Musique

Vernet-les-Bains

Célébrons la fête des amoureux ! Mais faisons-le à rebrousse-poil avec Cali qui signe ici son grand retour. L’Amour parfait, sorti il y a près de 10 ans, avait marqué son entrée fracassante sur la "nouvelle scène de la chanson française1". Si les relations amoureuses qui s'y révélaient, contrariées, tumultueuses et féroces, étaient loin d’être parfaites, l’album, acclamé par le public, le fut. L’Amour parfait portait en lui les signes d’identité de Cali : un romantisme exacerbé, drapé dans une poésie où le désespoir amoureux s’associe à l’autodérision, le tout porté par une voix grave, écorchée, qui s’applique à articuler chaque syllabe, comme si elle cherchait à conférer toute sa force à chaque mot.

Lors de la longue tournée à travers la France qui suivit la sortie de l’album, on découvrit, en outre, un artiste de scène hors pair offrant à chaque concert une déferlante d’énergie2. Cali s’inscrivait ainsi dans une filiation naturelle avec des aînés prestigieux comme Jacques Brel et Jacques Higelin.

Après Menteur (2005), l’Espoir (2008) où Cali, à la manière d’un Léo Ferré, manifeste son engagement politique puis La vie est une truite arc-en-ciel qui nage dans mon cœur (2010), titre excentrique pour habiller un quatrième opus aux accents rock, cali-vernet-les-bains_510Vernet-les-Bains3 renoue avec le Cali de 2003 pour le bonheur de ceux qu’il avait séduits alors.

Dès le morceau qui ouvre l’album, Ce soir je te laisse partir, on retrouve la thématique des amours douloureux, voués au naufrage malgré tout : [Ce soir je te laisse partir / Ce soir je te laisse partir / Je ne vais pas mourir, non / Ce soir je vais m’endormir / Avec un vieux T-shirt à toi…]

Et si l’on croit que L’amour est éternel, Cali nous livre la réponse : [Je me souviens du banc où l’on s’est effleurés / J’étais le plus timide, tu étais la plus belle du lycée / As-tu rêvé d’un autre depuis ? / Ai-je rêvé d’une autre vie ? / L’amour est éternel / L’amour est éternel jusqu’à ce qu’il s’arrête…]. L’amour naissant, heureux, n’intéresse aucunement Cali qui le préfère en bout de course, au bout du rouleau, lorsqu’il apparaît dévastateur et cruel comme dans Amour m’a tuer4 : [Aurais-je un jour assez de cran / Pour retourner au combat / Il me reste encore du sang / Sous les ongles, je crois / Qu’il faut beaucoup plus que du temps / Pour oublier quelqu’un comme toi / Au lavage même en frottant / Les traces de sang ne partent pas…] ou bien lorsque cet amour ne penche que d’un seul côté : Venez me chercher : [J’aime aussi comme tu ris avec les autres / J’aime qu’ils nous croient heureux, j’aime ça / Et le soir quand ta dernière ronde est terminée / Quand je suis sûr que tu dors là tout près / Vous devez savoir je vais mourir près d’elle et je n’ai pas la force de partir pour toujours / Il faut voir comme j’aime cette femme / je le jure ça finira par me tuer …]. Le magnifique Tu me manques tellement dit les plaies de l’âme lorsque survient la faillite du sentiment amoureux : [ On l’a décidé, vaincus / Notre amour était perdu / Etouffé, ivre mort, la tête dans les poubelles / Quand je t’ai regardée partir / Comme un point au bout de la rue (…) / Ce soir, je prie pour que tout redevienne comme avant / ce soir je prie pour que tu me serres à nouveau dans tes bras / Que tu m’étouffes encore dans un baiser d’adolescent / tu me manques, tu me manques tellement…]

Parmi les huit autres chansons de l’album, citons également les adieux déterminés d'un fils à ses parents, résolu à fuir l’ambiance familiale nauséabonde qui l’écœure : Mes vieux cinglés ; Le poignant Je rêve de voir l’été, souhait d'un homme qui, alité dans une chambre d’hôpital, sent la mort de plus en plus proche ; ou encore Une femme se repose, très beau texte sur la vieillesse progressivement prise en otage par la solitude et les souvenirs d’une vie qui fut.

Amours désenchantés ou en chute libre, fêlures de la vie : c’est là le genre où la voix de Bruno Caliciuri, emplie d’émotion retenue, excelle. Et comme dans L’Amour parfait, il sait parfaitement associer à ses textes une mélodie qui fait contrepoids. Surprenante par son rythme léger, gai, entraînant, elle est portée par une orchestration où piano, percussions et guitares jouent les premiers rôles.

L’album se conclut par une chanson qui montre toute la dérision dont peut faire preuve Cali. Happy end est interprétée par des amis chanteurs tels que Miossec, Mathias Malzieu du groupe Dionisios, Dominique A, Bénabar et d’autres. Tous s’y sont donné rendez-vous pour reprocher à Cali son goût pour les histoires d'amour qui finissent mal : [Tu sais les gens ont vraiment besoin d'un beau beau happy end / Et pense à tous ces mômes et à leurs regards tristes / Non, n'aie surtout pas peur qu'il paraisse trop beau ton happy end] lui reproche Dominique A [Pense à cette femme qui grâce à ton délicieux happy end / Décidera de remettre à plus tard son départ / Elle oubliera un temps ses amants, elle étreindra très fort son mari / Qui oubliera de se pendre par cette belle nuit] renchérit la comédienne et chanteuse Rachida Brackni ; quant à Bénabar, il ajoute agacé : [Tu nous emmerdes avec tes chansons qui s'écroulent toujours dans les larmes / Laisse-nous croire que parfois on peut éviter tous ces drames]. Cali répond ainsi aux critiques de ses amis : [Toujours, j'ai toujours besoin de vous faire chialer / Je sais, je vais trop loin / Je vous râpe le moral, je sais, j'aimerais tant vous faire du bien].

 

© Alexandre Garcia – Centre International d’Antibes

 

Ecouter L'Amour est éternel

1. Au début des années 2000, la "Nouvelle scène française" compte des chanteurs consacrés au cours des annéees 1990, tels Arthur H, Miossec, Dominique A, Mano Solo, Thomas Fersen, De Palmas...auxquels se joignent de nouveaux venus comme Cali, Bénabar, M ou Benjamin Bioley

2. Voir Cali en concert chanson C'est quand le bonheur de l'album L'Amour parfait

3. Vernet-les-Bains, dans les Pyrénées orientales, est une petite ville thermale. Cali y est né.

4. La faute d’orthographe fait référence à une affaire criminelle qui s’est déroulée non loin de chez nous, à Mougins. A côté du corps sans vie de madame Ghislaine Marchal, une   inscription en lettres de sang avec cette grossière faute accusait son jardinier Omar Raddad : « Omar m’a tuer ». Cette célèbre faute d’orthographe est reprise ici par Cali mais il n’est pas le seul, il suffit de taper sur Google « m’a tuer » pour se rendre compte qu’elle sert à maintes autres accusations.

 

 

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