FICHE PEDAGOGIQUE : Toute nouvelle chanson française


a
  • Document :Chanson française
  • Niveau européen : A partir de A2 avec des élèves de lycée
  • Source du document: Melissmell - Album Ecoute s’il pleut - février 2011
  • Durée de l’activité : Environ 35 mn minimum
  • Activité: Approche axée sur une pédagogie active d’une chanson qui traite d’une problématique de civilisation.
  • Objectifs: Eveiller la curiosité, créer une implication des élèves à l’oral – Travailler sur l’évolution de la société française : des Trente Glorieuses aux années de crise économique.

DEMARCHE METHODOLOGIQUE

 Melissmell est une jeune chanteuse dont le premier album Ecoute s’il pleut est sorti en février 2011 et a été présenté comme coup de cœur musical du mois dans notre magazine. Nous allons travailler l’une des chansons de l’album : Les enfants de la crise en faisant appel à notre approche déjà bien présente sur les autres fiches pédagogiques proposées dans cette section : la pédagogie active.


Séquence 1 :

Début du travail d’approche de la chanson. La classe est divisée en mini-groupes de travail.
Durée 20/35 minutes

 

Le professeur lance l’activité en faisant découvrir quatre vers de la chanson à travers 2 cartes. Il s’agit de s’intéresser tout d’abord au vocabulaire avant d’essayer de comprendre ce que ces phrases signifient et le contexte dans lequel elles s’inscrivent.


Ici, la première carte qui emprunte des termes à la météo, entend nous nous parler de l’ambiance générale qui règne. La deuxième carte est introduite par les déclarations d’un personnage qui dit avoir tout connu. Il résume cet itinéraire à travers 3 substantifs. Interrogeons-nous sur ce que grands sommets, la possession et la décadence peuvent symboliser. Poursuivons la découverte de ce que le personnage nous dit avec la troisième carte. Il est à présent question de murs qui s’effondrent. Le personnage s’inscrit dans un collectif « Nous ».


La quatrième carte fait état de Glorieuses qui n’ont laissé que de la poussière et des cendres ; Il s’agit des Trente Glorieuses, les années qui suivirent la fin de la deuxième guerre mondiale. Cette période, synonyme à la fois de progrès social et de progrès économique, prit fin au début des années 70 avec le « choc pétrolier ».


Dans la cinquième carte, le personnage déclare en utilisant l’imparfait, que (pendant cette période glorieuse ?) on leur apprenait seulement à monter et pas à descendre. Effectivement, le progrès social touchait l’ensemble de la population. Les nouvelles générations qui arrivaient sur le marché du travail occupaient, alors, une position sociale, souvent supérieure à celle de leurs parents. Cette insertion avantageuse dans la société est appelée L’ascenseur social. Aujourd’hui avec la crise, il est devenu beaucoup plus difficile pour les jeunes de bénéficier de l’ascenseur social à tel point qu’on le dit « bloqué » ou « en panne ». Il est à noter que le personnage revendique encore, comme sur la carte 3, l’appartenance à un collectif qui est lui-même assujetti à un autre groupe introduit par le pronom indéterminé « On ».


Dans la sixième carte, le personnage déclare que le groupe (« Nous ») dont il fait partie a le cœur serré - expression signifiant que la personne souffre, qu’elle est oppressée par la tristesse ou par une douleur morale - La seconde partie du vers nous permet de comprendre et de situer le personnage qui s’identifie aux enfants pourris gâtés (des enfants mal habitués par les parents qui leur consentent tout ce qu’ils désirent, des enfants capricieux, trop choyés, incapables d’accepter que la vie leur refuse quelque chose).

C’est donc cette souffrance qui leur serre le cœur. Celle d’enfants grandis avec la société de consommation mais qui, à présent, à cause des problèmes économiques et de l’ascenseur social en panne, se refuse à eux.


La septième et dernière carte revient au problème purement individuel introduit par le pronom « je ». Le personnage estime avoir pris le temps de rêvasser (ne rien faire de concret, se tourner les pouces, traîner) et ceci a entraîné un résultat : Je crois, j’ai perdu la cadence - La cadence étant synonyme de rythme, on l’emploie soit pour la musique et la danse, soit dans le monde du travail (la cadence infernale de la chaîne de montage) - Ici c’est dans le contexte de travail qu’il faut le prendre car c’est une version de la célèbre fable de Jean de La Fontaine « La cigale et la fourmi » que le personnage nous livre.


Pendant que nous rêvassions, en Europe, et par conséquent en France, d’autres peuples se sont positionnés dans l’économie et l’industrie à présent mondialisées.


Séquence 2 :

Pour approfondir le thème. La classe est divisée en mini-groupes de travail.
Durée 15/20 minutes

 

Cette chanson traite donc de la fin des années de prospérité continue (les Trente Glorieuses) et le réveil brutal dû à la crise.


A l’issue du travail effectué sur les sept cartes, l’enseignant peut annoncer qu’elles sont extraites d’une chanson et présente les paroles en occultant le titre. Ce sera aux élèves d’en proposer un.
On reliera les vers présents sur les cartes au reste des strophes dans lesquelles ils s’insèrent. Exemple : Quand les murs se sont effondrés, nous avons cru pour un instant (que nous étions devenus enfin) enfin maîtres du monde.


La classe pourra également s’interroger sur le sens du refrain


  • Toi là-bas ne sens-tu pas dans l’air
  • J’entends monter des voix
  • Le monde est à refaire
  • Loin là-bas tout est si loin derrière
  • Ne te retourne pas
  • Le monde est à refaire

 

Est-ce une allusion au contexte international qui voit des peuples essayer de se soulever face à l’injustice et à un monde à refaire ?


Est-ce un regard porté sur les conditions de vie et de travail dans des pays où le progrès social est encore bien timide - ce qui a pour conséquence d’inciter, chez nous, à délocaliser des activités économiques - ?


Pour continuer à approfondir le sujet des Trente Glorieuses, et de l’évolution de l’état Providence, lire l’édito du mois de février Les Français champions du monde du pessimisme. Un verre à moitié vide ou à moitié plein ?


Ecouter la chanson Les enfants de la crise

 

A l’horizon l’humeur est grise
Et le ciel toujours bouché



J’ai tout connu, les grands sommets
La possession, la décadence

Quand les murs se sont effondrés
Nous avons cru pour un instant…

Les Glorieuses n’avaient laissé

Que de la poussière et des cendres

On nous apprenait à monter
Pas à descendre, pas à descendre

Nous avons le cœur un peu serré
On ne console pas l’enfant pourri gâté

J’ai pris le temps de rêvasser, je crois
Je crois, j’ai perdu la cadence

Carte 7

Gérard Juttin, un Niçois pur souche, en tout cas, qui assume ses envies et ses aspirations en faisant fi, avec beaucoup d’humour, des railleries de certains chalands.

A l’horizon l’humeur est grise
Et le ciel toujours bouché
Je suis une enfant de la crise
J’ai fait mes armes à ses côtés
J’ai tout connu, les grands sommets
La possession, la décadence
J’ai pris le temps de rêvasser, je crois
Je crois, j’ai perdu la cadence


Quand les murs se sont effondrés
Nous avons cru pour un instant
Enfin, enfin maîtres du monde
L’humilité de l’Occident
Les Glorieuses n’avaient laissé
Que de la poussière et des cendres
On nous apprenait à monter
Pas à descendre, pas à descendre
Toi là-bas ne sens-tu pas dans l’air
J’entends monter des voix
Le monde est à refaire
Loin là-bas tout est si loin derrière
Ne te retourne pas
Le monde est à refaire


Oh nous les enfants de la crise
Avons le cœur un peu serré
On ne console pas l’enfant pourri gâté
J’ai tout connu, les grands sommets
La possession, la décadence
Mais ça ne l’a jamais comblé
Au fond de moi, ce vide immense

Toi là-bas ne sens-tu pas dans l’air
J’entends monter des voix
Le monde est à refaire
Loin là-bas tout est si loin derrière
Ne te retourne pas
Le monde est à refaire

A l’horizon l’humeur est grise et le ciel toujours bouché
Je suis une enfant de la crise. J’ai fait mes armes à ses côtés
J’ai tout connu, les grands sommets, la possession, la décadence
J’ai pris le temps de rêvasser, je crois, je crois, j’ai perdu la cadence

Quand les murs se sont effondrés, nous avons cru pour un instant
Enfin, enfin maîtres du monde, l’humilité de l’Occident
Les Glorieuses n’avaient laissé que de la poussière et des cendres
On nous apprenait à monter, pas à descendre, pas à descendre

Ne sens-tu pas dans l’air
J’entends monter des voix
Le monde est à refaire
Loin là-bas tout est si loin derrière
Ne te retourne pas
Le monde est à refaire

Carte 9

« Oh ! Je les ai croisés. Ils ont voulu m’expliquer que je n’étais pas autorisé à circuler ainsi. Sauf que, jusqu’à preuve du contraire, aucun arrêté ne l’interdit. J’use même d’un mode de locomotion prioritaire ! »

Carte 10

« Au moins pour aller de Gairaut à Chambrun ! D’une de mes maisons à l’autre. A mon âge, je ne descends plus vraiment sur la Promenade… »



Auteur: © Alexandre Garcia – Centre International d'Antibes


 

L'édito du mois

Édito Juin 2016

Pour notre dernier édito, avant la saison estivale durant laquelle nous interrompons la parution de notre magazine Français-et-vous, il nous a semblé nécessaire de faire le point sur ce printemps fort trouble, tant sur le plan météorologique que politique et social… Mais l’été arrive et son cortège d’événements culturels et artistiques pour nous distraire de cette morosité ambiante !


Lire