Cinéma

L'écume des jours

« Un retour aux sources ». C’est ainsi que le réalisateur Michel Gondry qualifie sa « rencontre » avec Boris Vian1. En adaptant son roman, L’écume des jours, publié en 1947, Michel Gondry reste fidèle à l’univers onirique du poète, tout en laissant libre cours à sa créativité fantasque.


Parmi les options qui s’offraient à lui, le cinéaste a choisi la plus littérale : une fidélité extrême aux mots et aux idées du texte qu’il accompagne de sa touche personnelle.  La liberté de cette écriture qui crée des surprises à chaque instant a débloqué ma créativité, explique-t-il. Pari réussi !

Le 20 mars 1968, sortait L’écume des jours, un film de Charles Belmont, adapté du roman éponyme de Boris VIAN. Entreprise 20471990.jpg-r_640_600-b_1_d6d6d6-f_jpg-q_x-xxyxx_600_01folle, s’il en était, tant la période troublée des événements de 68 et la renommée « sulfureuse » de l’auteur du roman prêtait à l’interdiction. Le réalisateur accomplit néanmoins l’exploit de rendre la poésie du roman, à l’aide de grands acteurs débutants – pour n’en citer qu’un : Jacques Perrin (réalisateur, entre autres,  du documentaire  Océan en 2009). Le film que j’ai eu le bonheur de voir à sa sortie n’a évidemment pas eu le succès populaire qu’il méritait, malgré sa nomination au festival de Venise…et pourtant !

Le 24 avril 2013, c’est au tour de Michel Gondry de relever la gageure : j’y étais encore une fois et je n’ai pas été déçue !

Avec la nouvelle adaptation de ce roman atypique, 2013 est une année de tous lecume_des_jours_-_torreton_671les défis, semble-t-il. Vingt ans après sa rencontre avec la druidesse islandaise BJörg (clip des années 90), Michel Gondry adapte L‘écume des jours, faisant preuve d’inventivité créative d’un bout à l’autre de l’histoire de Colin (Romain Duris) et Chloé (Audrey Tautou) – Les deux acteurs renouent une idylle cinématographique, dix ans après L’auberge espagnole d’Eric Kaplisch-. Le réalisateur se permet quelques libertés pour visualiser le livre à sa manière. Ainsi, Chloé n’a ni les cheveux frisés, ni les yeux bleus, de véritables « petits fours » sont servis, et Colin et Chick (Gad Elmaleh) prennent des pilules à la Jean-Sol Partre (Jean-Paul Sartre, pour ceux qui ne l’auraient pas reconnu !)

Mais reste la fidélité au cœur du roman de Boris Vian, cerné par des objets vivants et des inventions inconnues, farfelues. Michel Gondry avoue même : L’idée que les choses sont presque plus vivantes que les gens correspond bien à ma personnalité. J’ai eu souvent tendance, quand j’étais enfant, à prendre les objets pour des personnes, voire à croire qu’ils sont montés contre moi ? Et c’est vrai que son hyperactivité visuelle permet de rendre compte à chaque instant, à chaque scène, du monde onirique du romancier.

L’univers de Vian, c’est aussi la musique qui imprègne le film de Gondry. Et pas n’importe quelle musique : celle de Duke Ellington d’abord mais aussi– et c’est une réussite-celle du musicien et complice, Etienne Charry, dont Gondry rapporte les options : C’était important pour moi de travailler avec un compositeur qui n’allait pas être influencé par Duke Ellington. Et je ne voulais pas qu’il jazzifie ses mélodies. Ça aurait pu facilement donner au film un côté ringard.

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Autour des allées et venues  de Colin, Chloé, Chick-obsédé par Jean-Sol Partre-, Alise, son amoureuse (Aïssa Maïga), Nicolas –avocat, ange gardien de Colin-(Omar Sy), Michel Gondry nous conte une histoire d’amour- et de mort- dans un Paris intemporel. Il réussit à donner vie à ces sombres années 40 décrites par Boris Vian ; des années à la fois remplies de promesses technologiques comme des peurs liées à l’argent, à l’aliénation du travail (scène choc !) et de la religion (machine à fric !). Les acteurs sont tous complices de cette aventure ubuesque et prennent plaisir à s’y retrouver ; c’est en tout cas le ressenti que le spectateur vit durant ces deux heures de projection.

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Un univers imagé, rempli d’humour, un film fourmillant d’idées – celles du romancier- qui nous plongent dans un autre monde qu’il serait dommage d’ignorer !

 

1 Voir  L'écume des jours Le livre dans ce même numéro de mai.

 

©Sylviane COLOMER - Centre International d'Antibes

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