association est suffisamment explicite : "J’apprends, j’enseigne ... et je diffuse le français". La France ne s'est pas trompée qui a décoré Mme Jeanna Aroutiounova Chevalier de l’Ordre national du Mérite et Officier des Palmes Académiques.  Mme Aroutiounova aime se présenter et justifier son amour pour le français, en reprenant les paroles du chanteur Yves Duteil : "C'est une langue belle à qui sait la défendre. Elle offre les trésors de richesses infinies". Mme Aroutiounova est également Présidente déléguée de l'Association des Amis de la France, membre du Conseil d'Expert de la langue francaise auprès du Ministère de l'Enseignement de la Fédération de Russie. L’AEFR agit en étroite coopération avec le Ministère de l’Éducation Nationale et des Sciences de Russie, l’Ambassade de France/des pays francophones en Russie. L’AEFR est membre actif de la FIPF (Fédération Internationale des Professeurs de Français).

Dès l’ouverture officielle qui a compté avec la présence de Monsieur Sergey Molchanov , le Consul Général de Russie à Marseille, et Intervention AEFR Bruno.jpg pour la ville d’Antibes de Messieurs Yves Dahan et Philippe Baute, respectivement adjoint au maire d’Antibes, chargé de l’éducation et de la petite enfance, et directeur de l’Office de tourisme d’Antibes Juan-les-Pins, nous avons pu apprécier la sympathie, l’intérêt et le plaisir d’échanger de ces collègues.
Mais aussi, comme l’assure ZAZ, dans sa chanson, On ira, nous avons eu le loisir de vérifier que "les rencontres font les plus beaux voyages". Nos collègues venant de 19 villes différentes nous ont rappelé que ce vaste pays qu’est la Russie est riche de sa diversité culturelle. Je ne citerai que les villes les plus exotiques pour nous Méditerranéens, habitués à la mer bleue, aux palmiers et, en cette saison, au mimosa. Nous avons été impressionnés d’apprendre que des participants venaient du sud de l'île de Sakhaline, de la ville de Ioujno-Sakhalinsk qui se trouve à 6650 km de Moscou mais est voisine de la ville japonaise de Sapporo distante de moins de 450 km ! Six collègues exerçaient comme professeurs de français à Yakoutsk, considérée comme la ville la plus froide au monde, capitale de la République de Sakha ou Iakoutie en Russie, territoire grand comme cinq fois la France où l’on découvre encore de nos jours, des mammouths congelés. Des villes du Caucase, de l’Oural et aussi Novossibirsk, la capitale de la Sibérie occidentale étaient, avec bien d'autres, également représentées à Antibes qui, de son côté, est jumelée à Krasnogorsk (oblast de Moscou).

Cette rencontre avec des collègues de français de contrées si lointaines donnait tout son Cloture AEFR (26 sur 108).jpg sens à la francophonie qui a toujours été fière de sa diversité. C’est avec cet état d’esprit si particulier à ceux qui savent posséder un bien précieux en commun, qu’au Centre International d’Antibes, nous les avons accueillis. Et nous nous réjouissions de voir, qu’aujourd’hui où les relations d'Etat entre nos deux pays sont un peu moins évidentes, ce trait d’union naturel entre la Russie et la France était maintenu grâce à la culture, à la langue française et surtout grâce à ces chers collègues qui, pour reprendre les mots de Jeanna Aroutiounova, nous ont donc offert, en ce début d'année 2017, "une semaine riche de découvertes, de rencontres, de partages professionnels et culturels".

 

 

 © Alexandre Garcia – Centre International d'Antibes

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