Edito du mois

Résistance touristique !

Certes, on a vu un peu moins de monde sur la Côte cet été. L’attentat de Nice en est manifestement la cause. Pourtant, contrairement à ce que l’on aurait pu craindre, point de désertion importante, loin de là. Au Centre International d’Antibes, nous n’avons constaté que de très rares annulations à nos cours d’été. Et quand nous interrogions les étudiants sur les raisons qui les avaient poussés à venir malgré tout, ils se plaisaient à livrer des formules fermes et catégoriques que l’on peut résumer par « Il faut continuer à vivre ! ». En quelque sorte, les voilà entrés en résistance touristique.

À première vue, Antibes n’échappe pas à cette nouvelle règle qui voudrait que tout attentat conduise immédiatement les touristes à éviter le lieu meurtri. Pourtant, quasiment tous nos étudiants, adultes et adolescents prévus ont maintenu leur inscription à nos cours d’été. Beaucoup d’autres, comme chaque année, ont projeté leur voyage à la dernière minute. Et quand nous les interrogions, ils étaient nombreux à justifier leur venue par des formules fermes et catégoriques que l’on peut résumer par  « Il faut continuer à vivre ! ». Face à la barbarie, ils semblaient développer une nouvelle résilience : ils étaient entrés en résistance touristique.

Si beaucoup d’Asiatiques, Chinois et Japonais en tête, d’Américains, et les grandes fortunes du Golfe ont effectivement préféré fuir la Côte1, on peut se demander si la globalisation de la terreur à laquelle l’Europe n’échappe pas depuis le massacre de Madrid en mars 2004 n’est pas en train de forger chez beaucoup de nos concitoyens européens, un état d’esprit nouveau. « Il faut continuer à vivre ! » marquerait ainsi, une réaction lucide, une adaptation aux temps nouveaux et le développement d’une résilience par rapport à la nouvelle idéologie barbare qui souffle sur la planète. Ce ne serait pas un slogan naïf ni une forme de déni mais un engagement civique. Il sonne la mobilisation face à la menace présente : « Redoublons de vigilance, exigeons des mesures de sécurité à la hauteur mais surtout ne reculons pas par rapport à ce que nous sommes ! »

Un si long chemin vers la modernité

L’été 2016 a fait l’objet d’une nouvelle attaque contre notre mode de vie alors qu’en France, nous célébrons précisément cette année, les 80 ans des congés payés. Un droit conquis de haute lutte en 1936. Réduction du temps de travail et droit au repos et aux loisirs allaient enfin constituer, dans le seconde moitié du XXème siècle, le socle de notre modèle social, au même titre que eJwNx0EOwiAQAMC_cBdayyL02g_4A7PChjYpC-lijBr_rnObj3ocu5rV2nuT2Zi0SaxH0jJpLPiujE_RsRaDvWNcC3EXMw4QwAewo50gOLDWjJP77wzB24sN4Pxg7s.png notre système de santé et de sécurité sociale, ou que notre système éducatif gratuit et accessible à tous.  Des droits durement acquis, arrachés par nos aïeuls français et européens dans tous leurs combats pour la dignité humaine, la justice sociale et la démocratie.

En cette année 2016, nous rendons encore hommage aux millions de victimes tombées au cours du plus cruel et brutal conflit que l’Europe a connu  il y a à peine un siècle. Il nous rappelle combien fut long et tortueux le chemin qui devait nous mener de la Renaissance vers nos sociétés actuelles,  qui, si elles ne sont pas parfaites, sont ce que l’on a trouvé de mieux en matière de progrès social.

Un des derniers soubresauts de notre histoire fut le terrible épisode nazi qui plongea de nouveau l’Europe dans l’obscurité, avant qu’elle ne reprenne sa marche en avant. Après la victoire des peuples libres, de nouveaux rapports humains et l'instauration d’une nouvelle société éprise de justice sociale allaient alors dessiner la modernité. L'Etat de bien-être ou l'Etat Providence définirait bientôt, en Europe de l'Ouest, notre modèle social. Cette exception européenne  allait faire entrer l'humanité dans une ère jusque-là  inconnue. En 1948, la Déclaration Universelle des droits de l’Homme suivie par l’extraordinaire projet de construction européenne rendront possible le rapprochement de nos peuples, la reconnaissance de leurs diversités.  La dynamique de cette nouvelle pensée humaniste éveillera nos peuples à l’altérité, condamnera le refus de l'Autre, le racisme ancestral et, par voie de conséquence, le colonialisme, tandis que d'autres droits inconnus jusqu’alors, s’affirmeront. C'est un vent de progrès social qui se lève sur l'Europe et impose les valeurs d'égalité, de justice, de liberté. Il entraîne un grand chambardement dans notre manière de concevoir le monde et les rapports humains. Il bouleverse bien des sphères de la vie quotidienne et de marmoréennes certitudes.

il-y-71-ans-les-femmes-obtenaient-le-droit-de-vote.jpg Ces changements de valeurs, entraînent des bouleversements sociaux. Parmi lesquels ceux concernant la reconnaissance des femmes à  être considérées comme égales de leurs père, mari et frère, déstabilisent dans un premier temps avant de faire figure d’immense avancée. Rappelons que la Française n'arracha son droit de voter qu'en 1944, et qu'il y a à peine quelques dizaines d'années, jusqu’en 1965, une femme en France, devait demander l’autorisation de son mari pour travailler ou avoir un compte en banque.
L’Europe s’éveillait à cette nouvelle relation homme-femme qui allait s’imposer comme une évidence.

 

Aujourd’hui, une idéologie mortifère entend -comme elle essaie de le faire partout- nous soumettre à sa conception de la vie en société,  la justifiant  en se référant à un  islam qu’elle ne cesse de dévoyer et de corrompre. La barbarie à laquelle se livrent « ses soldats » qui assassinent  sans pitié enfants et vieillards est, en outre, accomplie dans le but de nous  conduire à exhumer nos vieux démons du racisme et de l’intolérance. L’Histoire que nous partageons, exige de nous Français et Européens, d’être à la hauteur de nos parents et grands parents, de ceux qui ont réussi à bâtir nos sociétés, pour ne pas emprunter la voie de la haine dans laquelle ils cherchent à nous faire basculer.
« Il faut continuer à vivre ! »- sous-entendu : comme nous l’avons fait jusqu'ici - sonne dans le même temps comme un appel  à nous montrer plus intransigeants quant à la défense de nos valeurs, notre façon de vivre, notre façon de nous comporter dans notre espace public,  nos terrasses de restaurants, nos salles de spectacles. Symbole de résistance touristique, « Il faut continuer à vivre ! » nous dit qu’il faut préserver nos coutumes, notre joie de vivre et jusqu’à notre façon de nous habiller2. Qu’il faut être fiers en tant qu’Européens, de tout cela car tout cela s’imbrique et représente un bien précieux. Loin d’être futile, c’est notre culture, notre héritage. Le fruit d’un très long parcours.

 

 

© Alexandre Garcia – Centre International d'Antibes 8_mars___10_bonnes_raisons_de_se_r__jouir_pour_la_journ__e_internationale_du_droit_des_femmes_9029.jpg

1. Afin de redonner confiance aux visiteurs étrangers et de relancer le tourisme après l’attentat du 14 juillet, le Comité Régional du Tourisme Riviera Côte d’Azur a lancé une campagne de promotion de notre territoire et invite les internautes à partager leurs bons moments passés sur la Côte sous le hashtag : #CotedAzurNow

2. Voir au sujet des difficultés liées au fait de porter une jupe  la publicité La jupe  et le film La journée e la jupe de Jean-Paul Lilienfeld (2009)

 

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