FICHE PEDAGOGIQUE: Approche d'un roman de JMG Le Clézio, prix Nobel de littérature 2008


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  • Document :Oeuvre littéraire contemporaine
  • Niveau européen: A partir de B1
  • Source du document: Poisson d'or, roman de JMG Le Clézio, Gallimard, « Folio n° 3192 », Paris, 298 p.
  • Durée de l'activité: Peut se faire en plusieurs séquences voir description
  • Activité: Approche d'un roman contemporain, axée sur une pédagogie active
  • Objectifs: Mettre en contact les élèves avec une œuvre littéraire récente - Travail sur un thème de civilisation actuel : les immigrés – Découverte du style de JMG Le Clézio, prix Nobel de littérature 2008
  • Note: Attention, cliquez sur les liens en rouge pour ouvrir les documents.

DEMARCHE METHODOLOGIQUE

On peut appeler cette démarche « la technique de la bande-annonce ». Dans son fauteuil, au cinéma, le spectateur venu voir un film, reçoit ces bribes d'histoires sous forme de flashes à partir desquels il va se faire une petite idée du film qui sera prochainement programmé dans la salle. Par rapport au récit, les flashes peuvent, soit donner l'impression d'être présentés de façon chronologique, dévoilant l'histoire au fur et à mesure qu'ils apparaissent, soit avoir été choisis de manière aléatoire, aucun lien avec le précédent n'étant perceptible.

Le professeur sélectionnera de façon chronologique des passages du roman en 14 flashes. Leur lecture permettra de dégager progressivement les informations afin de faire une proposition d'histoire.

Séquence 1 :

Début du travail d'approche du roman. La classe est divisée en deux ou bien en plusieurs sous-groupes de travail.
Durée 20/ 35 minutes

Le professeur lance l'activité en faisant découvrir les deux premiers passages. Il s'agit alors de déblayer le terrain lexical. Dans la mesure du possible, c'est de la classe, dans son ensemble, que viendra la signification des mots posant problème.
Une fois les deux premiers passages décryptés, le professeur dévoile les deux passages suivants et nous procèderons comme précédemment, en nous intéressant d'abord au vocabulaire..

Associée à l'exploration lexicale, nous entamerons celle de cette « bande-annonce littéraire» et, par-là même, de l'histoire racontée dans le roman. Après avoir rappelé que toute histoire est façonnée grâce à des éléments clés, on essaiera de les déterminer à travers 4 questions fondamentales :

  • - QUI ? Quel est le (ou les) protagoniste(s). Que savons-nous de lui (d'eux) ? Y a-t-il un narrateur ? Le narrateur est-il le personnage central ?
    - OÙ ? Pouvons-nous déterminer l'espace géographique où se déroule l'histoire ?

  • -QUAND ? Avons-nous des éléments qui nous permettent de déterminer l'espace temporel au cours duquel l'histoire prend place ? Pour ce faire, nous proposerons 5 dates, 5 bornes temporelles à la classe.
    - QUOI ? Sommes-nous arrivés à trouver des indices qui nous dévoilent ce qui s'y déroule ? Finalement, c'est quoi l'histoire ? Qu'est-ce que le roman nous raconte ?

Ainsi, après les 4 premiers passages, nous ferons un premier point sur les premiers indices que nous aurons collectés, et qui nous sont révélés par le jeu des inférences.

Jusqu'ici, nous avons travaillé avec l'ensemble de la classe afin de faire comprendre la démarche générale. A présent les élèves sont devenus des « détectives de la langue ».
Nous allons poursuivre l'exploration des 10 autres flashes de la bande-annonce littéraire.

Qui = Le personnage féminin n'est plus l'enfant ou la petite adolescente du début. Il y a eu un grand voyage, par la route, par la mer, en train. Un voyage pénible, long, dangereux. A la fin du passage 10 , on comprend qu'elle travaille comme domestique chez une dame aisée qui est très contente d'elle.

= Le passage 8 et les suivants indiquent qu'elle commence une nouvelle vie dans un nouveau pays, un monde très différent de celui du début de son récit. Nous sommes en France.

Quand = Nous sommes en 2001, époque où la monnaie qui avait cours était encore le franc français (l'euro n'arrivera qu'en janvier 2002)

Quoi = On est en mesure d'avancer des hypothèses pour expliquer ce départ, le pays où elle arrive, ce qu'elle y fait…

Les 5 bornes temporelles :

1320 = Moyen-âge 1890 = fin du XIXe 1942 = deuxième guerre mondiale
2001 = de nos jours 2045 = un futur encore lointain

Qui* = Un personnage humain. Un personnage féminin. Une enfant ou une préadolescente («Une jeune femme a commencé à me faire de petites tresses (…) Je n'osais pas bouger. Regardez comme elle est jolie, une vraie princesse ! ».)

= Manifestement, tout laisse à penser que nous sommes dans un pays arabe. Maghreb ?

Quand = La présence d'objets en plastique nous permet d'éliminer les trois premières bornes temporelles. Sommes-nous en 2001 ou en 2045 ? La suite nous le dira sans doute.

Quoi = Il est encore bien trop tôt pour pouvoir avancer une hypothèse quelconque.


* à noter dans le passage 4, l'emploi spécifique du passé simple, jusqu'ici non employé (c'est le passé composé qui l'est). Ce passage, avec le passé simple historique nous indique que la narratrice, aujourd'hui n'est plus une enfant. Elle nous livre donc des souvenirs.

J'avais un peu honte parce que Lalla Asma m'avait toujours dit qu'il n'y a rien de pire que de voler autrui. Je me suis accroupie à côté du sac ouvert et j'ai mangé des dattes et des figues séchées et des poignées de raisins secs que j'extrayais d'un emballage en plastique.


L'une d'elles , une jeune femme aux longues mains fines, à la gorge chargée de bijoux, a commencé à me faire de petites tresses sur le sommet de la tête, en mêlant du fil rouge à mes cheveux. Je n'osais pas bouger. « Regardez comme elle est jolie, une vraie princesse!» .

Séquence 2 :

A la découverte de l'histoire.
Durée 20/ 35 minutes

Il est temps de découvrir les passages 5 et 6. A présent le professeur procèdera comme suit :

  • a) Dans un premier temps, l'ensemble de la classe est sollicitée pour décrypter le vocabulaire.

  • b) Ensuite, chaque groupe essaie de collecter des informations, de lire entre les lignes, pour avancer des hypothèses quant au déroulement de l'histoire.

Une fois ce travail terminé, on passera aux passages 7 et 8, et on procèdera de la même façon : exploration du vocabulaire, suivie d'un temps de réflexion afin de refaire le point sur les indices collectés.

On passe ensuite aux passages 9 et 10, tout en poursuivant notre démarche en deux temps.

L'ensemble de ces indices collectés va nous permettre de faire un deuxième point général.

Il est ensuite temps de découvrir les passages 11 et 12 . Dans le premier, nous apprenons que notre héroïne s'appelle Leïla, prénom arabe qui conforte ce que l'on supposait depuis le début. Il est également question du baccalauréat que Leïla va passer en candidate libre, sans être inscrite dans un établissement scolaire. Ceci nous éclaire à la fois sur son âge hypothétique (une vingtaine d'années ? légèrement plus ?) et sur des traits de caractère que l'on pourra chercher ( déterminée, pugnace, travailleuse, ambitieuse, intelligente…).
Le passage 12 nous invite à suivre Leïla lors d'une leçon de chant avec son professeur, Simone.

Le marché était à deux pas, une grande bâtisse en ciment où on trouvait tout ce qu'on voulait, de la viande de boucherie, des légumes aussi bien que des babouches, des tapis ou des seaux en plastique.


Ma vie au fondouk s'organisa de façon remarquablement calme, et je peux dire sans exagérer que ce fut la période la plus heureuse de mon existence.

Nous avons attendu la camionnette au bord de la route jusqu'à la nuit.
Déjà nous étions recouvertes de poussière, nous avions l'air de deux mendiantes.


Le marin a jeté l'amarre, et le bateau a glissé lentement vers le chenal en se dandinant sur la houle.
C'était ainsi. On partait, on s'en allait, on ne savait pas où, on ne savait pas quand on reviendrait.

Il y avait des gens qui venaient voir, des enfants qui sortaient de l'autre bout du wagon .


D'abord ce qui m'a étonné, c'est les chiens. Ils étaient partout.

Je prenais le bus au hasard, j'allais jusqu'au terminus. Je ne lisais pas le nom des rues. Je cherchais à voir le plus possible, les gens, les choses, les immeubles, les magasins, les squares.


La cuisine débordait de fruits. Madame était ravie. Elle laissait un billet de cent francs sur la petite table de l'entrée, et dans la soucoupe, je déposais le change, je m'efforçais de dépenser le moins possible. Je préparais sa salade, chaque jour différente.
Je remplissais un grand bol blanc que je laissais sur la table, au centre d'une belle nappe blanche, avec l'argenterie qui brillait, et le pichet d'eau fraîche. Puis je m'en allais.

Il était très fier de me montrer à ses camarades étudiants : « c'est Laïla, elle est autodidacte. Elle se présente au bac en candidate libre cette année, section littéraire. »


Simone jouait de la main gauche sur le clavier, sa main large, légère qui courait sur les notes, juste trois, quatre, cinq mesures, ou un accord prolongé, et je devais suivre avec la voix. Sa main dansait sur le clavier et je devais faire la même chose une octave au-dessus, ou c'est elle qui jouait en grave et je devais suivre, et chanter : « Babeliboo, baabelolali, lalilola… »

Séquence 3 :

La fin de l'histoire.
Durée 10/ 15 minutes

A ce stade, le professeur laisse les étudiants imaginer la fin de l'histoire (ce qui peut faire l'objet, par exemple, d'un devoir à faire à la maison).
La fin de cette histoire nous est livrée par les deux derniers flashes, les passages 13 et 14.

Ainsi, cette histoire finit bien. Leïla, la petite immigrée clandestine est devenue une chanteuse, suffisamment célèbre pour qu'à Nice, l'organisation du festival (de jazz) l'invite et la loge au Sheraton. La statue de la femme de bronze est visible sur le site de l'hôtel : JMG Le Clézio est né à Nice et ses romans font souvent référence à la Côte d'Azur.

J'ai marché toute la journée dans les rues de Boston. Finalement le cyclone n'est pas venu. Il a buté sur le cap Cod et il est allé décoiffer les maisons en bois des gens riches de Martha's Vineyard.


A Nice, l'organisation du festival m'a logée dans l'hôtel de bord de mer où la femme de bronze cherche toujours à s'échapper des murs qui l'écrasent.

Mieux connaître JMG Le Clézio, cliquez ici



Auteur: © Alexandre Garcia – Centre International d'Antibes


 

L'édito du mois

Édito Juin 2016

Pour notre dernier édito, avant la saison estivale durant laquelle nous interrompons la parution de notre magazine Français-et-vous, il nous a semblé nécessaire de faire le point sur ce printemps fort trouble, tant sur le plan météorologique que politique et social… Mais l’été arrive et son cortège d’événements culturels et artistiques pour nous distraire de cette morosité ambiante !


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