Littérature

Le voyage de M. de Balzac à Turin

Après avoir enseigné la sociologie à Strasbourg de 1973 à 1982 et publié cinq essais salués par Roland Barthes, Pierre Bourdieu et Jacques Derrida dont il devient un ami très proche, Jean-Marie Geng choisit définitivement la littérature en 1982 et le nom de Max Genève.
Il est l'auteur d'une vingtaine de romans, de plusieurs recueils de nouvelles, de préfaces et d'articles divers. Le Voyage de M. de Balzac à Turin est le troisième ouvrage paru chez Serge Safran éditeur, après Virtuoses et Le jeune homme qui voulait ralentir la vie.

de Max Genève chez Serge Safran éditeur, janvier 2016, 220 pages, 16,90 €, disponible en version numérique

L'été est, pour beaucoup d'entre nous, synonyme de lectures, de découvertes et de vagabondages littéraires. Mais le professeur est un lecteur d'un genre particulier, il a toujours en tête le cours à préparer, le texte qui répondra au programme et qui ne découragera pas les élèves, et il se sent toujours un peu coupable, la rentrée arrivant, de s'éloigner des classiques qu'il aura à enseigner, en un mot de ne pas lire "utile". 

Avec son Voyage de M. de Balzac à Turin, Max Genève nous permet de joindre l'utile à l'agréable pour une reprise en douceur. Le personnage principal de ce roman n'est autre qu'Honoré de Balzac.  Pourquoi ce choix? Max Genève répond dans une postface intitulée Balzac, précis d'inconduite: [On m'a parfois demandé pourquoi Balzac? Pourquoi cet intérêt toujours renouvelé, cette ardente curiosité? Comme styliste, Flaubert lui serait supérieur, et plus haute son ambition de faire du roman œuvre d'art. Et Stendhal et Zola... On admire, oui, mais on en sort sans trop de mal. Balzac, lui, vous laisse pantois, meurtri, brisé même -quand on est bon public. Sa puissance narrative vous déconcerte, vous accable, vous écrase, vous épuise. Son contemporain et ami Astolphe de Custine avait compris le phénomène: "C'est plus qu'un auteur. C'est une littérature." […] J'écris depuis cinquante ans et je n'ai jamais cessé de le relire en amateur, en amoureux, en ami. Je lui devais donc ce livre.] p.208,209 

Max Genève a choisi d'évoquer un épisode heureux de la vie de  Balzac. En juillet 1836, alors qu'il est criblé de dettes, ruiné après la liquidation de "La Chronique de Paris" et harcelé par ses éditeurs, le duc Guidoboni-Visconti lui propose de le représenter à Turin pour une affaire d'héritage. Balzac ne voyage pas seul, un jeune page l'accompagne. [Marcel se lave les cheveux au relais de poste pendant qu'on dételle les chevaux. Elle les porte courts pour l'occasion, mais ils bouclent naturellement, n'est-ce pas mignon?] Ainsi s'ouvre le roman, découvrant d'emblée l'intrigue amoureuse et si romanesque qui ne manquera pas de se nouer.  Marcel –alias Caroline Marbouty, Claire Brunne de son nom de plume- se confie  ainsi à sa mère : [Quel joli voyage! Partir en poste à Paris et cinq jours après, débarquer à Turin en franchissant les Alpes au Mont-Cenis, en descendant à la Grande-Chartreuse […] Je suis seule avec Balzac, sans domestique. Il m'a fait habiller en homme et ce costume, qui me va bien, m'enchante. Il m'empêche d'être reconnue et me donne une infinité de libertés charmantes et nouvelles. Cela plaît à mon esprit original.] p. 169 

A travers cette expédition insolite, les soirées mondaines, les réceptions au sein de la haute
aristocratie,
 la pension Europa, les visites au Musée égyptien (p.78), à la Basilique de la Superga (p.135) ou encore la rencontre avec l'abbé Gazzera, féru d'égyptologie (p.142) ou Maître Colla, le jurisconsulte le plus apprécié du royaume (p.102) passionné de botanique,… c'est toute une époque que Max Genève fait revivre avec une discrète érudition. Le lecteur se laisse facilement emporter dans ce voyage en Piémont qu' Honoré de Balzac aura vécu comme une joyeuse parenthèse. Max Genève fait dire à son héros alors qu'il visite  le jardin de Maître Colla à Rivoli: [Je suis entouré de fleurs et d'amis dans votre belle Italie, les nuages viendront bien assez tôt.] p.109

 

Avec ce roman au ton léger, très plaisant à lire, truffé de clins d'œil, Max Genève invite tous les amoureux de Balzac mais aussi tous ceux qui en ont un souvenir un peu poussiéreux à (re) découvrir l'inventeur de La Comédie humaine. 

 

© Florence Bonnand – Attachée de coopération pour le français, Institut Français Italia

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