Cinéma

MOKA

Suite à la mort brutale de son fils renversé par un chauffard, Diane Kramer, persuadée que l’enquête de police piétine, décide donc de mener la sienne et part à Evian afin de retrouver le coupable. C’est cette terrible quête de la vérité qui va l’amener à de bouleversantes rencontres dont celle de Marlène et de sa famille et la confronter à sa force de vie. Cette traversée des sentiments haletante sur fond de polar, remarquablement interprétée par Emmanuelle Devos (Diane) et Nathalie Baye (Marlène), est inspirée du roman éponyme de Tatiana de Rosnay, auteur du célèbre roman Elle s’appelait Sarah.

Sortie 17 août 2016, réalisé par Frédéric Mermoud
Octobre 2016

Le réalisateur Suisse Frédéric Mermoud avait déjà signé Complices, un film très remarqué en 2010. frederic mermoud.jpg

Inspiré d’un fait divers,  Complices sondait la question du désir chez de jeunes gens avec l’actrice Emmanuelle Devos qui y tenait le rôle d’une inspectrice. L’atmosphère de polar reste bien présente dans ce deuxième long-métrage, bien que la quête intérieure de son personnage principal, Diane, soit la clé de voûte de ce récit à l’intensité dramatique.

Librement adapté du roman de Tatiana de Rosnay, paru en 2009, le choix du film est centré sur la confrontation entre Diane (Emmanuelle Devos) et Marlène (Nathalie Baye) . Alertée par un détective qui lui donne divers renseignements sur la voiture et son conducteur, une Mercedes couleur moka conduite par une femme blonde accompagnée d’un homme, Diane parcourt chaque piste pour déceler le moindre indice. Dans cette ville thermale, enveloppée par la douceur d’un paysage de lac et de montagnes, elle rompt le rythme ronronnant de ce quotidien emmanuelle devos tranquille par son angoissante quête de vérité, persuadée que Marlène, une esthéticienne, qui possède une Mercedes moka est coupable de la mort de son fils. Elle force la rencontre en prenant un rendez-vous dans le salon d’esthétique, décidée à faire tomber les masques et assouvir son désir de vengeance. La scène où elle quitte brutalement le salon en pleine séance de maquillage, prise par une angoisse étouffante est l’une des scènes déroutantes de ce drame intérieur. Toute l’intelligence du scénario réside dans cette lente et émouvante reconstruction magistralement portée par Emmanuelle Devos. Le face à face de ces deux femmes est dirigé avec subtilité et mystère car il nous plonge ainsi au cœur même du vertige de Diane qui tente de ne pas sombrer dans sa propre folie.

Deux femmes opposées, Diane meurtrie et avide de vérité, vêtue de quelques affaires qu’elle a emportées, jean, parka, et Marlène, déroutée par les crises révoltées de sa fille et désireuse de plaire à son compagnon plus jeune, en hauts talons et chevelure blonde décolorée à outrance. Pourtant au gré de leur relation où Marlène se livre, fragile, à Diane, parfois inquiète par son attitude étrange, on retrouve simplement deux femmes espérant Nathalie Baye secrètement retrouver la force du désir tout comme on redoute le pire qui pourrait éclater. De manière habile, on doute du bien-fondé des soupçons de culpabilité qui pèsent sur Marlène. Ce sont justement les personnages secondaires qui accentuent les crises et font renaître l’espoir de cette folle course vers la vérité, en nous emportant dans la complexité de ce polar intimiste.

Simon, l’ex-mari de Diane (très bien interprété par Samuel Labarthe) retenu et digne dans sa souffrance de père luttant en vain pour la ramener à la raison. Un jeune dealer, Vincent, rencontré lors de son périple, joué par Olivier Chantreau (acteur dans Baden Baden où il incarnait Boris) l’aide à trouver une arme et réveille en elle du désir. Un détective privé (Jean-Philippe Ecoffey) qui apparaît surtout au début du film et la met sur la piste de la voiture. C’est alors qu’apparaît Michel, le compagnon (David Clavel) de Marlène et beau-père de sa fille, que Diane va poursuivre afin qu’il lui vende sa Mercedes, l’objet à traquer afin d’établir une preuve irréfutable d’où le titre du film Moka. Ainsi elle va découvrir, en pénétrant clandestinement chez Marlène, Elodie (Diane Rouxel) la fille de Marlène, jeune fille en dérive, avec qui elle fait une virée pour visiter un chalet que loue Michel. Alors tout bascule. Ce beau-père, coach de gym aquatique, personnage de plus en plus sombre et inquiétant devient l’enjeu du lourd secret qui hante cette ville en apparence tranquille. C’est la révélation de l’inacceptable qui relie jusqu’à la fin ces deux chemins de femmes.

Un film réussi parce qu’il ne se perd pas dans une soif de vengeance aveugle et en cela il s’en dégage une beauté déconcertante pour aborder un sujet aussi douloureux. Tout ce combat poignant pour une vérité devient un combat pour survivre. D’ailleurs le téléphone portable de son enfant décédé que Diane garde tel un talisman la guide vers la petite amie de son fils, une jeune musicienne, source de vie et d’espoir. Diane chasseresse et non vengeresse c’est toute la nuance de ce drame psychologique qui a particulièrement plu à l’actrice Emmanuelle Devos : « […] c'est le côté chasseresse. La résilience par rapport à la vengeance. Je trouvais le thème incroyable : pour se sauver d'un des plus grands malheurs qui puissent arriver, elle choisit le combat, la vengeance et se met dans la peau d'une enquêtrice ».

 

© Muriel NAVARRO  - Centre International d’Antibes

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