Edito du mois

Janvier vu de France, et de quelques voisins

De prime abord, le mois de janvier peut paraître bien ingrat : glacial dans biens des régions de France, humide, il a mauvaise presse au regard de son prédécesseur plus « festif », décembre de la nativité, ses fêtes et guirlandes, son Sol invictus romain devenue naissance « officielle » d'un nouveau dieu des humbles. Il ne peut pas non plus se prévaloir d'être le mois du carnaval et de la chandeleur. Janvier pâlit...Mais au fait, d'où vient ce mot à la prononciation parfois délicate pour des étrangers ?

Etymologiquement, « janvier » renvoie à Janus, le dieu romain à deux visages. On ouvrait le temple de Janus en temps de guerre. Le lien entre le mythe, la pratique cultuelle et culturelle, et le nom attribué à ce « premier mois de l'année » paraît troublant. Par sa redoutable et déplorable actualité d'abord. En effet, c'est en janvier qu'on eu lieu des attentats désormais de sinistre mémoire pour tous les Français (comme pour quiconque témoigne d'un attachement quelconque à  la liberté d'expression et à la paix).

 Cependant, au-delà de cet aspect (dont on ne pourra plus jamais faire l'économie), faudrait-il comprendre que janvier serait un sas symbolique entre deux mondes, une étape ? Possible : nous sommes au coeur de l'hiver, saison des longues nuits, pourtant, les jours ont plus ou moins perceptiblement commencé à rallonger. Depuis Noël, la lumière poursuit sa renaissance.

  Et le climat ? Le froid -marqué dans le Nord de la France, plus doux au bord de la Méditerranée- règne encore. Tout se passe comme si, sous nos latitudes azuréennes, janvier regardait à la fois vers les Alpes glaciales et souvent enneigées, en même temps vers la douceur de la mer. Les Alpes Maritimes sont aussi nanties d'un double visage. Et nulle part ailleurs qu'en janvier cette ambivalence ne se fait autant sentir. Après tout, n'est-ce pas au milieu de l'hiver que culmine ce que le tourisme appelle « le hors-saison » ? 

Le mois de janvier azuréen aussi est beau : des neiges prometteuses alléchant les skieurs endiablés aux adeptes du farniente le long d'un littoral ensoleillé, chacun peut y trouver son compte. Nietzsche lui-même, le marcheur invétéré, le philosophe et poète du torrent et des cascades, consacre dans son Gai savoir un hymne à « janvier guérisseur ». Il faisait alors allusion à son séjour napolitain. Mais pas uniquement : le père de Zarathoustra résida à plusieurs reprises sur la Côte d'Azur à Nice, et peut-être à Eze, même si, dans ce dernier cas, la présence du penseur ne semble pas véritablement attestée, une sentier porte tout de même le nom du philosophe. N'écrivait-il pas dans son Zarathoustra qu'il fallait « vivre sur les montagnes ? Dont acte.

Repassons un instant au-delà des Alpes. N'oublions pas non plus que, pour nos voisins italiens, janvier est le mois de la « befana », cette bonne fée en haillons qui vient distribuer des bonbons aux enfants sages et du charbons aux plus turbulents. Alors que nous fêtons l'épiphanie, les Italiens ont droit à leur père Noël. Pour les Italiens, il s'agit donc d'une période de fête, pour ne rien dire de Naples, dont nous parlions plus haut, et de son saint-patron, Saint-Janvier (dont le sang, conservé en partie dans un récipient est censé se liquéfier provisoirement pendant le rite qui lui est dédié) . Un cliché voudrait que, pour les Italiens, tout soit une fête -peut-être y a-t-il du vrai là-dedans. 

Évoquer le mois de  janvier, où l'on « tire les rois » nous renvoie au récit biblique du périple des trois rois mages venus adorer le Christ, guidés par une étoile. Peut-être était-ce la plus brillante du ciel, et qui n'est pas véritablement une étoile : la planète Vénus, que les anciens nommèrent Esper à son lever, Vesper à son coucher. Choisissons l'Etoile du matin comme guide pour nos rois mages. Car, même si, désormais, et pour longtemps encore, le mois de janvier sera entaché, en France, de souvenirs sanglants, l'histoire et ses drames n'occultent pas une tradition qui a pour elle de rester lumineuse. Voyons encore en ce mois de Janus à double face la promesse d'un renouveau.

 

© Olivier DALMASSO - Centre International d'Antibes -

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